Wonder Wheel
4.0Note Finale

Décidément ! L’obsession de Woody Allen pour les thèmes du hasard tisse le ruban narratif autour de son quarante-septième film subtilement intitulé Wonder Wheel, en référence à la grande roue de la fête foraine et celle d’un destin circonflexe. L’occasion également de plonger dans les années 1950 tout en feuilletant ses auteurs de chevet : Tennessee Williams, Anton Tchekhov, Eugene O’Neill… Baigné d’une photographie lumineuse signée du maître Vittorio Storaro (trois Oscars au compteur, s’il vous plait), la station balnéaire Coney Island qui décore ce mélo à la Douglas Sirk est avant tout habitée par l’interprétation fiévreuse de Kate Winslet et d’un casting à l’avenant (James Belushi, Justin Timberlake, Juno Temple et même le duo clin-d’œil  Tony Sirico & Steve Schirripa qui officiaient déjà en mafieux dans Les Soprano). Attention, sous ses airs de comédie, le film s’enroule inexorablement dans une valse des regrets où l’être humain n’est que la marionnette d’un destin manipulateur et folâtre. La mise en scène de Woody Allen, précise, travaille sa grammaire et s’amuse à emprisonner des personnages en déréliction dans leurs choix erratiques. Perversité d’auteur, s’il laisse un peu d’espoir c’est avant de basculer tout son petit monde dans un gouffre de rancœurs recuites, de faux semblants, de trahisons où le cynisme se portent en bandoulière. L’illusion du théâtre et du cinéma peut être parfaite, la réalité rattrape les personnages : morne, triste, lugubre. Sans échappatoire. Au bord du gouffre, Ginny (Kate Winslet) déploie une énergie désespérée. Vibrante et flamboyante, elle consume sa vulnérabilité comme le feu de la tragédie antique qui s’apprête à brûler la grande scène de l’existence.

ENGLISH VERSION

WONDER WHEEL

You’ve got to hand hand it to him! Woody Allen’s obsession with luck, coincidence and chance weaves its way through his forty-seventh film, which is subtly titled Wonder Wheel, in reference to the Ferris wheel that looms above the Coney Island funfair and to the wheel of fortune. In his latest work Allen takes us back to the 1950s and alludes to some of his favorite authors, including Tennessee Williams, Anton Chekhov and Eugene O’Neill. Basked in the golden hues used by the excellent director of photography Vittorio Storaro (a three-time Oscar winner no less), the seaside resort of Coney Island becomes the set for this period melodrama reminiscent of the Douglas Sirk era. More than anything, it is the stage for a feverish performance from Kate Winslet and a top-name cast that includes James Belushi, Justin Timberlake and Juno Temple. The film even pokes fun at The Sopranos, with Tony Sirico and Steve Schirripa reprising as a couple of gangsters. But underneath the comic feel emanates an inexorable tide of regrets, where men and women are mere puppets on a string, dancing towards their manipulated and frolicsome fate. Woody Allen’s neat directing works all the tricks of the trade as he delights in trapping the characters in their inability to make the right choices in life. His poetic licence for perversity allows a glimmer of hope, but this falls sway to the characters’ undigested resentment, pretence, betrayals and cynicism, which are all worn like a badge of honor. The illusion of the theatre and the cinema may be perfect, but reality catches up with the characters and proves to be gloomy, sad and dismal. There is no escape. On the edge of the abyss, Ginny, played by Kate Winslet, exudes a desperate energy. Both vibrant and flamboyant, her vulnerability is consumed like the fire of an ancient Greek tragedy poised to burn the great stage of existence.

WONDER WHEEL  de WOODY ALLEN

Wonder Wheel

Titre : Wonder Wheel
Titre anglais : Wonder Wheel

Réalisé par : Woody Allen
Avec : James Belushi, Juno Temple, Justin Timberlake, Kate Winslet…

Année de sortie : 2018
Durée : 101 minutes

Scénario : Woody Allen
Montage : Alisa Lepselter
Photographie : Vittorio Storaro

Nationalité : États-Unis
Genre : Drame
Format : Couleur

Synopsis : Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses…

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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