Star Wars VIII : Les Derniers Jedi
2.5Note Finale

ATTENTION CRITIQUE FULL SPOILER !

Inutile de jouer sur le suspense insoutenable d’une critique en clair-obscur : Star Wars VIII est un grand spectacle mais également un épisode à la narration bancale et incohérente. Qu’à cela ne tienne ! Ces soucis d’écriture ne seront peut-être pas suffisants pour bouder le plaisir du spectateur peu enclin aux atermoiements de nos héros. Pour les autres (dont mézigue), la question devrait s’avérer nettement plus délicate d’autant que Rogue One, sorti l’an passé, avait su renouveler une franchise que d’aucun pensait à bout de souffle ou, au mieux, usée à la corde. Et même si l’épisode VII (L’Éveil de la Force) cristallisait nombre de reproches avec une intrigue globalement calquée sur le storytelling balisé de la trilogie d’origine, il fallait lui reconnaître un verni classieux, classique, un rythme haletant et des possibilités offertes pour une suite promise au meilleur. La confiance accordée à Rian Johnson (auteur du sympathique Looper), peu habitué aux gros budget mais également scénariste, laissait même présager d’une approche originale, presque auteuriste, en tout cas personnelle de ce volet central. L’idée qu’un showrunner tel que George Lucas ne soit plus là pour superviser l’ensemble pouvait permettre un style propre à chaque épisode, une vision, avec le risque assumé de manquer de cohérence. Une perspective atténuée par le talent de J.J. Abrams qui avait laissé le choix des armes. C’est ici que l’histoire se gâte…

ATTENTION CRITIQUE FULL SPOILER !

 

 

“Laisse mourir le passé… et après moi le déluge.”

 

Prompt à jouer coûte que coûte la carte du renouveau, Rian Johnson s’est donc emparé de ce jouet avec un cahier des charges précis : « oublier le passé » et poursuivre la suppression des icônes (Han, Luke, Leia). Pour cela, et plutôt que de poursuivre les pistes narratives qui lui étaient offertes, le réalisateur/scénariste se comporte comme un sale gosse, trop gâté, qui confond simplification et évolution. Plutôt que d’imaginer des solutions qui s’inscriraient logiquement dans un univers construit depuis quatre décennies, sans forcément se répéter ou copier le préexistant, il va s’employer à détricoter les choses pour se faciliter la tâche. Après moi le déluge !

Le problème que soulève ce Star Wars VIII relève précisément des choix narratifs opérés pour des raisons officiellement cosmétiques (rajeunissement) mais plus clairement par manque d’imagination. Sans vouloir s’inscrire dans un camp ou un autre (hatersfans ultras etc.), il suffit d’observer les choses de manière factuelle. Quand une intrigue se situe dans la continuité d’une saga, d’un univers délimité, il faut travailler avec ses contraintes, les manipuler avec précaution, garder l’essentiel pour ouvrir son imaginaire. C’est tout l’art du contrepoint autrement maîtrisé par Denis Villeneuve avec Blade Runner 2049. Le raccourci est ici rapide mais nullement hasardeux. Poursuivre l’univers Star Wars ne prédestine pas à répéter les mêmes schémas mais à les approcher différemment, avec discernement. Rian Johnson, se contente ici de nous présenter une histoire sur trois axes parallèles, dans un espace-temps très élastique (planète Ahch-To, ville casino de Canto Bight, vaisseaux spatiaux), le tout finalement ramassé sur quelques heures avec, en toile de fond, une course poursuite assez mollassonne et sans grand suspense. Si les incohérences et les trous d’air sont légion dans ce type de films, jouer du révisionnisme pousse évidemment le spectateur le plus scrupuleux à chercher la petite bête. En désossant l’existant, Rian Johnson pense camoufler ses problèmes de rythme (des longueurs manifestes), ses fautes de goûts (la séquence du casino ressemble à un mauvais James Bond avec un caméo de Justin Théroux en smoking), son sens du téléphoné en vrac (le hacker DJ attend les héros pour s’enfuir), un l’humour plus ou moins déplacé qui efface toute velléité dramatique et des personnages très peu développés hormis Poe Dameron qui passera de l’archétype de la tête brûlée à un style de commandement plus humain et moins sacrificiel. Ce thème du sacrifice semblait pourtant devoir porter le film vers un peu plus qu’il n’est. Présent dès la première scène, formidable, il irriguait déjà Rogue One dans sa forme la plus tragique. Là encore, Les Derniers Jedi n’innove pas mais enfonce les portes précédemment ouvertes sans vraiment oser comme en témoigne le suicide avorté de Finn. Courageux mais pas téméraire !

Ce problème d’écriture, ces nouveautés apparentes, cette superficialité ne sont pas neutres. Si Le Réveil de la Force n’en disait pas beaucoup plus sur ses personnages, il avait le mérite d’ouvrir la voie, de commencer quelque chose. Rian Johnson piétine et, faute de mieux, renverse la table en éliminant Snoke de façon grotesque et frustrante. Nous n’en saurons pas plus sur ses origines, ses pouvoirs ni ses intentions. Symbolique, l’acte pourrait sembler osé mais ses conséquences s’avèrent beaucoup plus classiques : Kylo Ren devient le nouveau grand méchant. Mazette…

Sous le vernis d’une audace sans véritable chair, ni ambition, ni vision d’ensemble, Rian Johnson navigue à vue et semble dès-lors avoir oublié son sac à malices dans un placard de Disney.

 

“Jouer de la surprise comme d’un effet de manche…”

 

Malgré tout, ces défauts ne nuisent pas tant que cela au spectacle proposé. Impressionnant. Nous suivons d’un œil gourmand ces héros manichéens mais attachants dans une cavalcade attendue, feuilletonesque, qui en met plein les mirettes et les oreilles. Malheureusement, Rian Johnson, décidément bien en peine pour nous raconter une trame pourtant échappée d’un western de série B, s’est cru obligé de jouer au narrateur apprenti sorcier. Sans regarder dans son rétroviseur, il affuble les Jedi de nouveaux pouvoirs tout droit sortis de Harry Potter. Capable de Skype spectraux et intersidéraux (avec option manipulation physique des choses), les voici transformés en magiciens un peu attardés puisque incapables jusque là d’utiliser ces pouvoirs à bon escient et notamment au cœur de la guerre contre l’Empereur Palpatine. A moins que l’ordre Jedi n’ait bénéficié d’une récente mise à jour, d’un upgrade bienvenu pour ceux qui veulent du nouveau à tout prix, déconcertant pour ceux qui voudraient penser la saga comme un tout (à peu près) cohérent. Il faut bien avouer que Rian Johnson y est allé avec ses grosses pattes et on peut imaginer qu’il aurait très bien pu donner aux Jedi le pouvoir de voler, de se rendre invisible ou de se démultiplier si cela avait pu l’aider à mieux construire son film. En choisissant la voie de la facilité, Les Derniers Jedi s’évite nombre de problèmes (Leia survit grâce à la Force qu’elle ne maîtrise pourtant pas) mais aussi referme les portes de nombreuses thématiques potentiellement passionnantes dans une forme de marvelisation carabinée.

A vouloir jouer de la surprise comme d’un effet de manche, sans présenter la moindre vision à long terme (bon courage à J.J. Abrams pour recoller les morceaux dans l’épisode IX), Rian Johnson s’amuse de ces personnages et de leurs pouvoirs comme autant d’archétypes rabâchés qu’il manipule sans logique interne. L’illusion de mouvement est réel mais fallacieux. Il ne faut pas s’y tromper, Les Dernier Jedi n’avance aucun pion et s’évertue, au mieux, à les faire reculer dès que la profondeur approche, au pire, à les éliminer sans vergogne. Aussi, la remise en question de l’ordre Jedi par son représentant le plus iconique (laconique dorénavant), Luke, est finalement déplacé vers une déglingue masochiste et misanthrope qui ne colle pas avec le personnage original. Pire, à trop vouloir appuyer sur son « trauma », le film enfonce une chronologie des événements bancale (aspect physique, flash-back avec Kylo Ren adolescent).

Cerise, l’histoire tournant essentiellement autour d’une course poursuite au ralenti (les chasseurs ne servent désormais plus à rien), il fallait également tenter un semblant d’émotion avec l’action kamikaze de la vice amirale Holdo et son hyper-jump dans le croiseur de l’Empire. Une scène graphiquement superbe avec une absence de son impressionnante mais qui pose un problème majeur en terme de stratégie militaire puisque cette action désespérée (outre qu’elle soit menée par un humain plutôt qu’un robot) détruit à elle seule le croiseur et toute sa flotte. Que n’y avaient-ils pas pensé avant ? Et pour la suite ? Vont-t-il bourrer un destroyer de bombes et balancer le tout, un cailloux sur la pédale d’accélérateur, vers l’ennemi ? A voir.

 

“A l’ouest, rien de nouveau”

 

Si le film se suit sans déplaisir pourvu que l’on ne soit pas à cheval sur nombre de codes et principes basiques de storytelling ainsi que une temporalité à géométrie variable, ce Derniers Jedi souffle le chaud et le froid avec une persévérance qui force le respect. Rian Johnson ne donne pas de visibilité sur l’intrigue principale, laissant le soin à son successeur de reprendre les rennes. Sous couvert de “nouveautés“, le film finit par devenir un épisode révisionniste qui ne renouvelle rien mais démystifie tout. Si la prélogie parvenait, non sans quelques soucis, à retisser les liens avec la trilogie fondatrice, et si Rogue One traitait le sujet Star Wars sans verser dans les habitudes avec une habileté certaine, Star Wars VIII ne voit pas plus loin que le bout de son rajeunissement programmatique. Jamais on aura vu transmission de flambeau aussi terne, avec si peu d’émotion (les retrouvailles entre Luke et Leïa), de profondeur (Chewbacca sous employé) ou de respect (l’amiral Ackbar sacrifié en une phrase).

Tout n’est pas perdu. Rian Johnson offre deux morceaux de bravoure avec la séquence de l’évacuation qui introduit le film dans un souffle épique indéniable et le final au montage alterné plutôt bien balancé dans sa dernière demi-heure. Avec quelques belles idées de pure mise en scène (le kamikaze, la grotte) et dans ce va et vient incessant de frustrations et d’éblouissement visuel, les acteurs font le boulot avec ce qu’ils ont mais c’est bien Mark Hamill qui tire son épingle du jeu. Parfaitement à l’aise dans le j’en foutisme hirsute, il livre ici une très belle prestation bien qu’il n’ait visiblement pas apprécié l’évolution de son personnage… son duel final avec Kylo Ren résume l’affaire à trop hésiter entre beauté visuelle (le désert de sel blanc et rouge), la gravité du moment, l’humour déplacé et un clin d’œil à Matrix… comme une ultime offense.

 

“Pour solde de tout compte.”

 

En attendant le départ de la princesse Leia planifié avant même le décès de Carrie Fisher (une cérémonie introductive ou une simple mention lors de l’incontournable préambule du prochain épisode nous en informera), la fin des haricots de l’ancienne équipe se poursuit tranquillement. Paradoxe taquin, la scène la plus chargée en émotion demeure la visite de Luke dans le Faucon Millenium et son dialogue avec D2R2. Passé, présent, futur. Fatalement, ce qui devait être l’épisode phare et annoncé comme le sommet inévitable de la nouvelle trilogie se retrouve tiraillé par ses propres ambitions, ses démons mégalo et ne parvient qu’à de trop rares occasions à s’élever pour solde de tout compte.

En toute logique, le film accouche alors d’une souris comme nouveau boss. Et il s’appelle Mickey.

STAR WARS VIII : LES DERNIERS JEDI de RIAN JOHNSON

Star Wars VIII - Les Derniers Jedi (2017)

Titre : Star Wars VIII : Les Derniers Jedi
Titre original : Star Wars VIII: The Last Jedi

Réalisé par : Rian Johnson
Avec : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Kelly Marie Tran, Mark Hamill, Carrie Fisher…

Année de sortie : 2017
Durée : 152 minutes

Scénario : Rian Johnson
Montage : Bob Ducsay
Image : Steve Yedlin
Musique : John Williams
Décors : Rick Heinrichs

Nationalité : États-Unis
Genre : Science-Fiction
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1 – son Dolby Digital / Dolby Atmos

Synopsis : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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