Mike Oldfield - Voyager
4.0Note Finale

En décidant de s’attaquer au tsunami celtique qui déferlait sur les ondes des années 90, Mike Oldfield ne se contentait pas d’un virage à quatre-vingt dix degrés, quitte à tourner le dos au précédent new-age Songs Of Distant Earth (1994). En réalité, le guitariste essayait de soigner une inspiration en souffrance et la proposition de Warner d’attraper le pompon à la mode et retrouver ses racines maternelles ne pouvait qu’éveiller son mojo sous Tranxene. Il faut se souvenir que Mike Oldfield avait tâtonné du celtique sur Ommadawn (un peu), Hergest Ridge (un peu plus) et le dyptique QE2 / Five Mile Out. Mieux, il avait donné l’occasion à Loreena McKennitt de faire la première partie de la tournée organisée pour Tubular Bells II. Autant dire que l’idée de faire un album exclusivement dédié au genre n’avait finalement rien de particulièrement ubuesque. Voyager s’avèrera malgré tout un disque puzzle avec cinq adaptations de morceaux plus ou moins traditionnels (« Women of Ireland » mélangé à la Sarabande en Ré mineur de Haendel popularisé par le film Barry Lyndon de Stanley Kubrick… une nouvelle fois ombre tutélaire cinégénique du compositeur), une reprise du groupe galicien Luar na Lubre The Song Of The Sun ») et seulement quatre compositions originales…

On passera rapidement sur une cover gonflée au « jmeladonne » pour s’arrêter sur la brochette de musiciens aguerris qui peuple cette musique habitée et aérienne. Accroché d’entrée sur le mélodique « The Song Of The Sun », la guitare signature est toujours prégnante : classique, folk ou électrique, notre ami épate toujours par son économie de moyens, accroché au feeling pur, sans surenchère harmonique ou technique. À la poésie intemporelle de « She Moves Through the Fair » (avec un thème clin d’œil tiré de Amarok) s’ajoute quelques passages conquérants (« Hero ») où la nuit s’éclaire de tambours hypnotiques. La bataille fait rage mais ouvre le chemin pour « Flowers of the Forest » et ses chœurs lyriques, presque charnels. Mike Oldfield s’autorise du sentimentalisme sans dépareiller. Tonalités romantiques (« Celtic Rain », « The Voyager ») ou torturées (« Wild Goose Flaps Its Wings »), la ballade se termine du côté d’un « Mont St Michel » qui surplombe l’ensemble avec l’aide flamboyante du London Symphonic Orchestra.

Si le projet initial de n’être qu’acoustique, sans ajouts analogiques, fut malheureusement abandonné sous la pression des exécutifs de la Warner (la faute, selon la légende, à la fille de l’un d’eux), toujours prompts à connaître mieux que quiconque les affres de la création musicale, Voyager navigue bien entre deux eaux, entretenu à coup de couleurs étranges et d’injections troublantes de synthétiseurs. Enregistré en un mois et demi à peine, à la lueur du matin, ce seizième album se faisait surtout le nouvel écho de cloches éternelles sur son final palpitant et nous laissait imprégné, l’air de rien, d’un doux parfum arthurien.

MIKE OLDFIELD – VOYAGER

Mike Oldfield - Voyager (1996)

Titre : Voyager
Artiste : Mike Oldfield

Date de sortie : 1996
Pays : Angleterre
Durée : 58’13
Label : Warner

Setlist

1. The song of the sun (4:32)
2. Celtic rain (4:40)
3. The hero (5:01)
4. Women of Ireland (6:27)
5. The voyager (4:23)
6. She moves through the fair (4:05)
7. Dark island (5:43)
8. Wild goose flaps its wings (5:03)
9. Flowers of the forest (6:01)
10. Mont St. Michel (12:18)

Line-up

– Mike Oldfield / electric guitars (including guitar synthesiser), acoustic guitars, mandolin, keyboards
– Maire Breatnach / Fiddle
– London Voices / choir
– Noel Eccles / percussion
– Liam O’ Flynn / Uillean pipes
– Highland Pipers
– Sean Keane / Fiddle
– London Symphony Orchestra
– Matt Molloy / flutes, Tin whistles
– John Myers / Tin whistle / Fiddle
– Davy Spillane / Uillean Pipes / Low whistle
– Pat Walsh

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?