Stranger Things 3
3.5Note Finale

La première saison avait subjugué dans son art consommé du recyclage de la pop culture des années 80 avec, pour l’entraîner, une troupe de jeunes héros super-attachants. La seconde saison un peu de bric et de broc, avait laissé un goût d’inachevé dans sa logique horrifique qui flirtait sans vergogne aux limites de la série B. Si nous conservions le petit groupe original, l’introduction de sans neuf intrigant (Max et Billy) restait l’une des meilleures choses. Rien de bien inquiétant pour la suite. Pour sa troisième saison, les pistes laissées en suspend (notamment la rencontre fortuite de Eleven (Millie Bobby Brown) avec Eight lors de sa fugue étonnante) laissaient espérer quelques tangentes narratives funky. Las, la série va jouer sur ses acquis sans jamais consolider les choses. Au contraire. Mais paradoxalement, ce qui pourrait s’assimiler à une disparition de colonne vertébrale se révèle toujours diablement divertissant.

La mise en ligne de la série, fixée le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine et précisément la date de la résolution de l’intrigue, nous impose donc le sempiternel retour du monstre venu de l’upside-down, monde parallèle que des vilains Russes s’évertuent à vouloir rouvrir pour une raison qui restera bien floue. Entre temps, nos jeunes amis se découvrent adolescents, avec son lot de turpitudes amoureuses traitées de façon un peu balourdes, sur un rythme narratif lymphatique. En recentrant l’intrigue autour du centre commercial Starcourt, symbolique ambigu d’un capitalisme en plein essor à la façon du George Romero de Dawn of the Dead, mais paradis nécessaire de la fashion-victim en quête de personnalité, la série tente un discours politique à peine effleuré et préfère se concentrer sur une énième version de la “Guerre froide pour les Nuls“. Dommage.

Au-delà d’un arrière plan galvaudé, Stranger Things pousse un peu plus encore ses aspérités référentielles et marketing : Retour vers le Futur, Terminator, The Thing, Invasion Los Angeles, The Blob, Body Snatcher, Rambo (le 2), Rocky (le 4) et Stephen King sont tour à tour alignés pour amuser la galerie de connaisseurs tout en ne laissant jamais de côté celles et ceux qui ne s’y reconnaîtront pas. Malin. Même chose du côté des musiques avec notamment « Never Ending Story » (tiré de L’Histoire dans Fin) dans l’une des scènes les plus drôles de la série mais aussi la reprise de « Heroes » (titre déjà utilisé dans la saison une) de Peter Gabriel pourtant parue en 2010 quand le titre original date de 1977. Enfin, les placements de produits deviennent un axe central de toute cette déferlante eighties avec, en force, Coca-Cola et Burger King. De là à y voir un lien avec les discours disséminés sur le capitalisme et le communisme…

Qu’à cela ne tienne ! La mécanique narrative a ses ambitions. En éclatant l’intrigue en multi-groupes et zones, les auteurs jouent à assembler les pièces d’un puzzle dont nous aurons la complétude dans son ultime épisode. Pourtant, ce pur plaisir feuilletonesque, qui culmine dans les épisodes 5 et 6, n’évite pas certains partis pris et une caractérisation étonnante vis à vis des saisons précédentes. Ainsi Jim Hopper (David Harbour) est devenu un étonnant archétype de la beauferie ordinaire avant de camper, à nouveau un détective perspicace, sauce Magnum, sans prérogatives, ni contraintes officielles. De même, Joyce Byers (Winona Ryder) a étonnamment perdu de sa folie pour devenir un ersatz de docteur Watson. Des choix curieux qui, tout aussi curieusement, s’édulcorent au fil de la saison.

«We are not kids anymore!»

Alors certes, les scènes spécialement conçues pour la fanbase sont efficaces, mais dans l’enchevêtrement des faits, le facteur hasard prend définitivement trop de place pour faire avancer logiquement l’intrigue. Heureusement de belles idées émaillent la série avec sa réalisation astucieuse, élégante et l’arrivée de personnages hauts en couleurs tels que Robin (interprétée par Maya Hawke, fille de Ethan Hawke et Uma Thurman) ou Erica (Priah Ferguson) la petite sœur de Lucas (Caleb McLaughlin). Entre l’idée d’une enfance rêvée, à coup de Dungeon et Dragon dans la cave, une adolescence qui passe par de envies de bécotage, et l’autre côté du miroir, celui des adultes dont on sent, malgré tout, qu’ils ne sont pas plus avancés que leurs gamins, la série jongle avec son discours, sur le modèle des montagnes russes, en canalisant les soucis du temps qui passent sur ses propres comédiens. A la façon de la saga Harry Potter, qui nécessitait un rythme de tournage constant pour rester dans la ligne de mire de l’intrigue, Stranger Things court après le temps qui passe. C’est ici que le destin de Will (Noah Schnapp) reste le plus tragique, puisque son personnage semble éternellement prisonnier d’un entre deux, partagé cette fois entre son enfance et une adolescence qui se refuse à lui puisque sans « copine ». Cet esprit teen movie surnage ici et phagocyte une partie de l’intrigue qui hésite longuement à nous plonger dans l’horreur.

Sans révéler le final de tout cet imbroglio, il faut préciser qu’à la façon des films Marvel, une séquence post générique permettra de fantasmer la suite. Nul doute que pour conserver notre attention, les frères Duffer devront creuser un peu plus la matière de leur poule aux œufs d’or en zyeutant du côté de Tchernobyl peut-être ?

STRANGER THINGS

Stranger Things 3

Titre : Stranger Things
Saison : 3

Showrunner : Matt Duffer & Ross Duffer
Avec : Winona Ryder, David Harbour, Finn Wolfhard, Millie Bobby Brown, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Natalia Dyer…

Année de sortie : 2019
Durée : 8×48 min

Réalisation : Matt Duffer, Ross Duffer, Shawn Levy
Scénario : Matt Duffer & Ross Duffer
Image : Tim Ives et Tod Campbell
Musique :  Kyle Dixon et Michael Stein
Nationalité : États-Unis
Genre : Fantastique
Chaîne : Netflix

Synopsis : En 1984, à Hawkins dans l’Indiana, un an a passé depuis l’attaque du Démogorgon et la disparition d’Onze. Will Byers a des visions du Monde à l’envers et de son maître, une créature gigantesque et tentaculaire. Plusieurs signes indiquent que les monstres vont franchir le portail et revenir sur la ville…

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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