Mommy
4.5TOP 2014

Il a 25 ans. Il a déjà fait 5 films. On le surnomme le jeune prodige du cinéma québécois. Vous savez forcément de qui je parle. Dès son premier film, j’ai senti que ce jeune réalisateur-acteur avait d’authentiques et profonds messages à nous communiquer, et toute la rage et le talent nécessaires pour le faire admirablement. Le coté esthète-mode-branché pouvait agacer, il a pourtant participé à ma séduction, parce que je ne le ressentais pas comme gratuit.

Nous voici en 2014, 5 ans après son premier film,  J’ai tué ma mère, devant un chef d’œuvre de virtuosité exubérante et de sensibilité à fleur de peau. Je crois impossible de rester étranger à ce que nous montre ce film, impossible d’échapper à l’empathie qui nous envahit très rapidement à l’égard du trio de personnages, ce bloc d’humanité absolue, de solidarité dans la souffrance que forment Diane, Steve, et Kyla.

Dès la scène d’ouverture du film, le ton est donné : Diane est en route pour le centre de rééducation d’où son fils, Steve, est expulsé. Soudain, sa voiture est violemment heurtée et projetée par un véhicule qui lui refuse la priorité (ou c’est elle qui grille la priorité, peu importe, ça se passe si vite et on est sous le choc). Voilà : nous sommes embarqués à l’instant dans la galère de Diane, et recevrons de plein fouet avec elle tous les coups qu’elle se prendra. Elle a la 40aine, déjà veuve, elle refuse manifestement de vieillir tant son accoutrement ressemble à celui des filles de 16 ans, et doit désormais s’occuper seule de son fils.

Steve est un jeune ado ingérable, atteint de Troubles De l’Attention avec Hyperactivité, explosif comme une grenade dégoupillée, dont la violence des sentiments fait peur, car toujours à la limite du passage à l’acte agressif et incestueux. Ils s’aiment si fort, tous les 2, que les moindres rapprochements et expressions d’amour les terrifient et déclenchent immanquablement des déferlements de violence ; le père-époux leur fait énormément défaut. Et puis il y a Kyla, la touchante, douce, et effacée Kyla, la voisine d’en face, enseignante enfermée dans une sorte de mutisme depuis une tragédie familiale dont seule une photo nous suggèrera la teneur. Celle-ci va se rapprocher de ce couple et reconstituer la triangulation nécessaire à une forme d’équilibre et d’espoir qu’elle ne trouve plus elle-même dans sa propre famille. L’idée de génie a été de faire de ce personnage a priori secondaire, un 3è personnage principal, aussi fort, beau, et attachant que les 2 autres.

Ensemble, tous les 3 baignent dans une lumière solaire, ils vont nous transporter un temps dans leur espérance de vivre et d’accéder au bonheur. Certaines séquences de bonheur sont tellement vraies qu’elles en deviennent contagieuses, même si Xavier Dolan a, par une annonce préalable, sapé pour nous spectateurs, tout espoir d’issue heureuse.

Il faut nécessairement parler du format inhabituel de l’image, carré, qui n’est pas une simple coquetterie esthétique de la part de Xavier Dolan, mais lui permet de dresser d’admirables portraits de ses personnages et de les regarder dans les yeux. Ce cadre s’élargit en panoramiques à 2 reprises, dans des instants où le sentiment de liberté envahit tout, et c’est réellement magique.

La spectatrice pas si facilement émotionnable que je suis est sortie de la salle, les yeux humides, les jambes tremblantes, comme la quasi-totalité des autres spectateurs, chancelants, se parlant pour échanger ce sentiment d’avoir vécu et partagé quelque chose d’intense, de beau, de désespérant, cette fatalité de destins perdus d’avance , ceux de ces 3 personnes, oui, je dis bien “personnes”, Diane, Steve et Kyla.

Ce film méritait la Palme d’Or, il ne l’a pas eue au motif que son auteur est jeune, désolant motif, il y a bien longtemps, pourtant, que l’on sait qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années…

DESRIPTION

Mommy - Xavier Dolan

Titre : Mommy

Réalisé par : Xavier Dolan
Avec : Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément…

Année de sortie : 2014
Durée : 2h14

Scénario : Xavier Dolan
Image : André Turpin
Musique : Noia
Montage : Xavier Dolan

Nationalité : Canada
Format : couleur, 35mm DCP

Synopsis : Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

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A propos de l'auteur

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !

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