Gazpacho - Molok
4.0Note Finale

Si Demon avait déjà chapardé l’étiquette d’album le plus sombre de la discographie en clair-obscur de Gazpacho, son successeur intitulé Molok devrait lui reprendre le titre sans beaucoup de résistance. Et pour pousser plus loin le bouchon d’une musique complexifiée et densifiée, les norvégiens n’y sont pas allés par le dos de la cuillère, de la fourchette ou de quoi que ce soit qui pouvait leur tomber sous la main. Molok est tout simplement le premier disque théoriquement capable de détruire l’univers. Tout l’univers ? Oui ! Et comment ? Par un code inséré à la fin de l’album capable de générer un nombre aléatoire possédant assez d’informations pour exprimer la mesure du total de particules élémentaires présentes dans l’univers et provoquer, par réaction, un effet Quantum Zeno (ou paradoxe de Turing) avec trou noir, apocalypse, fin des choses et tout le toutim. Euh… mais encore ? Le Dr Adam Washington de l’université de Sheffield confirme la chose dans l’oreillette. OK. Bon, comme argument marketing, on a connu moins retord. Il y a bien eu les légendaires chansons des Beatles (« Rain ») ou des Doors (« Break on Through ») notamment, supposées invoquer le diable, mais personne n’avait tenté de faire partir l’univers en sucette ! Pragmatiques, les musiciens de Gazpacho répliquent avec un flegme épatant que cela prouverait néanmoins (mais avec ne néant) la vacuité de l’existence. Soit. Mais pour les droits d’auteurs, comment feraient-ils ? Angoisse…

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« Si cette destruction est le fait d’une petite réaction chimique, cela a-t-il la moindre valeur spirituelle ? Dans ce scénario, il n’y a ni bien, ni mal, juste une absence de sens. » – Gazpacho

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Scénarisé, le concept peut voir venir. Molok se met en scène dans les années 1920 et suit un homme persuadé que l’adoration d’un dieu passe toujours par la pierre, quelle que soit sa forme (cathédrales, stonehenge, temples etc.). Il en conclut que les adorateurs de ces dieux ont fini par les enfermer dans ces pierres, ce qui nous ramène évidemment aux mythes et folklores nordiques. Ce personnage développe ensuite une vision très mécanique des choses où chaque événement serait le résultat logique du précédent ce qui lui permet, via des calculs savants, de visiter le passé comme le futur grâce à une machine infernale nommée Molok, en hommage au démon du même nom. L’album s’articule sur la réflexion que sans religion, l’homme reste incertain du sens de son existence, ce qui le pousse à trouver des réponses n’importe où ailleurs et par n’importe quels moyens également.

Et la musique dans tout ça ? Sans surprise, la funeste mutation engagée avec March of Ghosts (2012) et Demon (2014) touche au but. Des rythmes singuliers de « Park Bench » à la montée dramatique de « The Master ‘s Voice », nous retrouvons le style du groupe chevillé au corps d’un album touffu et dense. Même le côté espiègle de « Bela Kiss » ne prend pas le pas sur les montées d’adrénaline, marque de fabrique des musiciens qui se jouent des éléments avec cet art consommé pour les ruptures submergées (« Know Your Time »).

Dans le sombre monde de Gazpacho, la musique sert aujourd’hui de support à un concept-autoroute aux inconnues multiples. Les bornes électriques restent branchées, les guitares vespérales pratiquent une greffe inespérée qui évite l’intérim. Se dévoile une musique ample, quelques coups de maître, un sens du fascinant, une grandiloquence grouillante qui ne s’épargne rien : pour aller au bout de son concept, Gazpacho a même invité l’archéologue musical Gjermund Kolltveit sur le titre (splendide) « Molok Rising » et tous s’amusent alors à jouer des instruments aussi anciens, qu’improbables : pierres, mâchoires de requins, flûtes et une Skåra Stone vieille de 10.000 ans. Dingue !

GAZPACHO – MOLOK

Gazpacho - Molok (2015)

Titre : Molok
Artiste : Gazpacho

Date de sortie : 2015
Pays : Norvège
Durée : 44’37
Label : Kscope

Setlist

CD
1. Park Bench (6:44)
2. The Master’s Voice (4:08)
3. Bela Kiss (2:45)
4. Know Your Time (6:07)
5. Choir of Ancestors (4:44)
6. ABC (3:26)
7. Algorithm (3:11)
8. Alarm (3:54)
9. Molok Rising (9:38)

LP
A1 Park Bench (6:44)
A2 The Master`s Voice (4:08)
A3 Bela Kiss (2:45)
A4 Know Your Time (6:07)
B1 Choir Of Ancestors (4:44)
B2 ABC (3:26)
B3 Alarm (3:54)
B4 Molok Rising (9:38)

Line-up

– Jan Henrik Ohme / vocals
– Jon-Arne Vilbo / guitars
– Thomas Andersen / keyboards, programming
– Lars Erik Asp / drums
– Kristian Torp / bass
– Mikael Krømer / violin, mandolin

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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2 Réponses

  1. docjb

    Belle chronique qui donne l’explication de texte de ce concept album ; je suis fan de cette musique mais ignare en anglais ; c’est dommage de ne pas comprendre la trame qui sou-tend la musique donc merci à Cyrille.
    Par ailleurs très bel album, dans la meilleure tradition de ce que sait faire Gazpacho. Un grand plaisir du début à la fin

     
    Répondre
    • AmarokProg

      Merci pour ce commentaire… j’ai compilé quelques source sur le sujet et j’espère avoir bien compris le concept qui est quand même un poil alambiqué… 🙂 en tout cas bel album même si pour moi il dégage moins d’émotions que Night et Tick Tock…

       
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