P'tit Quinquin
4.0Note Finale
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Freaks chez les Ch’tis

C’est par l’intermédiaire d’une série télé que Bruno Dumont aborde un style auquel il ne nous avait pas habitués, la comédie, ou, pour être plus juste, la tragicomédie policière.

Dire que la découverte de cette série en 4 épisodes d’une cinquantaine de minutes, est un choc est un doux euphémisme !

Une petite bourgade du Nord de la France (la Côte d’opale et ses impressionnants blockhaus superbement filmés), bourgade que l’on imagine tranquille jusque là, se voit brutalement précipitée dans l’horreur par une série de crimes abominables. Un commandant et un lieutenant de Gendarmerie tout à fait étonnants sont appelés à mener l’enquête… On se frotte les yeux, on les écarquille, on se demande dans quoi on est tombé, et puis on commence à se tordre de rire.

Personnellement, j’avais boycotté cette série, comme tout film de Bruno Dumont depuis L’humanité (1999) que j’avais trouvé indigeste de laideur. Et puis, je me suis laissée tenter. Voilà une série qui ne perd pas son temps dans le politiquement correct et qui bombarde les insupportables productions françaises polies et bien-pensantes avec irrévérence.

Le burlesque est porté par les personnages, et par des situations rocambolesques poussées aux limites du surréalisme. Avez-vous déjà entendu parler d’un corps découpé en morceaux et fourré à l’intérieur du ventre d’une vache… “folle”, évidemment ?! On est au cœur du mal, là, mon commandant ! lance le lieutenant Carpentier à son supérieur. Les yeux globuleux du fameux commandant ahuri, dépassé par les évènements, roulent alors dans tous les sens, et tant d’inadaptation à la situation est d’un comique irrésistible. On y va, Carpentier!

Autre ressort comique, une satire quasi systématique des institutions françaises, Eglise, Gendarmerie, élus locaux, qui nous donne l’occasion plaisante de nous rebiffer un instant. Un commandant à la Tati + un ton mordant à la Mocky dans une série télé française, alors oui, on rigole, on se fend la pipe, on s’éclate…

… on se gondole, et puis, tout à coup, on se sent gêné de rire de cette galerie de personnages-acteurs amateurs et handicapés ; car on peut se demander si l’empathie du regard que pose sur eux Bruno Dumont, n’est pas teintée parfois d’une légère condescendance de sa part, et de la nôtre. Toujours la même question : peut-on rire de tout ?

Et puis, il y a cette bande de gamins en vacances qui mettent leur nez partout, houspillés régulièrement par notre commandant, leurs amours, leur racisme  “ordinaire” … Nous sommes très loin de La guerre des boutons, nous vivons une autre époque, où l’ostracisme tue. Après les tragiques évènements du début de l’année, la fin du 3è épisode et le début du 4è intitulé  Allah Akbar résonnent très étrangement, comme un augure.
Alors, pour conclure, si le ton de cette œuvre tranche avec le coutumier de son auteur, et on y retrouve tout de même l’univers de Bruno Dumont, et l’on n’est pas si loin, avec ces personnages rustres du fin fond du Nord de la France au tronches de gueules cassées, aux comportements abscons et inquiétants de ce fameux film L’humanité. Bruno Dumont le dit d’ailleurs lui-même, le tragicomique ici tient au fait que ce qui est drôle n’est pas drôle, une forme de rire jaune à la manière des atrabilaires.

P’TIT QUINQUIN de BRUNO DUMONT

P’tit-Quinquin-Poster

Titre : P’tit Quinquin
Réalisé par : Bruno Dumont
Avec : Alane Delhaye, Lucy Caron, Bernard Pruvost, Philippe Jore…

Année de sortie : 2014
Durée : 4 X 50 minutes

Scénario : Bruno Dumont
Montage : Bruno Dumont, Basile Belkhiri

Nationalité : France
Synopsis :  P’tit Quinquin, adolescent vivant dans le Boulonnais, occupe ses vacances comme il peut, avec ses amis. Un jour, ils voient un hélicoptère de la gendarmerie survoler la plage puis sortir une vache d’un blockhaus. Le commandant Van der Weyden, accompagné de Rudy Carpentier , mène l’enquête sur cette découverte macabre : une femme démembrée est retrouvée dans le ventre de la vache…

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A propos de l'auteur

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !

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