Maggie
3.0Note Finale

[Attention cette critique contient quelques petits spoilers]

Avec Maggie, les détracteurs inconditionnels de Arnold Schwarzenegger (version acteur) devront chercher de nouveaux arguments à leurs vitupérations habituelles. Non pas que l’ex-champion du box office mondial donne enfin une leçon d’acting à toute la frange des exégètes de la question mais, tout au moins, révèle-t-il une facette de son jeu jusqu’ici inexploitée, ou trop peu, dans une émouvante fragilité que la lenteur globale du film tend à densifier au delà d’un physique toujours massif. Gageure, en plus de la star sur le retour, le réalisateur Henry Hobson se coltine un film de zombies, genre « à la mode » mais particulièrement casse-gueule pour un premier long métrage. Remis au goût du jour (miam) depuis le retour aux affaires de Georges Romero (Land of the Dead, Diary of the Dead, Survival of the Dead) au début du millenaire, la joyeuse troupe des morts vivants entrainera dans son sillage les succès  de Zombieland (2009), The Walking Dead (2010-2015) et autres World War Z (2014). Il faut dire que les zombies movies trainent avec eux une codification lourde à porter, stéréotypée et graphiquement inexorable : les chairs, la décomposition, les bruits organiques, le sang, la contamination, le maquillage coupe-faim… Tout cela, Maggie le fournit à mesure, dans un tempo lancinant, dépressif, sur fond de cambrousse cramée aux couleurs désaturées et mortifères. Évidemment, imaginer Schwarzenegger au milieu d’une au horde de morts-vivants, c’est se convaincre d’un massacre organisé, option zigouillage massif indiquée en gras sur le ticket de caisse. Faux. Ce petit film indépendant (co-produit par Arnold himself et Pierre-Ange Le Pogam qui a quelques belles œuvres au compteur comme Trois Enterrements de Tommy Lee Jones ou Cosmopolis de David Cronenberg) nous assaisonne d’un drame intimiste et familial.

Sans s’émouvoir de l’espace temps (absence d’électricité, vieilles voitures, époque incertaine), l’action nous plante en pleine pandémie d’un virus chafouin qui transforme en quelques semaines les malades infectés en zombies putrides dénués d’humanité. Résultat des courses, le gouvernement les place en quarantaine pour une extermination programmée. Dans ce monde à la fois cauchemardesque et quotidien, les contaminés restent fréquentables le temps de l’incubation et des adieux forcément déchirants. La jeune Maggie (interprétée par l’épatante Abigail Breslin) est une adolescente contaminée de 16 ans à peine,  rattrapée en ville par son père, Vern (Arnold Schwarzenegger), après une tentative d’échappée belle face à son funeste destin. Dès lors, les enjeux du scénario changent de braquet. Il ne  s’agit plus de suivre une éventuelle course à la guérison, ni de découvrir comment ces personnes simples et attachantes vont pouvoir se sortir de ce bazar, axes habituels des zombies shows. En privilégiant un axe sentimental, le film va déployer sa chronique d’une mort annoncée dans la maison familiale et observer de quelles façons Vern pourra protéger Maggie d’elle-même, du gouvernement, des autorités locales, la préserver, et se préserver lui-même malgré l’inéluctable « transformation ».

Les ressorts dramatiques se tissent alors autour du père affectueux, prêt à tout pour repousser l’inévitable, tiraillé entre l’amour pour sa fille qu’il ne veut pas abandonner, et son devoir citoyen qui doit fatalement protéger la communauté. Avec le jeu ralenti des acteurs (notons la trop rare Joely Richardson, peu vue depuis Nip Tuck), une mise en scène précise, élégante, d’où s’extirpent quelques plans qui creusent la fragilité des personnages, et ce putain d’amour comme seul rempart à la décomposition (du monde, de la jeune fille, de la nature ambiante), Maggie traite son sujet sans emphases et sans véritable scène d’action. Henry Hobson prend même un malin plaisir à les dégoupiller presque systématiquement, comme un anti-Romero qui n’hésitait pas à balancer, lui, de l’anti-système à coup de tonneaux d’hémoglobine.

On pourra regretter que Maggie n’exploite pas mieux la matière originale de son sujet. Ainsi, le scénario évacue de son arc narratif les accessoires du suspens. Avec quelques facilités psychologiques (le départ expédié des demi-frères et sœurs, la peur croissante de la belle-mère, le lot des visions habituelles), des allégories bien digérées (le changement du corps pendant l’adolescence façon Carrie), le parcours de la jeune condamnée reste un peu trop balisé, parfois survolé (le regard des autres, le rapport à la vie d’avant etc.) ou téléphoné comme cette fin qui trahie l’émotion de lumière. Mais ces quelques bémols ne suffisent pas à entacher le regard neuf, décalé, plein d’affection et d’affliction que Henry Hobson porte sur son histoire et ses personnages. A l’heure où les zombies sont traités uniformément comme les symboles de la déshumanisation chronique de notre civilisation, alliant la décrépitude morale à celle des leurs organes, le parti pris de Maggie et ses qualités techniques indéniables en font une série B efficace, plus intimiste que spectaculaire, plus intéressant que totalement fascinant. Cerise, en jouant totalement le jeu, Arnold Schwarzenegger trouve ici un de ses rôles les plus aboutis. Avec cette récréation ambitieuse de sincérité, et en attendant le vrai-faux reboot Terminator 5 (autrement budgétisé), l’acteur dépasse son sempiternel statut de corps cinématographique imposant. Et tant pis pour les a-priori.

MAGGIE de Henry Hobson

Maggie - Henry Hobson (2015)

Titre : Maggie
Titre original : Maggie

Réalisé par : Henry Hobson
Avec : Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin, Joely Richardson…

Année de sortie : 2015
Durée : 95 minutes

Scénario : John Scott 3
Image : Lukas Ettlin
Musique : David Wingo
Montage : Jane Rizzo

Nationalité : États-Unis
Format : Couleur
Synopsis : Un père fait tout pour sauver sa fille, une adolescente qui, infectée par un virus, se transforme progressivement en zombie.

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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