Star Wars : Le Réveil de la Force
4.5TOP 2015

Pour le réalisateur de Mission Impossible III (2006), s’attaquer à une saga aussi mythique (mythologique ?) que celle de Star Wars, qui plus est sous la houlette des studios Disney, nouveaux détenteurs des droits juteux de la franchise, c’était se retrouver dans la peau de Ethan Hunt face à l’armée mexicaine, aux Huns et à une invasion extraterrestre inquantifiable. Pour faire bref, J.J. Abrams se lançait non pas dans l’inconnu (quoique) mais sur un terrain miné où chaque geste pouvait être voué à la catastrophe annoncée par les Cassandre de tous poils, improvisés ou professionnels de la chose. Un pari hallucinant et hallu(ciné) que le lifteur (sympathique) de la saga Star Trek et auteur du splendide Super 8 (2011), réussit finalement dans tous les compartiments de jeu.

Les fans de Star Wars pourront donc se réjouir à loisir avec, cette fois, de quoi pavoiser. Car la grande qualité du Réveil de la Force tient non pas à l’aspect visuel ou aux effets spéciaux finalement moins surexploités qu’il n’était craint, mais clairement à l’écriture. En convoquant Lawrence Kasdan, coscénariste de L’Empire Contre-Attaque et du Retour du Jedi (et par ailleurs réalisateur plus qu’intéressant), J.J. Abrams se dotait d’une puissante caution narrative (n’oublions pas Michael Arndt, scénariste de Toy Story 3 qui entama seul le script pour lancer le projet sur de solides rails). En développant une intrigue classique opposant l’inextinguible dialectique entre le Bien et le Mal, l’univers (étendu) filmique de Star Wars pouvait ouvrir grand les yeux et se retrouver dans la position enviable des premiers spectateurs qui vécurent le début des hostilités, il y a quarante ans ou presque.

Sur du velour !

L’avantage de l’épisode VII réside essentiellement dans la relative imprévisibilité de son intrigue. Si la « prélogie » (traduire épisodes I à III) fonctionnait au ralenti c’est d’abords parce que la résolution de l’histoire était posée. Un postulat / rubycon infranchissable pour un public qui pouvait anticiper la fin des Jedi, l’avènement de l’Empereur et la transformation d’Anakin Skywalker en Dark Vador. Dès lors, les trois films devenaient le prétexte à une avalanche d’effets numériques galvanisés, laissant de côté des pans entiers d’intrigues secondaires ou sabrant une romance « cucul la praline ». Même si tout n’était pas à jeter, loin de là, cette trilogie restait insatisfaisante d’un strict point de vue narratif.

Malgré l’attente, inimaginable, d’une communauté de fans aussi « caliente » qu’une baraque à frite et d’une mauvaise foi olympique, J.J. Abrams avait donc un terrain vierge à construire avec les briques du passé. Dans un sens, il détenait toutes les cartes en main pour toucher au but… ou se planter ! À ce titre, le travail effectué sur l’intrigue se révèle simple et efficace, construit de manière classique selon tous les principes validés d’une narration efficace qui joue avec la saga en lui injectant quelques doses massives de contemporanité. « Tout était vrai » dit Han Solo à Finn (et aux spectateurs qui ont mythifié ces héros). Et les noms s’égrènent, vertigineux : Luke Skywalker, Chewbacca, Leïa, Dark Vador que l’on retrouve ici sous la forme d’une relique carbonisée et adorée par Kylo Ren, nouveau masque sombre de la grande Histoire. La légende n’en est finalement pas une. Et les scénaristes de prendre les personnages, comme les spectateurs, à témoin des événements passés et présents. Subtile dosage.

Alors non, J.J. Abrams ne pouvait réinventer le mythe. Geste suicidaire. Mais Le Réveil de la Force parvient malgré tout à s’émanciper de George Lucas, réduit ici au simple rôle de consultant ; aucune de ses idées n’ayant été retenues. Le film reprend le codes mais il les étends, les rajeunis intelligemment, subtilement, pousse les murs et renverse la vapeur avec un conflit immanent qui ne vacille plus du bien vers le mal mais du mal vers le bien. Certaines scènes seront même des citations explicite à la première trilogie sans jamais tomber dans le remake ou le plagiat. Tout en équilibre. Ce postulat à la fois réaliste et modeste du cinéaste face à son modèle fondateur donne tout le cachet à ce nouvel épisode soucieux avant tout de rester fidèle au pédigrée sans jamais tomber dans la pompe. Bien qu’il ne fut pas le premier choix des producteurs (Steven Spielberg, Quentin Tarantino, Brenda Chapman, Guillermo del Toro et surtout Brad Bird qui refusa finalement le film pour se consacrer à son projet plus personnel A la Poursuite de Demain avec Georges Clooney), ses inclinaisons artistiques, scénaristiques et sa direction d’acteurs – le bonhomme a une patte évidente – traduisent sa volonté de rajeunir la saga sans jamais dépareiller de son univers extraordinaire ni de ses archétypes. Cette manière de filmer sans trop en faire, avec l’instinct de l’image forte, de la référence subtile (Miyazaki), typique de son style propre et classique, retrouve logiquement les effets attendus : enchainement de séquences par volets, plans des X-Wings, bestiaire, robots, costumes, ruines sur lesquelles se construit littéralement le film…

Fer de lance de ce nouveau morceau de pellicule iconique, le personnage de Rey féminise le récit, le modernise, avec un caractère immédiatement attachant campé par une emballante Daisy Ridley. Même chose pour les juvéniles Finn (John Boyega en stormtrooper repenti humanisé), Poe Dameron interprété avec une énergie combustible par un Oscar Isaac une nouvelle fois impeccable, BB-8 hyper cool dans la lignée d’un Wall-E et Kylo Ren (Adam Driver) qui apparaît comme une sorte d’adolescent furibard en pleine crise identitaire, irascible, indécis et minable salopard notoire. Un caractère qui le démarque évidemment de la noirceur digérée et implacable du Dark Vador monolithique des débuts. Loin de la naphtaline redoutée, l’exhumation de certains protagonistes passés pousse également les potards à onze sur l’ampli de la nostalgie. Même son de cloche pour la musique de John Williams dont les nouvelles envolées thématiques s’entremêlent sans résistance à leurs inextinguibles prédécesseurs.

Dans cette histoire shakespearienne où se mêle tragédie familiale et fascisme militaire, le film alterne intimisme et spectaculaire (beaucoup de lieux réels seront utilisés, ainsi que des maquettes dans le sillage technologique d’un Christopher Nolan) sans jamais perdre de vue ni son récit, ni ses héros. Surtout, il garde en mémoire qu’il s’agit ici du premier épisode d’une nouvelle trilogie. L’exposition en met plein la vue mais pas seulement. L’émotion, les émotions, sont au rendez-vous. Si une petite réserve pourra être émise concernant le tout dernier plan du film, virevoltant sans nécessité, force est d’admettre que sur le papier, comme à l’écran, J.J. Abrams déploie deux heures et quart durant une maestria qui transforme un produit que l’on pourrait penser formaté comme ses cousins blockbusters, en un grand film spectaculaire et malin que l’on attendait depuis… L’Empire Contre Attaque. Tout simplement.

STAR WARS : LE RÉVEIL DE LA FORCE de J.J. ABRAMS

Star Wars - Le Réveil de la Force (2015)

Titre : Star Wars : Le Réveil de la Force
Titre original : Star Wars Episode VII: The Force Awakens

Réalisé par : J.J. Abrams
Avec : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Domhnall Gleeson, Gwendoline Christie, Harrison Ford, Carrie Fisher…

Année de sortie : 2015
Durée : 135 minutes

Scénario : J. J. Abrams, Lawrence Kasdan, Michael Arndt
Montage : Maryann Brandon et Mary Jo Markey
Image : Daniel Mindel
Musique : John Williams
Décors : Rick Carter et Darren Gilford

Nationalité : États-Unis
Genre : Science-fiction
Format : Couleur

Synopsis : Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga « Star Wars », 30 ans après les événements du « Retour du Jedi »…

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d’ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?