Riverside - Eye of the Soundscape
4.5TOP 2016

Les larmes coulent dans l’œuvre de Riverside. Une musique où la brisure frôle parfois l’explosion, où la folie touche à l’implosion. L’histoire du groupe depuis 2003 aura produit six albums fuselés avec cette étonnante capacité à ne faire qu’accroître une position d’étendard dans un style qui ne confine jamais à l’équation simpliste. Attifé du talent tout azimut du bassiste/chanteur Mariusz Duda, nos amis se sont emparés de la formule magique pour les mélodies taille patron, les envolées magnifiques et quelques accès de rage loin de l’atavisme guerrier de leurs congénères. Après le puissant Love, Fear and the Time Machine (2015), Riverside promettait des lendemains qui chantent. Mais le décès du guitariste Piotr Grudziński, fin février, allait tout remettre en question tant le musicien était essentiel dans l’ADN du groupe. La scène musicale perdait un de ses plus talentueux représentants, capable à fois de jouer du planeur comme de tranformer le plomb en or avec sa technique impeccable et un feeling haut perché. Un veritable alchimiste. Et même si la question fût posée, Riverside n’allait pas s’arrêter pour autant. Que le spectacle continue ! Piotr rêvait d’un recueil de morceaux instrumentaux, atmosphériques, électro et pour tout dire, ambient… le groupe prendra donc la décision de lui rendre hommage en exhauçant son souhait. Poussé jusqu’au bout de l’horizon, le résultat se nomme Eye of the Soundscape.

« Au début de l’année, nous nous sommes enfermés en studio pour composer. Nous étions très excités par le travail en cours car nous savions que ce n’était pas des morceaux additionnels ou bonus cette fois, mais bien un disque indépendant plein d’espace, de trance, de mélodies et d’électro. » – Mariusz Duda

 

En plus d’une heure quarante de voyage réparti sur deux disques, Riverside réalise un grand album léger qui dépasse l’idée de mort pour s’écouter comme un exorcisme du destin. Des morceaux composés entre 2007 et 2016, pour certains déjà présents sur les disques bonus précédents (« Aether », « Promise ») quand d’autres se révèlent des versions retravaillées d’anciennes explorations. C’est le cas de la splendeur hypnotique « Where the River Flows » (« The Same River » tiré de Out of Myself) ou de « Rapid Eye Movement ». Les deux (nouveaux) titres « Night Session » jouent alors les savants jeux de mirroirs, comme des tunnels sensoriels à la façon d’une tripante bande originale.

Certains rapprocheront Eye of the Soundscape de The Endless River (2014) des Pink Floyd, autre album aux accents posthumes, mais c’est surtout l’accointance avec Lunatic Soul, le projet plus sombre et organique de Mariusz Duda, qui permet de cloturer la remarquable hexalogie de Riverside. Une jointure à la fois habile et inspirée entre deux univers si loins, si proches, en attendant le futur inconnu, incertain du désormais trio.

Si l’album pourra surprendre, et même décevoir les fans d’un Riverside tranchant, granuleux et fractal, il faut lui reconnaître une véritable poésie sonique, quelque chose d’organique parfois qui s’avérera hermétique autant que fascinant selon l’auditoire. Vous l’aurez compris, en ce qui concerne votre hôte, la chimie proposée tient dans un écrin fragile et touche en plein cœur.

Photo : Mariusz “Kobaru” Kowal

RIVERSIDE – EYE OF THE SOUNDSCAPE

Riverside - Eye of the Soundscape (2016)

Titre : Eye of the Soundscape
Artiste : Riverside

Date de sortie : 2016
Pays : Pologne
Durée : 102’14
Label : InsideOut

Setlist

CD 1: (49:57)
1. Where The River Flows (10:53)
2. Shine (4:09)
3. Rapid Eye Movement (2016 mix) (12:40)
4. Night Session – Part One (10:40)
5. Night Session – Part Two (11:35)

CD 2: (52:17)
1. Sleepwalkers (7:19)
2. Rainbow Trip (2016 mix) (6:19)
3. Heavenland (4:59)
4. Return (6:50)
5. Aether (8:43)
6. Machines (3:53)
7. Promise (2:44)
8. Eye Of The Soundscape (11:30)

Line-up

– Mariusz Duda / vocals, bass, acoustic guitar
– Piotr Grudzinski / guitars
– Michal Lapaj / keyboards
– Piotr Kozieradzki / drums

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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