Mike Oldfield - Platinum
3.5Note Finale

Fin des seventies. Virgin étend son empire. Logique. Pour faire large, l’équation complète pose alors quelques archétypes économiques basiques : achats, ventes, rachats, reventes, consolidations, expansion. Le grand manitou mé(ga)lomane Richard Branson souhaite logiquement s’échapper de la mouvance progressive, jugée dorénavant trop peu rentable par ses comptables. Dans le même temps, le Disco explose, Pink Floyd implose, rapidement remplacé par une vague Punk qui lui crache à gueule et dont la presse, toujours à l’affût de ce qui fait vendre, se fait les gorges chaudes.

Tête de gondole historique mais sommé de garantir une certaine viabilité commerciale (l’amitié avant tout), Mike Oldfield accepte (sans trop avoir le choix) un nouveau compromis, le cul entre deux chaises. Platinum sera donc son premier album séparé entre une longue suite et une floppée de titres plus courts, plus ramassés et surtout plus diffusables sur les ondes ! Une formule qui se répètera par la suite et qui offre ici d’envoûtantes parties instrumentales (« Woodhenge »), parfois teintées d’allégresse (« Punkadiddle » ou comment se rire du Punk en toute impunité) et une reprise, discutable, du « I Got Rythm » de George Gershwin.

Le single devait quant à lui être assuré par la chanson « Sally » dédiée à Sally Cooper, son épouse de l’époque, et interprétée par Sally Oldfield, sa sœur dont la carrière tardait à décoller. Avec des paroles comme « Sally, I’m just a gorilla / I’ll say I’ll love you ever more / Even an ape from Manila couldn’t stop me knocking on your door », le résultat ne sera pas du goût de Branson et ce dernier imposera au dernier moment la bluette « Into Wonderland » avec Wendy Roberts au micro. De quoi faire les délices des collectionneurs puisque certaines copies de l’album original avaient déjà été pressées et vendues ! Plus lamentable encore, Virgin n’ayant pas pris soin de modifier la pochette, le titre « Sally » correspond, en bon ticcket schizophrène, à « Into Wonderland »… quel pataquesse !

Toujours est-il que c’est avec le gros morceau « Platinum » que Mike Oldfield commence gentiment son travail de saccage dans le giron du label. L’influence Disco est manifeste mais le découpage en quatre parties laisse le premier rôle à la guitare électrique et électrisante du jeune musicien (26 ans à peine). Brûlante malgré des séquences répétitives mais aérée par un « Charleston » frétillant et l’étonnante reprise du « North Star » de Philip Glass, il faut attendre un final qui, enfin, gagne en puissance, accompagné de chœurs dopés aux amphétamines pour toucher la cible.

Imparfait mais réjouissant, Platinum marque une cassure nette dans la trajectoire de Mike Oldfield. Après ses quatre premières œuvres incontournables (Tubular Bells, Hergest Ridge, Ommadawn, Incantations) et un cahier des charges cahotique, il reste difficile de lui reprocher son manque d’aisance pour les figures imposées. Engoncé dans le préformatage, il ne parvient qu’à de trop rares occasions à effleurer la profondeur de ses précédentes compositons. Il lui faudra encore un album pour se mettre au diapason.

MIKE OLDFIELD – PLATINUM

Mike Oldfield - Platinum (1979)

Titre : Platinum
Artiste : Mike Oldfield

Date de sortie : 1979
Pays : Angleterre
Durée : 37’48
Label : Virgin

Setlist

1. Platinum Part 1 – Airborne (5:05)
2. Platinum Part 2 – Platinum (6:06)
3. Platinum Part 3 – Charleston (3:17)
4. Platinum Part 4 – North Star / Platinum Finale (4:49)
5. Woodhenge (4:05)
6. Into Wonderland (3:46)
7. Punkadiddle (5:46)
8. I Got Rhythm (4:44)

Line-up

– Mike Oldfield / electric guitars, acoustic guitars, piano, synthesisers, vibraphone, marimba, vocals
– Pierre Moerlen / drums and vibraphone
– Morris Pert / drums
– Alan Schwartzberg / drums
– Neil Jason / bass
– Hansford Rowe / bass
– Francisco Centeno / bass
– Nico Ramsden / keyboards
– Peter Lemer / keyboards
– Sally Cooper / Tubular bells
– Demalza / congas
– Wendy Roberts / vocals

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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