Un Monde Parfait
5.0Chef-d'œuvre

Itinéraire sinueux que ce (grand) film proposé à l’origine à Steven Spielberg avant de tomber entre les mains de Clint Eastwood. Si le cinéaste pense d’abord à Denzel Washington, c’est finalement Kevin Costner, encore tout frais auréolé du succès de Danse avec les Loups et de sa kyrielle d’Oscars qui est choisi pour interpréter Butch, un prisonnier bourru qui tentera la quille aux côtés de son jeune otage Philip (T.J. Lowther). Road movie initiatique, polar, drame intime, Un Monde Parfait se situe pendant les fêtes de Halloween, dans les environs de Dallas, juste avant la visite fatale de John F. Kennedy, comme un symbole d’une identité nationale prête à voler en éclat. Tournage sous tension (les égos font des étincelles), Kevin Costner trouve ici son plus beau rôle, à la fois attachant, violent, imprévisible. L’enfant perdu n’est peut-être pas celui que l’on croit. Tout au long du film, Clint Eastwood prend son temps, s’attarde sur la relation entre le fuyard et cet enfant qui apprend à ses côtés une autre vie, un autre regard. Le cinéaste alterne séquences lumineuses et tragiques. Il tutoie une poésie que l’on croirait échappée du « Dormeur du Val » de Rimbaud. De cette course désespérée pointe alors une lueur d’espoir avec la transmission d’un héritage, d’une liberté, toujours au cœur du dispositif eastwoodien. Dans cette équipée sauvage, T.J. Lowther n’a rien du surdoué énervant, du gamin qui en fait des tonnes. Renfermé, il joue des regards, des gestes et des silences comme si Philip voulait à tout prix se préserver du monde extérieur. De l’autre côté de la route, Red Garnett offre à Clint Eastwood un rôle de ranger tout en nuances, incertain de ses choix face à un monde plus complexe que la simple frontière illusoire entre le bien et le mal. Cette même vision simpliste que l’Amérique s’apprêtait à abandonner dans la douleur. Et comme son pays, il devra assumer les conséquences de ses actes, de ses décisions. Fussent-elles tragiques. Quand la petite histoire rencontre la grande cela donne un film d’une force brute, d’une émotion totale. La scène, malséante, avec le fermier et son fils maltraité en est l’exemple le plus touchant, le plus troublant, entre l’amour et la folie, la compassion et la punition. Film intense, immense, double complémentaire et aussi haut placé que le précédent Impitoyable avec lequel il forme un diptyque atypique, Un Monde Parfait sera boudé par le public américain et injustement considéré comme un échec commercial  malgré sa très belle carrière à l’international. Restons terre à terre, il reste quoi qu’il en soit, une œuvre absolument magnifique et bouleversante.

ENGLISH VERSION

A PERFECT WORLD

It is a sinuous path that this (great) film originally proposed to Steven Spielberg before falling into the hands of Clint Eastwood. While the filmmaker first thinks of Denzel Washington, it is finally Kevin Costner, still fresh from the success of Dances with Wolves and his string of Oscars, who is chosen to play Butch, a prisoner who will attempt to escape alongside his young hostage Philip (T.J. Lowther). An initiatory road movie, thriller, intimate drama, A Perfect World is set during the Halloween festivities in the Dallas area, just before John F. Kennedy‘s fatal visit, as a symbol of a national identity ready to be shattered. Shot under tension, Kevin Costner finds here his most beautiful role, at once endearing, violent, unpredictable. The lost child may not be the one we think he is. Throughout the film, Clint Eastwood takes his time, dwells on the relationship between the runaway and this child who learns another life, another way of looking at things. The filmmaker alternates luminous and tragic sequences. He introduces a poetry that seems to have escaped from Rimbaud‘s “Le Dormeur du Val“. From this desperate race there is a glimmer of hope with the transmission of a heritage, a freedom, always at the heart of the Eastwood works. In this wild outfit, T.J. Lowther has nothin of the gifted annoying, the kid who makes tons of them. Shut in, he plays with looks, gestures and silences as if Philip wanted to preserve himself from the outside world at all costs. On the other side of the road, Red Garnett offers Clint Eastwood the role of a Ranger uncertain of his choices in the face of a world more complex than the simple illusory frontier between good and evil. The same simplistic vision that America was about to abandon in pain. And like his country, he will have to face the consequences of his actions, of his decisions. No matter how tragic. When the small story meets the big, the result is a film of raw strength, of total emotion. The unseemly scene with the farmer and his abused son is the most touching and disturbing example of this, between love and madness, compassion and punishment. An intense, immense movie, double complementary and as high ranked as the previous Unforgiven with which it forms an atypical diptych, A Perfect World will be shunned by the American public and unfairly considered a commercial failure despite its very successful international career. Let’s stay down to earth, there remains, in any case, an absolutely magnificent and moving work.

Un monde parfait - Clint Eastwood (1993)

Titre : Un Monde Parfait
Titre original : A Perfect World

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Kevin Costner, Clint Eastwood, Laura Dern, T.J. Lowther…

Année de sortie : 1990 (USA), 1991 (France)
Durée : 138 minutes

Scénario : John Lee Hancock
Montage: Joel Cox
Image : Jack N. Green
Musique : Lennie Niehaus

Nationalité : États-Unis
Genre : Policier

Synopsis : Texas, 1963. La cavale d’un dangereux voleur récidiviste et de son otage, un jeune témoin de Jehovah qui, le temps de cette folle equipée, va devenir son ami....

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