Réalité
4.0Note Finale

Découvrir Quentin Dupieux avec son 6è et à l’heure actuelle, dernier film, Réalité, n’est peut-être pas un handicap, puisqu’il semble arrivé là à un heureux aboutissement de son style très particulier. Pour ma part, il s’agit d’une fort sympathique découverte !

Pour être tout à fait franche cependant, je dois dire que cet univers absurde et grinçant ne m’est pas complètement inconnu. De fortes bouffées de souvenirs me sont revenues du cinéma de Luis Bunuel,  en particulier de ses derniers films  Le charme discret de la bourgeoisie, ou encore Cet obscur objet du désir : on retrouve dans Réalité un semblable dérèglement des conventions, de la bienséance, ainsi que des règles d’un cinéma mis en abîme avec lui-même et avec le rêve.   Quentin Dupieux s’amuse (et nous amuse) à rendre ténue la frontière qui sépare réalité, folie, rêve et cinéma, ce dernier étant renvoyé à sa nature d’artifice, et à sa fonction de jeu enfantin.

Quatre anecdotes vont s’entrecroiser au fil d’une narration de plus en plus déjantée : celle de cette petite fille tout droit sortie de l’Exorciste de William Friedkin (référence cinématographie appuyée par une petit musique obsédante qui évoque le célèbre Tubular Bells de Mike Oldfield), obnubilée par une VHS bleue qu’elle a vue sortir des entrailles d’un sanglier… ;  les mésaventures d’un présentateur d’émission télé culinaire souffrant d’un eczéma imaginaire ; celles d’un directeur d’école travesti ; et je garde le meilleur pour la fin : les embarras de Jason, cadreur de plateau télé, qui rêve de faire un film de SF dont le sujet est incontestablement irrationnel : une histoire de télés possédant le pouvoir maléfique de vider le cerveau des téléspectateurs … Ouarf !

Alors Jason, c’est Alain Chabat, cet acteur porteur d’une aura lunaire, d’un air ahuri, candide, enfantin, aussi profondément attendrissant qu’impayable.  Un producteur hollywoodien (tout ceci se passe en effet à Los Angeles, la Mecque du cinéma cérébral et le moins mercantile qui soit)  promet à Jason de financer totalement son projet, à condition qu’il transforme son sujet en le poussant plus loin dans le gore (les télés seront de sanglantes meurtrières), et surtout qu’il trouve le gémissement parfait, le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma.  J’veux un oscar pour ce gémissement, tu comprends!… Jason a 48 heures pour ce faire.

Facile ! pense tout d’abord Jason, qui n’en croit pas ses oreilles… Imaginez  alors un Alain Chabat passant ces 2 jours et ces 2 nuits à enregistrer ses propres gémissements sur tous les octaves imaginables. C’est à mourir de rire. Je ne résiste pas à l’envie de citer une réplique mémorable. Le soir, dans le lit conjugal, madame Jason (Elodie Bouchez), agacée d’entendre son mari geindre, brailler, s’égosiller dans son dictaphone, lance, un tantinet sarcastique : Tu crois que Kubrick s’enregistrait comme ça pendant des heures comme un con ? Hè ! Kubrick mes couilles ! lui répond Jason. Réplique complètement idiote, mais si efficace que je la gage en passe de devenir culte.

Film dans le film, rêve, cauchemar ou délire ? Ces 4 histoires, une fois posées, semblent prendre leur liberté,  pour suivre sans entrave aucune, des chemins qui se croisent, se superposent, s’entrechoquent hors de toute logique. Le spectateur finit par s’y perdre. Le but est atteint. Une seconde vision du film y trouverait-elle une cohérence ou pas ? Aucune idée.

Avec ce doute, se pose une question: cette mécanique jubilatoire qui multiplie les emboitements scénaristiques, les gags franchement drôles, et vraiment bien servie par la présence d’Alain Chabat, n’est-elle qu’une bonne blague à grosses ficelles amenée à s’épuiser et nous lasser, si elle se répète ? Les couleurs chatoyantes et séduisantes de ce film résisteront-elles à des visionnages  successifs, même si j’utilise Mir Couleurs ? A vrai dire, je n’ai guère envie de me poser de questions existentielles, tant le plaisir que j’ai pris à me laisser noyer dans cette histoire sans queue ni tête fut réjouissant !

Allez, pour la bonne bouche,  je vous confie encore un échantillon de drôlerie potache rencontrée dans Réalité : l’hypocondriaque atteint d’un prurit compulsif consulte un dermatologue dont le visage est recouvert de plaques répugnantes d’eczéma… ça donne envie ! Non ???

RÉALITÉ de QUENTIN DUPIEUX

Réalité - Quentin Dupieux (2015)

Titre : Réalité
Réalisé par : Quentin Dupieux
Avec : Alain Chabat, Elodie Bouchez, Jonathan Lambert, Kyla Kenedy, John Glover…

Année de sortie : 2015
Durée : 87 minutes

Scénario, Musique, Photographie, Montage : Quentin Dupieux
Nationalité : France, Belgique

Synopsis : Le réalisateur Jason Tantra (Alain Chabat) s’apprête à réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshall (Jonathan Lambert), un riche producteur, accepte de le financer à condition que Jason trouve le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma en 48 heures…

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A propos de l'auteur

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !

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