Michel Polnareff - Enfin !
3.0Note Finale

Après 34 ans d’attente pour son retour scénique en 2007, c’est donc 28 ans après Kama Sutra (1989) que l’iconique Michel Polnareff livre son dixième album studio subtilement intitulé Enfin!

Enfin! Car les fans eux-mêmes n’y croyaient plus, ou presque, comme face à une arlésienne quasiment fossilisée en légende urbaine… les autres avaient perdu patience depuis une traite. Près de trois decénies c’est à la fois un exploit et une date limite de consommation même exorcisée par les déclarations de notre ami sur le fait qu’il aurait tout ce temps écrit de quoi livrer une dizaine d’albums. Soit. Mais à force de trépigner, la curiosité aura pu céder à la fatigue et la sortie de cet album pourrait dès lors ressembler à une fête avortée, un feu d’artifice artificiel. Plus encore, en regardant de plus près ces onze titres, deux se révèlent des resucées paradoxales : « Ophélie flagrant des lits » (ersatz de Kama Sutra) et « l’Homme en Rouge » sortis respectivement en 2006 et 2015. Autour, le chanteur propose six nouvelles chansons et trois titres instrumentaux dont on pourra dire sans honte qu’ils sont ce qu’il y a de mieux dans ce maelström ultra-stylisé… à l’image de sa carrière (trop) souvent partagée entre l’excellence et l’anecdotique remarquable.

En perfectionniste obsessionnel (pour ne pas dire obsédé pour certains), Michel Polnareff ne s’empêche pas l’auto-citation un rien grivoise (« Position », « Sumi »), les jeux de mots discutables (« Terre Happy ») ni les excès de miel capable de trucider un diabétique à distance (« Grandis Pas ») ou les aveux coupables en forme de pirouette (« Longtime »). Les textes, justement, assurés par lui-même et Doriand, ne sont jamais à la hauteur de Pierre Delanoë, Jean-Loup Dabadie ou Jean-Paul Dréau. La voix, elle, reste intacte, impressionnante jusque dans les aigus. Tout juste un peu noyée dans une production rutilante, à l’américaine, qui met en avant une instrumentation luxuriante où sévissent quelques pointures (Tony McAlpine, Jimmy Johnson, Curt Bisquerra). La tisane verse dans les montagnes russes, tire dans toutes les directions (disco, symphonique, pinao-voix, rock…)… entre euphorie désarmante et naïveté assumée.

L’intention de Michel Polnareff était de foncer dans le sillage de l’album culte Polnareff’s (1971) qui enchaînait déjà chansons et instrumentales comme un tour d’horizon dans le cosmos du compositeur. Si la modernité et l’équilibre étaient là, ce n’est plus le cas sur Enfin! Évidemment, Polnareff fait ce qu’il sait faire, mais la volonté de se faire plaisir avant tout recouvre toute prise de risque, hormis les deux compositions instrumentales (« Phantom », « Agua Caliente ») qui ouvrent et referment ce nouveau chapitre en flirtant avec les 10 minutes en laissant l’impression qu’elles auraient été plus fortes en les taillant au pied. Pour qui aime les envolées lyriques, le flirt avec le grandiloquent, ces deux bornes solidifient un disque par ailleurs fragile, parfois traversé par des idées mélodiques clinquantes, et lui donne un cachet seventies pas déplaisant mais qui ne renversera ni la table, ni les œuvres cultes du bonhomme et notamment son chef d’oeuvre Bulles sorti en 1981. Qu’importe tout cela – les facilités, comme cette affreuse pochette ! Le temps, encore lui, livrera tôt ou tard son verdict. D’ici là, le train aura passé, le monde aura changé, transformé, une nouvelle fois. Et en attendant, les fans seront aux anges, récompensés de leur patience. Enfin !

MICHEL POLNAREFF – ENFIN !

Mihcel Polnareff - Enfin (2018)

Titre : Enfin !
Artiste : Michel Polnareff

Date de sortie : 2018
Pays : France
Durée : 67′
Label : Universal

Setlist

1. Phantom (Instrumental) 10’53
2. Sumi 4’51
3. Grandis pas 5’09
4. Louka’s song (Instrumental) 5’21
5. Ophélie flagrant des lits 4’46
6. Longtime 3’51
7. Positions 7’01
8. Terre Happy 4’26
9. L’Homme en rouge 5’12
10. Dans ta playlist (c’est ta chanson) 5’22
11. Agua caliente (Instrumental) 9’19

Line-up

– Michel Polnareff / piano, vocals

With:
– Tony McAlpine, Jimmy Johnson, Curt Bisquerra…

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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