Mike Oldfield - Amarok
5.0Chef-d'œuvre

Quand même, quelle étrange bestiole ce Phoenix ! Un an après le déceptif Earth Moving, programmé pour un plantage en règle, Mike Oldfield, alors âgé de 36 ans, décide de revenir aux sources avec une longue pièce instrumentale, façon grande époque (1973-1977). Amarok (« Loup » en inuit), se veut l’accessit vers le cœur des fans, et plus, si affinités : une suite inavouée du monumental Ommadawn ! À l’époque, Richard Branson et sa barbichette impeccable, flairent l’affaire juteuse. La truffe en l’air et l’instinct marketing en érection, pourquoi ne pas nommer la bête… Tubular Bells 2 ? Pour faire court, personne n’attendait plus grand chose d’un compositeur endormi depuis belle lurette sur ses lauriers tubulaires. Rien… en dehors d’un bon coup de pub lucratif. Mieux valait jouer le tapis sur la marque de fabrique la plus commerciale du zig.

Mike Oldfield ne l’entendait pourtant pas de cette oreille, ni de l’autre, qu’il a pourtant fort musicale. Il tait son idée de suite officielle et se lance tête baissée. Dissensions, discussions, engueulades, tensions, divorce. La lutte avec Virgin atteint alors son paroxysme et le rejeton de cette union contre nature s’avèrera fatalement anti-commercial et à contre-courant des modes MTV et autres musiques prêtes-à-écouter. Ce n’est plus l’Exorciste mais le bébé de Rosemary ! Un véritable cauchemar incarné pour les vendeurs de comptoirs.  Le titre, unique, s’étale sur plus d’une heure, les thèmes s’enchaînent bien trop vite pour en tirer une substantifique moelle à single. Les marketeux se rendent à l’évidence, impossible d’en faire quoi que ce soit, d’en extraire la plus petite babiole exploitable en radio. La bête est sauvage. Indomptable. Réfractaire aux qu’en-dira-t-on.

Du reste, le finger-picking introductif travaille aux racines, cheville au corps, autour d’une partition espiègle qui réanime l’alchimie d’antan avec tout ce qui fait le trait de Mike Oldfield : gimmicks addictifs, incursions dissonantes, lyrisme débordant, rythmes endiablés, cassures surprenantes. Le tout, comme une évidence, un flot naturel, qu’il a lui-même brodé, arrangé et produit aux petits oignons. À la conquête du passé (re)composé, Amarok est à la fois troublant, euphorisant et pour tout dire captivant. Un barda de greffes audacieuses qui naviguent aux instruments (une soixantaine) maîtrisés par un homme orchestre qui n’abandonne au passage que la flûte, les chœurs et les percussions à ses comparses de Jabula, Clodagh Simmons, Bridget St John et Paddy Moloney… déjà présents sur Ommadawn. Tiens donc ! Et s’il délaisse les synthétiseurs superflus (utilisés avec une extrême parcimonie), Mike Oldfield signe son retour chez les vivants et s’élève à un niveau où l’air se raréfie. Impossible de déloger le bougre !

Réalité absolue, surréalité, qu’importe ! Le flot mélodique conserve une invention constante où se baladent rock baroque, folklorique et tribal ; le charme envoûte immédiatement. La petite histoire retiendra également une savoureuse imitation de Margaret Thatcher et un passage en morse signifiant un impeccable « F*** off RB » à l’attention de qui vous savez, comme un doigt tendu bien haut vers ses futurs fossoyeurs. Conséquence, les lieutenants Virgin laveront l’affront d’un coup de serpillère, brossant du même coup le sourire ultra-bright de leur général bafoué. Une campagne promotionnelle inexistante tuera dans l’œuf tout espoir d’exploitation. L’échec commercial sera sans appel. Pourtant, Amarok se révèle une expérience monumentale, l’œuvre singulière d’un compositeur unique, qui la considère toujours comme son inextinguible sommet. Un saut temporel, un paradoxe qui se conclut dans l’euphorie et qui assoit définitivement son statut de chef d’œuvre culte ; une coupe pleine, prête à déborder, dont on peut toujours boire le calice jusqu’à l’hallali.

MIKE OLDFIELD – AMAROK

Mike Oldfield - Amarok (1990)

Titre : Amarok
Artiste : Mike Oldfield

Date de sortie : 1990
Pays : Angleterre
Durée : 60’04
Label : Virgin

Setlist

1. Amarok (60:04)

Line-up

– Mike Oldfield / acoustic, classical, electric, Flamenco, sitar, bowed & clorfindel guitars, bouzouki, bass, mandoline, ukelele, banjo, acoustic & electric pianos, organs, sound f/x, marimba, glockenspiel, clay drums, bodhran, triangle, finger cymbals, Northumbrian bagpipes,
tambourine, bell tree, sticks, melodica, psaltry, Jews harp, spinet, whistles, spoons, Pan pipes, violin, cabasa, bongos, bass drums, tympani, kalimba, synthesizers, tubular bells
+ Julian Bahula / African drums arrangements
– Janet Brown / vocals
– Paddy Maloney / Uillean pipes
– Bridget St.John / vocals
– Clodagh Simmonds / vocals

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?