Vincent n’a pas d’écailles
3.8Note Finale
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Ce film est un miracle, une aubaine, pour qui, comme moi n’apprécie pas le cinéma bling-bling hollywoodien, les films de super-héros truffés d’effets spéciaux présentés comme des performances. Bon je ne veux désigner personne, il y en a tant et tant, mais suivez mon regard sur un film qui m’est récemment resté coincé en travers de la gorge,  le dernier film d’Iñárritu. (Lire un tout autre point de vue sur ce film, ici-même, chroniqué par le créateur de ce Mag, Cyrille Delanlssays)

Ce Vincent-Fantasticman est un anti-Birdman. En toute simplicité.

Modeste, privilégiant l’épure, économisant les moyens aussi bien financiers que visuels, sans esbroufe aucune, quelle audace !

Vincent est un être humain doté d’un pouvoir surnaturel : dans l’eau, il voit ses forces physiques décupler. Ce pouvoir, il le cache, ne s’en vante pas, et vit en marge, timide et solitaire, venu d’on ne saura où, ayant pour toute ambition de mener une vie paisible : nager mieux qu’un dauphin, dès que possible après le boulot, dans des lacs, des rivières aux paysages provençaux magnifiques ; avoir un travail alimentaire ; aller au bal, le samedi soir ; avoir quelques bons copains ; une amoureuse. Et voilà tout. Quelle fraîcheur !

C’est dans cette vie ordinaire que le surnaturel va apparaître progressivement, doucement, au fil de ces baignades de plus en plus voluptueuses. Les étreintes amoureuses le sont tout autant, car après avoir humé la caresse de l’eau sur la peau sans écailles de Vincent, nous assistons à la caresse humaine “la plus longue du monde”, sur son épiderme. Hum…. Quelle tendresse!

Le film de super-héros est un genre typiquement américain, mais ici l’hommage rendu s’adresse incontestablement à notre  cinéma ancestral, à Mélies en particulier, avec ces effets spéciaux bricolés, ingénieux, et infiniment poétiques. Quant à l’acteur principal, Thomas Salvador himself, il a tout de Buster Keaton avec son grand corps comique, son jeu est avant tout physique, les dialogues étant minimalistes, et les silences possédant une vraie puissance magnétique.

Quand on est affublé d’un pouvoir magique, si l’on veut en garder le secret et ne pas s’attirer d’ennuis, il faut ne jamais s’en servir. Voilà le hic. Mis en situation d’en user, notre super-héros va se retrouver aux prises avec la Gendarrrmerrrie, et commence alors la dernière partie du film, celle de la course-poursuite, ritournelle indissociable du cinéma muet. Changement de rythme radical. Les situations rocambolesques (quoi de mieux, par exemple, pour retrouver sa puissance, qu’une bonne immersion dans le bassin d’un vieux lavoir pendant que les hordes de gendarmes déchainés vous courent après!), inventives, mais un peu trop répétitives, et lassantes au final, affaiblissent le film. C’est cependant à ce moment que le sens du film apparait vraiment, celui du droit à la différence, inhérent au film de super-héros.

La fuite finale, l’expatriation, évoquant une situation que bon nombre de sans-papiers vivent aujourd’hui, est sublime, conduisant notre Vincent dissemblable vers un ailleurs où la nature est reine, un ailleurs sans doute utopique, mais plein d’espérances.

Un très joli film économe de moyens et humainement généreux. Et prometteur, car il s’agit du premier long métrage de Thomas Salvador.

Vincent n’a pas d’écailles – Thomas Salvador

VINCENT+N+A+PAS+D+ECAILLES

Titre : Vincent n’a pas d’écailles
Réalisé par : Thomas Salvador
Avec : Thomas Salvador, Vimala Pons, Youssef Hadji…

Année de sortie : 2015
Durée : 78 minutes

Scénario : Thomas Salvador, (avec la collaboration de Thomas Cheysson et Thomas Bidegain)
Montage : Guillaume Saignol

Nationalité : France

Synopsis : Vincent, un jeune homme discret, s’installe dans une région de lacs et de rivières. Il rencontre Lucie, dont il tombe amoureux. Bientôt, il doit lui dévoiler son secret : Vincent possède un pouvoir extraordinaire qui se révèle au contact de l’eau.

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A propos de l'auteur

Raelle2014

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !

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