Mystic River
4.8Note Finale

SBrian Helgeland avait fait le minimum syndical avec l’adaptation de Créance de Sang, son regard sur le (formidable) roman Mystic River signé Dennis Lehane relève par contre du travail d’orfèvre. Avec un matériel aussi impeccable, Clint Eastwood se lançait dans son vingt-quatrième long métrage avec l’idée d’un casting faramineux pour tirer un peu plus encore le film vers le haut. Sean Penn (habité), Tim Robbins (impressionnant d’inquiétude fiévreuse) et Kevin Bacon (impeccable) se partagent le haut de l’affiche mais les seconds rôles ne sont pas abandonnés avec Lawrence FishburneMarcia Gay HardenLaura Linney et l’apparition non créditée de Eli Wallach son ancien acolyte du Bon, la Brute et le Truand (Sergio Leone).

De fait, cette tragédie située au cœur de Boston nous prend illico à la gorge. Elle ne nous lâchera plus. À travers l’itinéraire de trois amis d’enfance, Jimmie (Sean Penn), Sean (Kevin Bacon) et Dave (Tim Robbins), dont les chemins se sont séparés après que ce dernier fut enlevé par de faux flics dégénérés, Clint Eastwood nous parle de notre part d’ombre, de cette zone contaminée, gangrenée par l’horreur du passé. Du glauque. Du poisseux. Une tâche. Indélébile. Comme un flottement où tout bascule lorsque Katie, la fille de Jimmie, est assassinée. Sean mène l’enquête alors que les indices s’orientent sur un Dave de plus en plus perdu. Fin de la trêve. Le triangle n’a plus qu’à se resserrer et laisser opérer son fatum tragique.

Tourné à même les rives de la fameuse Mystic River, les itinéraires s’entremêlent, s’affrontent, se font, se défont, se brisent sur des faux-semblants et quelques gestes irréversibles. Le destin prend alors un malin plaisir à court-circuiter toute possibilité de rédemption, de pardon ou d’oubli. La scène finale, viscérale dans toute son horreur, déploie ses tonalités shakespeariennes (MacBeth n’est pas loin) et ce passé qui semble annihiler toute notion d’espoir. Le chemin narratif, inéluctable, nourri le drame au sang du polar et du suspense, une impression renforcée par la photographie de Tom Stern (Prix Vulcain de l’artiste technicien au Festival de Cannes qui oubliera le film au palmarès au profit d’une double récompense pour Elephant de Gus Van Sant), sans jamais oublier de replacer l’humain au centre. Personne n’en sortira indemne.

D’une précision chirurgicale, la caméra de Clint Eastwood observe, ne juge jamais, se fait ample et ambitieuse loin de toute complexité parasite. Portée par une partition signée du réalisateur et de son fiston Kyle, cette simplicité à savoir raconter une bonne histoire lui permet d’observer la frontière, ténue, entre le bien et le mal sans jamais s’éviter la douleur et les larmes. De cette tension permanente, gardée jusqu’à la dernière image, s’extrait un film puissant. Immense. Près de vingt ans plus tard et au-delà de la reconnaissance du public et de ses pairs (deux Oscars et deux Golden Globe pour le duo Sean Penn / Tim Robbins et le César du meilleur film étranger), Mystic River reste un diamant brut extrait du charbon le plus noir.

ENGLISH VERSION

MYSTIC RIVER

If Brian Helgeland had done a good but not tremendous job with the adaptation of Blood Work, his look at the novel Mystic River by Dennis Lehane, on the other hand, is a piece of art. With such impeccable material, Clint Eastwood was embarking on his twenty-fourth feature film with the idea of a huge cast to push the film even further up. Sean Penn, Tim Robbins and Kevin Bacon share the top of the bill, but the supporting cast includes Lawrence Fishburne, Marcia Gay Harden, Laura Linney and the uncredited appearance of Eli Wallach, his former sidekick from The Good, the Bad and the Ugly (Sergio Leone).

In fact, this tragedy in the heart of Boston immediately grabs us by the throat. It won’t let go. Through the itinerary of three childhood friends, Jimmie (Sean Penn), Sean (Kevin Bacon) and Dave (Tim Robbins), whose paths parted after he was kidnapped by degenerate fake cops, Clint Eastwood tells us about our dark side, this contaminated area, gangrenous with the horror of the past. Creepy. Sticky. A stain. Indelible. Like a flutter where everything falls apart when Jimmie‘s daughter Katie is murdered. Sean is leading the investigation as clues point to a Dave who is increasingly lost. End of the truce. The triangle only has to tighten up and let his tragic fatum operate.

Turned on the banks of the famous Mystic River, the routes intertwine, clash, are made, undone, broken on pretences and a few irreversible gestures. Fate then takes a malicious pleasure in short-circuiting any possibility of redemption, forgiveness or forgetting. The final scene, visceral in all its horror, unfolds its Shakespearean tones (MacBeth is not far away) and this past which seems to annihilate any notion of hope. The inevitable narrative path feeds the drama with the blood of thrillers and suspense, an impression reinforced by Tom Stern‘s photography (winner of the Vulcan Prize for Technical Artist at the Cannes Film Festival, who will forget the film in the charts in favour of a double award for Elephant by Gus Van Sant), without ever forgetting to put the human back at the centre. No one will come out unscathed.

Of a surgical precision, Clint Eastwood‘s camera observes, never judges, becomes ample and ambitious far from any parasitic complexity. Carried by a score signed by the director and his son Kyle, this simplicity in knowing how to tell a good story allows him to observe the fine line between good and evil without ever avoiding pain and tears. From this permanent tension, kept until the last image, a powerful film is extracted. Immense. Nearly twenty years later and beyond the recognition of the public and its peers (two Academy Awards and two Golden Globes for the duo Sean Penn / Tim Robbins and the César for best foreign film), Mystic River remains a rough diamond extracted from the blackest coal.

Mystic River - Clint Eastwood (2003)

Titre : Mystic River
Titre original : Mystic River

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon…

Année de sortie : 2003
Durée : 137 minutes

Scénario : Brian Helgeland, d’après le roman Mystic River de Dennis Lehane
Montage: Joel Cox
Image : Tom Stern
Musique : Clint Eastwood et Kyle Eastwood (chansons Cozmo et Black Emerald Blues)

Nationalité : États-Unis
Genre : Documentaire

Synopsis : Jimmy Markum, Dave Boyle et Sean Devine ont grandi ensemble dans les rues de Boston. Rien ne semblait devoir altérer le cours de leur amitié jusqu’au jour où Dave se fit enlever par un inconnu sous les yeux de ses amis. Leur complicité juvénile ne résista pas à un tel événement et leurs chemins se séparèrent inéluctablement. Jimmy sombra pendant quelque temps dans la délinquance, Sean s’engagea dans la police, Dave se replia sur lui-même, se contenta de petits boulots et vécut durant plusieurs années avec sa mère avant d’épouser Celeste. Une nouvelle tragédie rapproche soudain les trois hommes : Katie, la fille de Jimmy, est retrouvée morte au fond d’un fossé. Le père endeuillé ne rêve plus que d’une chose : se venger. Et Sean, affecté à l’enquête, croit connaître le coupable : Dave Boyle...

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