Un Grand Voyage Vers La Nuit
4.0TOP 2019

Filmer les songes. Flirter avec le vertige du grand inconnu. Co-production entre la Chine et la France, « Un Grand Voyage Vers la Nuit », second film signé Bi Gan après le remarqué « Kaili Blues » (2015), est une promesse de sensualité et de mystère. Une histoire simple, un MacGuffin (prétexte scénaristique) de fin gourmet : le retour de Luo Hongwu qui s’est enfuit il y a des années de sa ville natale Kaili et sa recherche d’une femme qu’il a jadis aimée. Au long de sentiers maintes fois empruntés (Wong Kar Waï, Andreï Tarkovski, Apichatpong Weerasethakul, Hou Hsiao Hsien), les soubresauts du temps, les horloges cassées, une mafia crapoteuse, la pluie, et ce destin, fragile, qui se tord autour de corps précipités, le film retrouve l’essence d’une narration faite d’artifices, de fantasmes et de cette puissance purement cinématographique. Forcément énigmatique, il s’inscrit dans une tradition de trip halluciné dans lequel le spectateur est invité à louvoyer, puis se perdre. Et se laisser aller. Le cinéaste, inspiré ici par le chromatisme onirique de Chagall, l’univers de Patrick Modiano, dont on retrouve le goût pour la recherche évanescente des sentiments, fascine à déconstruire son propre sujet au mitan du film, comme David Lynch auparavant dans « Mulholland Drive », avant de le conclure autour d’un plan séquence virtuose de trois quart d’heure qui restera comme un ultime rayon incandescent imprégné du « Vertigo » d’Alfred Hitchcock. « Un Grand Voyage vers la Nuit » doit ainsi se vivre comme une expérience, une œuvre envapée qui n’a pas d’autres limites que celles de notre propre imagination.

ENGLISH VERSION

Filming dreams. Flirting with the vertigo of the vast unknown. In a co-production between China and France, Long Day’s Journey into Night is Bi Gan’s second feature film after the well-received Kaili Blues in 2015, and promises sensuality and mystery. This simple story, which has a carefully chosen MacGuffin (a pretext to develop the plot), chronicles the return of Luo Hongwu to his hometown of Kaili from which he fled several years earlier and the search for his long-lost love. In this narrative, frequently used in the past by Wong Kar-wai, Andrei Tarkovski, Apichatpong Weerasethakul and Hou Hsiao-hsien, the film jumps back and forth in time, mixes broken clocks, a murky mafia and rain, playing on the physical bodies of the actors to express the fragility of destiny. The way Bi Gan tells his story stems from all the tricks of cinematography, enveloping the viewer with a ghost-like atmosphere and the power of the cinematic form. Bi Gan’s wholly enigmatic film follows the tradition of other hallucinogenic trips, where the viewer is drawn between several different plot possibilities before giving up and letting go. In this work, the film maker takes his inspiration from Chagall’s chromatic dreamlike state and the world of Patrick Modiano, with his fleeting search for feelings. He unravels his own story in the middle of the film, as did David Lynch in Mulholland Drive, before tailing off with a brilliant 45 min. sequence shot that remains a final incandescent glow, reminiscent of Hitchcock’s Vertigo. Long Day’s Journey into Night should be treated as an experience, a dreamlike state with boundless possibilities, just like our own imagination.

UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT de BI GAN

Un Grand Voyage Vers la Nuit (2019)

Titre : Un Grand Voyage Vers la Nuit
Titre original : Dìqiú zuìhòu de yèwǎn

Réalisé par : Bi Gan
Avec : Tang Wei, Huang Jue, Sylvia Chang…

Année de sortie : 2019
Durée : 138 minutes

Scénario : Bi Gan
Montage : Qin Yanan
Musique : Lim Giong et Hsu Point

Nationalité : Chine / France
Genre : Drame onirique
Format : couleur – 35 mm – 1,85:1

Synopsis : Luo Hongwu revient à Kaili, sa ville natale, après s’être enfui pendant plusieurs années. Il se met à la recherche de la femme qu’il a aimée et jamais effacée de sa mémoire. Elle disait s’appeler Wan Qiwen…

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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