Mike Oldfield - Music of the Spheres
4.0TOP 2008

Lorsqu’il débarqua en 1973 avec ses tifs en vrac et sa tête de gondole pour les dépressifs anonymes, Mike Oldfield flirtait avec ses 19 ans et un carnet d’adresses aussi épais qu’un sandwich SNCF. Tubular Bells était un OVNI instrumental, découpé en deux tranches de pain complet, réunissant un songwriting ultrasensible, des arrangements surprenants, une surdose de talent dans l’interprétation multi-instrumentiste et l’écho d’une solitude qui faisait front à toute attitude à la cool de rigueur. Curieusement, ce premier album hors format, au gimmick obsessionnel, se vendra comme des petits pains. Et alors que Mike Oldfield remontera (lentement) la pente de ses phobies, l’œuvre fondatrice restera la cathédrale en ruine qu’il s’efforcera de rebâtir tel un Sisyphe : Crises d’abords avec un thème balancé pour son dixième anniversaire, Tubular Bells II ensuite pour célébrer sans risque ses débuts chez Warner suivi par Tubular Bells III puis Millenium Bells condensé foutraque du bon, du brut et du truand en guise de célébration marketing de l’an 2000. Trois décennies après ses débuts, la chute de la maison Mike Oldfield avait ceci d’effrayante que l’inspiration semblait décliner à mesure que les instruments synthétiques prenaient le pas sur sa musique (merci Ibiza). Dernier vertige en date, un double Light + Shade déséquilibré comme l’Albatros de Baudelaire. Tout cela était bien loin des fascinants monologues passés.  Enterré.

La douloureuse sensation de « has-been » planait donc comme une ombre sur notre ami guitariste. L’annonce d’un album « classique » et symphonique dans la foulée d’une autobiographie peu complaisante (Changelling) sonna alors comme un vrai/faux défi ; déclarer se risquer dans une nouvelle aventure ambitieuse après avoir envisagé sa retraite anticipée (si, si), c’était faire peu de cas de quelques œuvres de jeunesses traitées comme des compositions orchestrales, parfois même arrangées comme tel : Tubular Bells Orchestral, Hergest Ridge Orchestral (toujours inédit), Incantations ou bien plus tard le titre « Mont StMichel » sur l’album Voyager.

La démarche n’était pas fortuite. Mike Oldfield suivait le chemin casse-gueule tracé avec plus ou moins de réussite par Rick Wakeman, Tony Banks, Paul McCartney, Steve Hackett et consorts, soit des icônes de la musique populaire à la recherche d’une vraie reconnaissance. Pourquoi pas ?  À l’écoute de Music of the Spheres on se croirait pourtant dans un nouvel épisode de nos sempiternelles cloches : de facto, « Harbinger » se laisse aller à des variations sur un thème répétitif consanguin, débarrassé de toute liqueur amère et flippante. Et puis… les arrangements à l’ancienne de Karl Jenkins (ex Soft Machine) croisent le terrien (« The Tempest », « Musica Universalis ») et l’onirique (« Aurora », « Shabda », « Silhouette », « On My Heart » magiques) quand les vocalises de la soprano Hayley Westenra ajoutent à la sérénité globale du projet.

Très bien. On entendait déjà les critiques qui accompagnèrent la sortie de ce 24ème album. Trop léger, trop bande originale de film… et alors ?  Toute ressemblance avec les travaux de Danny Elfman, John Barry ou John Williams n’est en rien fortuite, les sources d’inspiration étant communes avec, ici et là, des réminiscences de Ravel, Debussy, Sibelius et Holst (entre autres). Aussi retrouve-t-on ce délicat mélange entre romantisme échevelé et imagerie en cinémascope. On pourra objectivement considérer le résultat moins inspiré et torturé que les hauts faits d’armes cités plus haut mais lorsque les fameuses cloches s’éloignent pour nous laisser témoin de quelques notes de piano déchirantes, notamment dans sa version live, plus dense, plus émotionnelle, plus réussie, enregistrée au musée Guggenheim de Bilbao (avec le virtuose Lang Lang), il fallut se résigner à admettre que le calme après la tempête avait aussi ses bons côtés. Et retrouver Mike Oldfield aussi fringuant et radieux, s’il ne suffit pas à faire taire les plus grincheux, devait alimenter la flamme quelque temps encore.

MIKE OLDFIELD – MUSIC OF THE SPHERES

Mike Oldfield - Music of the Spheres (2008)

Titre : Music of the Spheres
Artiste : Mike Oldfield

Date de sortie : 2008
Pays : Angleterre
Durée : 44’46
Label : Universal

Setlist

Part One

1. Harbinger – 4:08
2. Animus – 3:09
3. Silhouette – 3:19
4. Shabda – 4:00
5. The Tempest – 5:48
6. Harbinger (reprise) – 1:30
7. On My Heart – 2:27

Part Two

1. Aurora – 3:42
2. Prophecy – 2:54
3. On My Heart (reprise) – 1:16
4. Harmonia Mundi – 3:46
5. The Other Side – 1:28
6. Empyrean – 1:37
7. Musica Universalis – 6:24

Line-up

– Mike Oldfield / classical guitars, Grand piano

Guest musicians:
– Karl Jenkins / collaboration
– Lang Lang / piano
– Hayley Westenra / vocals

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?