Timbuktu
4.5TOP 2014

L’histoire que raconte ce film se passe dans un pays où il est interdit de chanter, de jouer au foot, où les femmes ont l’obligation d’avoir les mains gantées, la tête voilée. Un film de science fiction ? Chouette… !!! Hélas non, pas du tout.

Cela se passe en 2012, au Nord du Mali. L’admirable ville malienne classée au patrimoine mondial de l’humanité est désormais aux mains de djihadistes qui font régner la terreur. Une famille Touareg, Kidane le père, Satima la mère, Toya la fille, vit en harmonie dans les superbes dunes du Sahara, à 2 pas de chameau de Tombouctou. Partagent également leur vie, le jeune berger Issan et la vache chérie de la famille prénommée GPS. La vie est belle et simple. Cependant, l’inquiétude et la menace planent constamment dans l’air. De l’ancien village nomade, il ne reste plus que leur tente, les autres familles ont disparu, chassées par la peur. A la suite d’un dramatique accident, Kidane et sa famille vont se trouver aspirés par le tourbillon désastreux de l’application insensée de la loi islamique.

Abderrahmane Sissako décrit l’existence quotidienne des musulmans paisibles soumis à l’arbitraire absurde, impitoyable, d’une poignée de miliciens venus d’on ne sait où. Certaines scènes (la lapidation d’un couple notamment) sont insoutenables. Il souhaite nous dire que les premières victimes de ces hordes furieuses sont, avant les otages occidentaux spectaculairement égorgés récemment, ces musulmans paisibles dont la vie est devenue intolérable.

Le film, bien que profondément tragique, porte un message d’espoir. En effet, film de résistance, il ne cesse de nous révéler l’astucieuse inventivité de la population pour trouver des petits moyens de braver les interdits (un match de foot sans ballon ; une folle pas si folle qui peut se permettre d’insulter les soldats de Dieu ; un air de musique qui flotte sur la ville dans le soir). Quant aux oppresseurs, ils sont tournés en ridicule du fait de leur banalité, de leurs faiblesses, de leur sottise : l’un d’eux porte, par exemple, des failles incompatibles avec le respect de la loi islamique : il se cache pour fumer, drague une femme mariée ; un autre parle si mal l’arabe qu’il doit passer par l’anglais pour faire son message d’appel à la guerre sainte ; d’autres discutent passionnément football, ce sport djihadiquement maudit.

A. Sissako nous le dit, nous le montre, le djihadisme fait de très lourdes victimes, mais il ne triomphera pas, l’avenir ne leur appartiendra pas, car il se heurte inéluctablement à l’héroïsme et à l’intelligence humaine.

Et pendant tout ce temps, tous ces drames, la ville ancestrale reste aussi somptueusement belle (le film n’a pas été tourné à Tombouctou même – trop de risques -, mais à Oualala une ville de Mauritanie), les dunes immaculées du désert gardent leur douce blondeur, le large fleuve continue de s’écouler paisiblement,  la nature, magnifiquement filmée, demeure, immuable,  attendant patiemment que les hommes retrouvent la raison.

Un film beau, brillant, admirable.

DESCRIPTION

Timbuktu - Abderrahmane Sissako (2014)

Titre : Timbuktu
Titre original : Timbuktu

Réalisé par : Abderrahmane Sissako
Avec : Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri…

Année de sortie : 2014
Durée
: 97 minutes

Scénario : Abderrahmane Sissako, Kessen Tall
Musique : Amine Bouhafa
Nationalité : Français, Maritanien

Synopsis : Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

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A propos de l'auteur

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !

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