Pendragon - Love over Fear
4.3Note Finale

Pendragon célèbre ses 40 ans de carrière et nous offre à ce titre deux cadeaux, tout d’abord un magnifique coffret commémoratif The First 40 Years mais aussi et surtout Love over Fear, leur nouvel et seul opus studio en six ans de temps.

Au terme d’incursions réussies dans un univers un peu plus musclé flirtant avec le prog-métal sur le diptyque « Pure » /« Passion » (et ce, notamment grâce à la frappe de Scott Higham) puis un « Men Who Climb Mountains » relativement en mi-teinte sans doute parce que assis entre deux chaises avec un Nick Barrett se cherchant tout en lorgnant vers une certaine modernité (on se souviendra d’un « Faces of Light » qui immédiatement et incontestablement fait penser à Anathema), voici sans conteste l’album à la fois le plus équilibré de Pendragon et sans doute l’un des plus authentiques, comme si Nick s’était enfin libéré de ses propres carcans et avait laissé courir son inspiration au gré de ses envies et pensées sans calculs ou volonté de plaire. Ou dit différemment, comme si Nick avait d’abord écrit pour lui-même. D’ailleurs, questionné sur l’écriture de ce nouvel opus (et le temps que cela semblait prendre) Nick avait déclaré « Je ne compose pas pour faire plaisir aux gens. J’écris de la musique pour qu’elle me plaise et partant de là, j’espère bien entendu qu’elle plaira aux autres ».

Ce n’est pas la première fois que Nick nous offre un album miroir. On se souviendra du cathartique et sombre Not of this World. Mais à contrario ici, une indicible sérénité enveloppe Love over Fear ce disque bercé par l’océan, baigné de lumière et résolument tourné vers la vie. Le son, les mélodies comme les textes ; tout en atteste dans une fusion parfaite. Et ce n’est pas pour autant que tout y est léger (ex : « Whirlwind » dédié à son père disparu en 2016). Mais à chaque fois, Nick prend le parti de l’espoir (« Starfish and the Moon »), du moment présent (« Eternal Light ») et d’un retour vers les éléments (« Water »).

Musicalement, se dessine un élan comparable à « The World » qui était également un disque résolument positif. Définitivement débarrassé des oripeaux du néo-prog, sans claviers datés (Clive Nolan y est discret même si moins en retrait que sur « Men Who Climb Mountains »), cet album aux sonorités très organiques et accordant une plus large part qu’à l’accoutumée à des morceaux très épurés et intimistes, au piano ou à la guitare acoustique, (« Starfish and the Moon », « Whirlwind », l’intro de « Water ») risque de décontenancer certains fans. Surprenantes sont également les premières minutes de l’ouverture de l’album (« Everything ») au point que l’on se demande s’il s’agit bien du bon CD. Encore plus surprenantes les fortes consonances folk du pourtant très réussi « 360 degrees » très inspiré par The Pogues comme le confesse Nick. Passé ce cap on retrouve plus que jamais la griffe de Pendragon notamment le temps de 2 magnifiques morceaux de plus de 8 minutes (« Truth and Lies » et « Eternal Light » un des grands moments de cet album). Et également avec « Soul and the Sea » sur lequel Nick nous gratifie d’une de ses envolées de guitare dont il a le secret. Un bonheur enfin de confirmer au travers de sa prestation studio tout le bien que l’on pensait du nouveau batteur Jan Vincent Velazco découvert lors des dernières prestations scéniques du groupe et dont le jeu apparaît comme l’équilibre parfait entre ses trois prédécesseurs qui se sont succédés derrière les fûts.

Alors oui, certains se plairont à souligner que çà et là, on retrouve certaines facilités d’écritures avec ce sentiment de déjà-entendu qui culmine avec les deux premières minutes de « Who we really are » lequel sonne comme un réel copier-coller de « Indigo ». Ou que le talon d’Achille de Pendragon reste parfois le chant (fortement ressenti sur les morceaux les plus épurés). Mais voilà bien des points de détail largement contrebalancés par la prise de risque globale de cet album, un des meilleurs que nous a offert Pendragon à ce jour, celui d’un homme en paix avec lui-même dans cette magnifique Cornouailles d’adoption ou il a posé ses valises pour notre plus grand plaisir.

PENDRAGON – LOVE OVER FEAR

Pendragon - Love over Fear (2020)

Titre : Love Over Fear
Artiste : Pendragon

Date de sortie : 2020
Pays : Angleterre
Durée : 64′
Label : The Merch Desk

Setlist

CD 1
1. Everything
2. Starfish and the Moon
3. Truth and Lies
4. 360 Degrees
5. Soul and the Sea
6. Eternal Light
7. Water
8. Whirlwind
9. Who Really Are We?
10. Afraid of Everything
Bonus Tracks on Vinyl
11. Quae Tamen Omnia (Everything But Everything)
12. Who Really Are We? (Acoustic Version)

CD 2 (Acoustic)
1. Quae Tamen Omnia (Everything But Everything)
2. Truth and Lies
3. 360 Degrees
4. Starfish and the Moon
5. Soul and the Sea
6. Eternal Light
7. Water
8. Whirlwind
9. Who Really Are We?
10. Afraid of Everything

CD 3 (Instrumental)

Line-up

– Nick Barrett / lead vocals, guitar
– Clive Nolan / keyboards, backing vocals
– Peter Gee / bass, bass pedals, backing vocals, keyboards
– Jan-Vincent Velazco / drums, percussion

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A propos de l'auteur

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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