Marillion - Marbles
4.8TOP 2004

Chargé de reprendre en main son rock (néo) progressif poussé vers la pop à sucrette, Marillion laissait planer quelques espoirs et pas mal de doutes après la déconfiture Marillion.com (1999) et le couci-couça Anoraknophobia (2001). Trois années de remise en question après, c’est pourtant le financement de l’album qui allait faire couler beaucoup d’encre virtuelle et son cortège de polémiques : Marillion ayant décidé de s’appuyer sur son énorme communauté de fans pour financer la production et la promotion de ce treizième album, et ce, avant même d’en avoir écrit une mesure. Novatrice à l’époque, l’idée déconcerta et poussa le groupe à se perdre quelque peu dans une sortie aux forceps… en deux versions ! Une édition simple pour les réseaux de distribution classiques et double via leur propre label (Racket Records). Idée saugrenue quand on sait que Marbles est à l’origine un album conceptuel, réparti sur 15 tranches de pain complet. Le principe d’en expurger la moitié tenait donc de la mutilation pure et simple ! Avec le recul, la version double semble aujourd’hui la seule à devoir être sérieusement prise en compte. Pour l’émotion, le frisson et la pureté fiévreuse des chapitres proposés.

Car voilà enfin un prog-rock électrique et hédoniste réussi comme on en voit (trop) peu souvent. La force de ce Marillion, mené par un Steve Hogarth aux multiples facettes vocales, tient de cette vitalité contagieuse, de cette urgence, de cette énergie qui ne faiblit jamais. La montée d’adrénaline de « Invisible Man » (chef d’œuvre de crescendo), la pop post-adolescente de « Don’t Hurt Yourself » et « You’re Gone », la grace des cartes postales « Marbles »… le gang anglais renouait ici avec un sens mélodique majuscule. Bonifié par l’expérience, les musiciens ne cherchent jamais à se bouffer entre eux : Steve Rothery, Mark Kelly, Pete Trewavas et Ian Mosley vont même picorer de nouvelles influences (Radiohead, Muse, Coldplay et consorts) avec un beau mépris des routines et des plans de vol trop cadrés. En passant de « Drilling Holes » (très Beatles) à « Fantastic Place », du romantique « Genie » à « Angelina », Marillion nous évoque des histoires d’amour nostalgiques, des souvenirs pleins de spleen lumineux. Mieux, les dix-huit minutes de « Ocean Cloud » retrouvent cette formule magique durant lesquelles Hogarth redevient cet indompté témoin des douleurs et d’irréparables blessures. Vibrante. Aveuglante. L’histoire se termine avec le bouleversant « Neverland », conclusion totalement inspirée et habitée qui enveloppe le tout de son voile diaphane.

Sur un dernier écho, l’album charpente son œuvre de synthèse (Afraid of Sunlight, This Strange Engine, Brave et plus si affinités) en touchant l’âme et le cœur. À sa sortie, Marbles bouscula les plus sérieux fidèles (ne parlons pas des nostalgiques de la période Fish) du Marillion deuxième période. Pourtant, avec le temps, sa fulgurance créatrice aura raison des plus récalcitrants tant il culmine aujourd’hui dans les hauteurs d’une discographie de choix.

MARILLION – MARBLES

Marillion - Marbles (2004)

Titre : Marbles
Artiste : Marillion

Date de sortie : 2004
Pays : Angleterre
Durée : 98’57
Label : –

Setlist

CD 1 (53:43)
1. The Invisible Man (13:37)
2. Marbles I (1:42)
3. Genie (4:54)
4. Fantastic Place (6:12)
5. The Only Unforgivable Thing (7:13)
6. Marbles II (2:02)
7. Ocean Cloud (17:58)

CD 2 (45:14)
1. Marbles III (1:51)
2. The Damage (4:35)
3. Don’t Hurt Yourself (5:48)
4. You’re Gone (6:25)
5. Angelina (7:42)
6. Drilling Holes (5:11)
7. Marbles IV (1:26)
8. Neverland (12:10)

Line-up

– Steve Hogarth / vocals, hammered dulcimer
– Steve Rothery / guitar, bass
– Pete Trewavas / bass, acoustic guitar
– Ian Mosley / drums
– Mark Kelly / keyboards

Guest:
– Carrie Tree / additional vocals on “Angelina” and “Genie”

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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