Muse - Drones
4.3TOP 2015

Retour aux sources ou “Back to basics” pour citer les propos en v.o. du batteur Dom Howard qui regardait visiblement dans le passé de Muse en allant bien au-delà des trois derniers opus mainstream (Black Holes & Revelations, The Resistance et The 2nd Law) pour viser rien de moins que le séminal Showbiz (1999). Avec Drones, leur septième album, Muse cultive certaines habitudes (bonnes ou mauvaises, choisis ton camp camarade) mais frappe fort. Matthew Bellamy aux commandes, ses obsessions pour le manichéisme des leaders, les humains-victimes expiatoires et les complots malins prennent (enfin) la forme d’un véritable album conceptuel. Là où le « Exogenesis » de The 2nd Law tentait la chose à grand renfort d’envolées lyriques (très critiquées), Drones s’autorise un véritable story-telling scénarisé. Une dramaturgie assumée.

L’action nous embarque donc dans un monde contrôlé par les drones et les robots, sur les traces d’un héros ayant perdu tout espoir en l’humanité, hapé par les forces du mal qui lui feront subir un lavage de cerveau pour le transformer en tueur d’élite avant qu’il ne tente un dernier soubresaut de révolte contre le système… Car Matthew Bellamy garde en tête que « la force d’un seul individu peut renverser tout un système ». Si.

L’ambition du projet se distingue ici des collègues de stades qui préfèrent habituellement l’intime évanescent  à l’anticipation schizophrène façon Philip K. Dick. Évidemment, Muse surfe toujours sur ses références (dans le désordre U2, Depeche Mode, Queen) auxquelles on rajoutera ici Ennio Morricone (si, si), Metallica et même Deep Purple et Rush (quoi ?) avec la cartouche « Reapers ». Le côté froid et martial tellement villipandé sur les productions précédentes revient en trombe, justifié par les thématiques évoquées. Et toc !

À ce petit jeu, le ton est donné dès « Dead Inside » qui braconne dans le binaire avant de lâcher les chiens mais pas les siens dans un final climatique. Évidemment, il y aura toujours des goguenards pour beugler contre ces égarements aux velléités pop. Pourtant, l’album, possède une vraie beauté formelle, condense des chansons incarnées qui jouent plutôt habilement à saute-mouton. Car Muse ne parvient pas toujours à éviter le too much. Quand ils laissent de côté leurs guitares sauvages, les anglais absorbent des tonnes de choses sucrées (« Mercy », « Aftermath ») sans complètement verser de le diabétique. La tension baisse d’un cran. L’attention également. Mais en explorant le côté glauque de sa trame, Drones reprend le manche (comme sur la pochette) et flirte dans un univers cousin de Archives, le mélange des voix en moins.

Et du chant, parlons-en. Si Matthew Bellamy n’élargit pas son univers personnel, il ne se prend plus pour une réincarnation de Freddie Mercury et regagne une identité, une énergie, une panoplie d’émotions brutes de décoffrage. Du riff dodu (« Psycho »), charnu (« The Handler »), presque sur-joué sur du rock grincheux à défaut de cérébral (on n’est plus très loin de « Stockholm Syndrome »), abrasif (« Defector ») et plutôt inspiré. N’hésitant pas à plaquer des voix-off et à tirer la pelote, Muse matérialise la chose sur les dix minutes de « The Globalist » confirmant une aisance mélodique qui parvient à compresser sa discographie avec ce disque imparfait dans ses zig-zag incessants mais bourré d’éclairs et d’étincelles.

MUSE – DRONES

Muse - Drones (2015)

Titre : Drones
Artiste : Muse

Date de sortie : 2015
Pays : Angleterre
Durée : 52’48
Label : Warner

Setlist

1. Dead Inside
2. [Drill Sergeant]
3. Psycho
4. Mercy
5. Reapers
6. The Handler
7. [JFK]
8. Defector
9. Revolt
10. Aftermath
11. The Globalist
12. Drones

Line-up

– Mattew Bellamy / guitars, vocals, keyboards, piano, synthesizer
– Christopher Wolstenholme / bass, backing vocals
– Dominic James Howard / drums

VOTRE AVIS :

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

Articles similaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.