Mike Oldfield - Heaven's Open
2.8Note Finale

Lâché tel un ersatz par le giron Virgin avec son monumental Amarok dans le paletot, Mike Oldfield démarrait les années 90 à la dure et survit artistiquement dans la plus grande discrétion. Il sait pertinemment que ses heures sont désormais comptées et qu’il devra bientôt plier bagages. Aucun hasard donc à le savoir travailler sur un second volet de Tubular Bells histoire de remonter la pente chez un voisin concurrent et faire du même coup un pied de nez lucratif à un Richard Branson qui les lui brisait menu sur le sujet depuis un bail. Mais au jeu du divorce avec complications, le guitariste devait contractuellement livrer un dernier album avant de pouvoir claquer la porte une bonne fois pour toute, d’où cette impression de je-m’en-foutisme ambiant qui le poussera à signer la chose de son vrai prénom, Michael Oldfield… son complice Tom Newman devenant du même coup Thomas Newman. Qu’il est taquin ce Mike ! Le cordon sera coupé jusqu’à la track-list, inversée, où la longue suite instrumentale se retrouve pour la première fois nichée en fin d’album. Bref, tout va de travers  ! Même la pochette est un clin d’œil ironique puisqu’elle reprend la première version de l’illustration initialement imaginée pour Tubular Bells, lorsque celui-ci s’intitulait encore Breakfast in Bed. La boucle devait se boucler avec un bon clic à défaut d’une bonne claque.

Pourtant, les cinq chansons interprétées avec The Band (Simon Phillips, Mickey SimmondsAndy Longhurst, Dave Levy et Courtney Pine) se révèlent bizarrement agréables, dans l’esprit de Islands et Earth Moving, les accents stridents d’une guitare délurée en sus. Mike Oldfield ne voulait clairement pas caresser dans le sens du poil avec des titres pour le moins évocateurs qui référencent consciencieusement la rancœur du compositeur : « Make Make » (du blé), « No Dream » (et sa guitare défenestrée), « Gimme Back » (reggae celtique saugrenu), « Mister Shame » (sans commentaire) et enfin « Heaven’s Open », initialement intitulé « Man in the Rain » (il réutilisera l’idée sur Tubular Bells III) qui annonçait des lendemains forcément plus joyeux puisque éloigné de sa Némésis et que le pilote de F1 Jacques Villeneuve avouera énormément apprécier. Une dernière anecdote qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire, on en conviendra, mais c’est cadeau.

Bref, écorché vif et jamais à court d’idées (bonnes ou mauvaises, le tri sélectif n’existait pas), Mike Oldfield s’était de surcroît mis en tête de chanter lui-même ces volées de gros sel. Après avoir pris sérieusement des leçons avec Helena Shenel (prof de Peter Gabriel et George Michael), sa voix, qui n’avait jamais dépassé le stade du fonctionnel quand il daignait s’exprimer (Ommadawn), échappe au niveaux moyen du beuglard de circonstance pour atteindre quelque chose de relativement convenable. Cela dit, la roublardise de cette poignée de chansons se voit illico contrebalancée par une exploitation bordélique d’idées jetées à la volée et assemblées au gré du vent dans l’instrumentale « Music From the Balcony » qui, si elle comporte quelques séquences intéressantes, voire fascinante d’étrangeté dissonante, ne rivalise jamais avec les anciens sommets du guitariste (Taurus 2, Crises notamment). Cartonné par ses fans (même les plus ardents), logiquement renié par son auteur, Heaven’s Open ne mérite pourtant pas si mauvaise réputation. Cet album de la main gauche, de fonds de tiroir, n’a rien de vraiment aimable mais il touchait précisément à l’esprit Rock’n’Roll, envoyant avec style blackbouler les financiers et les avocats qui le tenaient par le colback… pour solde de tous comptes ! D’ailleurs, si vous tendez l’oreille, vous pourrez même entendre Mike. . .  pardon, Michael Oldfield rigoler à la fin de l’album et chuchoter un tranquille et définitif “Fuck off!“. Fin de l’histoire. Fermez le ban.

MIKE OLDFIELD – HEAVEN’S OPEN

Mike Oldfield - Heavens Open (1991)

Titre : Heaven’s Open
Artiste : Michael Oldfield

Date de sortie : 1991
Pays : Angleterre
Durée : 42’48
Label : Virgin

Setlist

1. Make Make (4:16)
2. No Dream (6:02)
3. Mr. Shame (4:22)
4. Gimme Back (4:09)
5. Heaven’s Open (4:15)
6. Music From The Balcony (19:44)

Line-up

– Simon Phillips / drums
– Dave Levy / bass
– Mickey Simmonds / Hammond, piano
– Michael Oldfield / vocals, guitars, keyboards
– Andy Longhurst / additional keyboards
– Courtney Pine / saxophones, bass clarinet

The “Sassy Choir” were:
– Vicki St James, Sylvia Mason-James, Dolly James, Debi Doss, Shirlie Roden, Valerie Etienne / additional vocal
Harmonies by: Anita Hegerland, Nikki ‘B’ Bentley, Tom Newman

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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