Sons of Apollo - MMXX
3.0Note Finale

Le second album est très souvent un cap périlleux pour un groupe. Le challenge était d’autant plus de taille pour Sons of Apollo, réunissant Mike Portnoy, Derek Sherinian, Jeff Scott Soto, Ron Thal (alias Bumblefoot) et Billy Sheehan (tous des musiciens au CV impressionnant) que leur premier essai, Psychotic Symphony, l’une des surprises de 2017, avait unanimement soulevé l’enthousiasme grâce à une proposition musicale à la fois bien ancrée dans un prog-metal technique et puissant, et mise en relief par des mélodies et des refrains inspirés. Bref un prog-métal au service de véritables chansons plutôt que complaisamment démonstratif. Et à cela s’ajoutait le sentiment que le groupe était loin de pleinement réaliser son réel potentiel, laissant entrevoir notamment au travers de certaines compositions plus ambitieuses (« Gods of the Sun », « Labyrinth ») de belles perspectives pour la suite.

Alors qu’en est-il de ce second essai ? Disons-le immédiatement, ce nouvel album MMXX relève d’un vrai paradoxe. On sent que les mois passés ensemble sur la route et les 80 concerts donnés à travers le monde ont permis au quintet de « super ego » de gagner en cohésion comme en maturité.  Le  « super groupe » s’est ainsi transformé en groupe à part entière et ce, pour le meilleur. Cela se ressent notamment au travers d’une unité musicale plus prononcée et d’un meilleur équilibre entre les différents membres du groupe (qui possèdent tous leur signature sonore propre sur leur instrument) même si la rythmique basse-batterie de Portnoy/Sheehan reste propulsée aux premières loges, ce qui ne surprendra personne. Ce guitariste OVNI qu’est Ron Thal laisse sa créativité exploser sur l’album armé de sa fameuse DoubleBfoot de VigierJeff Scott Sotto chante mieux que jamais. Seul regret, le claviériste Derek Sherinian, certes très présent et ne déméritant pas, ne nous offre pas la palette de sonorités musicales dont il dispose (et révélées par son extraordinaire projet Planet X).

Pour autant, ce second album de Sons of Apollo ne nous convie pas à un saut quantique musicalement parlant. MMXX parait un ton en dessous de Psychotic Symphony et donc en deçà des attentes créées. La première écoute déçoit, indépendamment de la virtuosité indéniable des musiciens. Les titres s’enchaînent sans que l’on ne retienne grand-chose. La musique, plus heavy rock que prog-metal, respire moins. Le format des morceaux, à quelques exceptions près, apparaît très convenu. Même les paroles (composées à 100% par Soto cette fois-ci) sont bien moins travaillées et accumulent les clichés (à l’exception de « Desolate July » dédié au musicien David Z, décédé tragiquement en 2017). On se surprend à attendre le point de rupture, ce moment ou tout bascule et où l’on devine que l’on tient entre les mains un album incroyable. En vain. A l’opposé, le feu roulant constant et l’absence de refrains immédiatement mémorisables rend cette première écoute quelque peu épuisante sur la durée.

Alors, bien entendu, cet album comporte quelques grands moments, comme le flamboyant morceau d’ouverture « Goodbye Divinity » (et son intro majestueuse), le très rock « Wither » avec son parfum très 70’s, l’entraînant « Fall to Ascend » et bien sûr la pièce maîtresse de 15 minutes « New World today ». Cette composition à tiroirs rehausse le niveau, nous offrant entre autres un magnifique thème qui démarre au bout de 2 min (puis repris à 13 min) que l’on pourrait qualifier de magistral … si Tarkus (ELP) n’avait jamais été enregistré.

Il faut sans doute plusieurs écoutes successives pour mieux apprécier ce MMXX qui n’est pas un mauvais album et se situe très certainement largement au-dessus de la plupart des productions du même univers musical. Mais contrairement à ces albums qui se dévoilent au fil des écoutes pour in fine devenir des classiques, la lumière ne se fait pas avec le temps sur MMXX, qui laisse le sentiment amer d’un disque enregistré (trop) rapidement et d’un rendez-vous que certains pourraient considérer comme raté. Mike Portnoy indiquait d’ailleurs fièrement dans une interview récente que le process d’écriture « n’avait pris que trois semaines ». Dont acte ?

Photo by Hristo Shindov

SONS OF APOLLO – MMXX

Sons of Apollo - MMXX (2020)

Titre : MMXX
Artiste : Sons of Apollo

Date de sortie : 2019
Pays : Etats-Unis
Durée : 59’49
Label : InsideOut

Setlist

1. Goodbye Divinity (7:16)
2. Wither to Black (4:48)
3. Asphyxiation (5:09)
4. Desolate July (6:11)
5. King of Delusion (8:49)
6. Fall to Ascend (5:07)
7. Resurrection Day (5:51)
8. New World Today (16:38)

Bonus CD from 2020 SE:
1. Goodbye Divinity (instrumental mix) (7:17)
2. Wither To Black (instrumental mix) (4:46)
3. Asphyxiation (instrumental mix) (5:06)
4. Desolate July (instrumental mix) (6:09)
5. King Of Delusion (instrumental mix) (8:47)
6. Fall To Ascend (instrumental mix) (5:06)
7. Resurrection Day (instrumental mix) (5:49)
8. New World Today (instrumental mix) (12:56)
9. Goodbye Divinity (A Cappella excerpts) (2:40)
10. Wither To Black (A Cappella excerpts) (2:55)
11. Asphyxiation (A Cappella excerpts) (2:26)
12. Desolate July (A Cappella excerpts) (2:53)
13. King Of Delusion (A Cappella excerpts) (3:29)
14. Fall To Ascend (A Cappella excerpts) (2:02)
15. Resurrection Day (A Cappella excerpts) (2:08)
16. New World Today (A Cappella excerpts) (4:14)

Line-up

– Jeff Scott Soto / vocals
– Ronald Jay Blumenthal / guitar, vocals
– Derek Sherinian / keyboards, producer
– Billy Sheehan / bass
– Mike Portnoy / drums, percussion, vocals, producer

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A propos de l'auteur

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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