The Pineapple Thief - Someone Here Is Missing
4.5TOP 2010

Qu’on ne vienne plus dire que les groupes de rock progressif n’évoluent pas, contrairement à ce que laisseraient supposer leurs petites histoires de famille ! À bien regarder celle de The Pineapple Thief il ne fallait pas s’étonner qu’après sept albums en apesanteur et une double compilation d’une richesse sonore totale (3000 Days en 2009), Bruce Soord ait ressenti le besoin de se donner un bon coup de ventoline pour avancer. L’idée s’était probablement imposée d’elle-même. En passant dans le giron de KScope sous l’aile protectrice de Steven Wilson, les anglais se devaient de gratiner leurs arpèges et désassembler un peu leurs compositions rongées de spleen. Le défi à relever était costaud : parvenir à faire le plein d’électricité sans court-circuiter un tel sens mélodique et donner du vrombissant sans écorner une âme bouleversée et bouleversante. Car dans le genre mélancolique et chansons “vague à l’âme“, The Pineapple Thief a toujours su consumer le concept jusqu’aux cendres. Bref, on a beau connaître la chanson du nouveau départ sur le bout des doigts, on entame Someone Here Is Missing avec le doute au cœur. La pochette, imaginée par l’immense Storm Thorgerson (Pink Floyd, Rush etc.), nous montre un Bruce Soord recouvert de papiers où sont inscrites ses pensées les plus secrètes. On devine facilement que personne ne viendra mâcher le boulot !

Le disque débute avec « Nothing At Best », plage incandescente, affublée d’un riff déchiré par sa propre intensité, jonglant entre rythme électro et vertige survolté. Une merveille d’introduction enchaînée par un « Wake Up the Dead » plus électro encore mais suivant une ligne de fuite funeste jusqu’à se nettoyer d’un tonnerre de rock’n’roll absolument décapant. A peine le temps de reprendre son équilibre avec « The State We’re In », mid tempo au romantisme classieux, que l’on entre dans le labyrinthe sonique de « Preparation For Meltdown ». The Pineapple Thief passe alors quelques vitesses dans sa faculté à recréer un style sans échapper à son identité. Convulsifs, compulsifs sous le coup de la transformation, les anglais libèrent des décharges d’une puissance extraordinaire.

Triste sans en rajouter (« Barely Breathing » en acoustique suspendue), puisant également dans une forme de metal sexy (« Show a Little Love » chanté très hot par un Bruce Soord qui étendait son registre), le groupe en appelle au meilleur de ses obsessions (« Someone Here is Missing », splendide) pour se créer un nouveau monde in extenso, totalement dégraissé. L’album dure à peine trois quart d’heure et se permet d’envoyer deux missiles pour finir le boulot : « 3000 Days » et « So We Row » dont le petit air malin virevolte jusqu’à son dénouement. On en ressort rincé.

The Pineapple Thief avait jusqu’ici mangé jusqu’à satiété la pulpe de son fruit mûr (Abducting the Unicorn, 137, Variations on a Dream, 10 Stories, Little Man), avant de s’attaquer aux parties charnues (What We Have Sown, Tightly Unwound). Avec Someone Here Is Missing, il rongeait sa propre écorce en nous offrant un savoureux cocktail sucré, salé, acidulé. L’avenir allait donner raison à cette magnifique formation en poursuivant le palpitant de ses nouvelles secousses.

THE PINEAPPLE THIEF – SOMEONE HERE IS MISSING

The Pineapple Thief - Someone Here Is Missing (2010)

Titre : Someone Here Is Missing
Artiste : The Pineapple Thief

Date de sortie : 2010
Pays : Angleterre
Durée : –
Label : Kscope

Setlist

1. Nothing at Best (4:09)
2. Wake Up The Dead (4:24)
3. The State We’re In (3:19)
4. Preparation For Meltdown (7:27)
5. Barely Breathing (3:44)
6. Show A Little Love (3:59)
7. Someone Here Is Missing (3:53)
8. 3000 Days (6:10)
9. So We Row (8:19)
10. Long Time Walking (4:48)*
11. Nothing at Best (Acoustic Version) (3:52)

Line-up

– Bruce Soord / Guitar, vocals and programming
– Jon Sykes / Electric and acoustic bass guitars, backing vocals
– Steve Kitch / Keyboards
– Keith Harrison / Drums and backing vocals

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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