Unitopia - The Garden
4.5TOP 2008

Après une remarquable entrée en matière avec More Than A Dream (2007), condensé tonitruant de Manfred Mann, Ozric Tentacles et de résonnances Peter Gabriel, le collectif mutant Unitopia livrait quasiment dans la foulée une suite à double foyer. Une production bonifiée, de l’inspiration à fenêtres ouvertes, The Garden éclaircissait les choses sur les capacités du groupe à malaxer le prog-rock classique seventies aux tempéraments contemporains en tirant sa révérence devant l’inénarrable, l’indéboulonnable duo YesGenesis ; une musique qui alterne le chaud et le froid, l’acoustique et le riff ailé, croisement malin et malicieux entre Moon Safari, The Flower Kings, Magic Pie, Transatlantic et Magenta… toujours prompts à sniffer les bons coups, InsideOut ne s’y était d’ailleurs pas trompé en signant prestement la formation kiwi.

Et la musique alors ? La plupart des morceaux, positifs et dopés par des musiciens carrés qui ne tournent pas en rond, jouent les piles électriques à retardement. La preuve ? « One Day » et son piano-voix-violoncelle, splendide d’émotion, transperce la cible avant d’enclencher les 22 minutes de la pièce montée « The Garden », à la fois spontanée et contrastée, construit de guitares agressives, suivies de moments calmes et sereins, presque tristes, de quelques zigzags folklo (xylophones, bruitages, percussions) sur des mélodies qui s’amusent de cabrioles, de gentillesse et de fragilité sans jamais faire gnangnan (c’est possible). Et le final ne manquera pas de flanquer le grand frisson aux passionnés de « Supper’s Ready » dont il est bien plus qu’un hommage, un rejeton officiel. La minutieuse horlogerie seventies joue alors les maestros en évitant le syndrome du tribute band maniaco-dépressif qui pollue trop souvent la personnalité des formations sous influence. A contrario, Unitopia dépasse le cadre du dédoublement de personnalité et affiche un style direct, passe sans une once d’hésitation d’une bande originale symphonique (« Amelia’s Dream ») à de la power pop acidulée (« Inside the Power »).

Les amateurs raffoleront de ces grands écarts qui permettent au second gros morceau « Journey’s Friends », de passer du néo-synthé-eighties aux riffs tumultueux sur fonds de chant énervé avant de céder sa place au groove sexy (avec saxophone langoureux et tout ce qu’il faut déshabillé) de « Give and Take ». Chaque tentative est couronnée de succès, à tel point qu’un titre très sympa comme « When I’m Down » (seul véritable dispensable du lot) fait pâle figure vis-à-vis du reste. Certes, la sobriété n’est pas toujours d’actualité, et chaque ligne mélodique risque la sortie de piste ; une trajectoire brisée par quelques onces ferrugineuses (« This Life »), une voix féminine envoûtante (« Love Never Ends »), d’impeccables embardées jazz-fusion (« Don’t Give Up Love ») ou un jeu de basse bien en chair sur un rythme crunchy, dans le sillage d’un Peter Gabriel en climat tempéré.

Bref, sous la houlette d’un lineup tonitruant et non tonique et truand, The Garden ne réinvente pas le fil à couper le prog, ni celui du rasoir, et pourrait même bénéficier d’une production plus chiadée encore mais il parvient à mélanger ses influences avec assez de candeur pour transcender une musique qui pouvait faire long feu. Même si l’aventure devait s’arrêter brutalement 2014, Unitopia démontrait ici qu’au travers d’horizons aussi multiples que ceux de leur vaste contrée et sans se vouloir visionnaires à tout prix, ils dégotaient le plus souvent ce que d’autres laissent mécaniquement au rencard avec leurs certitudes mal placées : l’inspiration.

UNITOPIA – THE GARDEN

Unitopia - The Garden (2008)

Titre : The Garden
Artiste : Unitopia

Date de sortie : 2008
Pays : Australie
Durée : –
Label : InsideOut

Setlist

Disc 1
1. One Day (2:27)
2. The Garden (22:35)
3. Angeliqua (9:50)
4. Here I Am (3:19)
5. I Wish I Could Fly (6:51)
6. Inside The Power (4:31)

Disc 2
1. Journeys Friend (16:28)
2. Give And Take (5:09)
3. When Im Down (5:41)
4. This Life (4:47)
5. Love Never Ends (3:48)
6. So Far Away (2:11)
7. Dont Give Up Love (7:49)
8. 321 (5:31)

Line-up

– Mark Trueack / Vocals
– Sean Timms / Guitar, Keyboard
– Matt Williams / Guitar
– Monty Ruggiero / Durms
– Shireen Khemlani / Bass
– Tim Irrgang / Percussion

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d’ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?