Le cas Michael Mann est passionnant. Avec au final assez peu de film sortis en salle mais une carrière riche à la télévision, son parcours est émaillé d’archétypes qu’il aura su réinventer à travers des obsession de lumières, de couleurs et de décors principalement citadins faisant de son cinéma la quintessence même d’un Los Angeles cinématographique et fantasmagorique.

 

Si Michael Mann n’a jamais reçu d’Oscar ce n’est pas une raison pour ne pas lui reconnaître les contours fondamentaux d’un cinéma viscéral et magnétique. Son absence des grands écrans depuis maintenant cinq années et le terrible échec de Hacker (Blackhat) est une occasion de revisiter sereinement une filmographie riche de onze films cohérents, jusqu’au-boutiste parfois, guidé par un sens visuel et narratif hors pair. Réalisateur, scénariste, producteur, la carrière de Michael Mann est un véritable puzzle. Ce classement parfaitement subjectif remonte le fil du temps jusqu’en 1981 et fait l’impasse sur les réalisations télévisuelles qui auront régulièrement émaillées sa carrière. D’ailleurs, ne travaille-t-il pas actuellement au projet de série Tokyo Vice, prévu pour HBO Max fin décembre, et dont il devrait signer le pilote ? En attendant un retour dans les grande salle avec le biopic de Enzo Ferrari porté par Hugh Jackman. Alors quels sont les meilleurs films de Michael ? Verdict, du plus bancal au chef-d’œuvre absolu.

If Michael Mann has never received an Oscar, this is no reason not to recognize the fundamental contours of a visceral and magnetic cinema. His absence from the big screens for five years now and the terrible failure of Blackhat is an opportunity to serenely revisit a rich filmography of eleven coherent films, sometimes to the point, guided by an unparalleled visual and narrative sense. Director, screenwriter, producer, Michael Mann’s career is a real puzzle. This perfectly subjective ranking goes back to 1981 and ignores the television productions that have regularly marked his career. Moreover, isn’t he currently working on the Tokyo Vice series project, planned for HBO Max at the end of December, and whose pilot he should sign? While waiting for a return to the big room with the Enzo Ferrari biopic worn by Hugh Jackman. In the meantime, what are Michael’s best films ? Verdict, from the most wobbly to the absolute masterpiece.

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LA FORTERESSE NOIRE (1983)

The Keep

Une filmographie digne de ce nom possède toujours son mouton à cinq pattes, son œuvre maudite, la face cachée de la lune. Pour Michael Mann la chose se situe dès le second essai et cumule à peu près toutes les emmerdes possibles et imaginables. Un script foutraque tiré d’un roman ésotérique de Francis Paul Wilson, l’ambition démesurée d’en faire une allégorie stylisée sur le mal absolu, un déplacement des décors de la Roumanie au Pays de Galles jusqu’au décès pendant le tournage de Wally Veevers chargé des effets spéciaux. Ces derniers s’en ressentiront avec un aspect baltringue particulièrement kitsch… sans oublier le côté obsessionnel de Mann qui prolonge le tournage sur plusieurs mois interminables. Tout ça pour un premier montage de plus de trois heures finalement coupé de moitié. Une boucherie aux ciseaux qui n’évitera pas un échec cuisant au box office malgré un casting intrigant (Scott Glenn, Ian McKellen, Gabriel Byrne, Jürgen Prochnow) et une bande originale des allemands de Tangerine Dream. Le film est aujourd’hui un objet totalement culte, étonnant, détonnant, sur lequel le cinéaste ne souhaite plus se pencher contrairement au reste de sa filmographie. La Forteresse Noire zone ainsi dans les limbes, difficile d’accès, méritoire. Une sorte de fantasme incarné, drapé dans l’échec.

A filmography worthy of the name always has its five-legged sheep, its cursed work, the dark side of the moon. For Michael Mann the thing is situated from the second try and accumulates almost all the possible and imaginable troubles. A crazy script taken from an esoteric novel by Francis Paul Wilson, the overweening ambition to turn it into a stylized allegory of absolute evil, a move of the sets from Romania to Wales until the death during the shooting of Wally Veevers in charge of special effects. The latter will feel it with a particularly kitschy aspect… without forgetting Mann’s obsessive side which prolongs the shooting over several interminable months. All this for a first editing of more than three hours finally cut in half. A scissors butchery that won’t avoid a bitter failure at the box office despite an intriguing cast (Scott Glenn, Ian McKellen, Gabriel Byrne, Jürgen Prochnow) and a soundtrack by the Germans of Tangerine Dream. Today, the film is a totally cult object, surprising and explosive, which the director no longer wishes to focus on, contrary to the rest of his filmography. The Keep is thus in limbo, difficult to access, meritorious. A sort of fantasy incarnated, draped in failure.

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PUBLIC ENNEMIES (2009)

Public Ennemies

C’est Robert de Niro qui met le grappin sur les droits du livre « Public Enemies: America’s Greatest Crime Wave and the Birth of the FBI » signé Bryan Burrough et publié en 2004. Prévu pour devenir une série classe chez HBO, le projet glisse lentement dans les mains de Michael Mann avec Leonardo diCaprio pressenti pour interpréter le malfrat médiatique Dillinger avant qu’il n’abandonne, retenu sur le tournage de Shutter Island de Martin Scorsese. C’est finalement Johnny Depp qui reprendra le rôle aux côtés Christian Bale et d’une Marion Cotillard tout juste oscarisée. Un casting trois étoiles pour un film d’époque de près de 100 million de dollars, entièrement en haute définition, ce qui lui donnera un aspect étrange, un peu trop lisse et décalé vis-à-vis de son sujet, loin en tout cas de la version signée John Milius (Dillinger) une trentaine d’années auparavant. Public Ennemies tourne ainsi le dos aux attentes. Film nerveux, mélange détonnant entre polar et chronique, il donne l’occasion à un cinéaste souvent mal à l’aise avec ses personnages féminins de ne pas accessoiriser l’aspect romantique de l’intrigue en transformant la séquence finale en un beau moment d’émotion suspendue.

Robert de Niro grabbed the rights to the book “Public Enemies: America’s Greatest Crime Wave and the Birth of the FBI” by Bryan Burrough, published in 2004. Planned to become a classy series for HBO, the project slowly slipped into the hands of Michael Mann with Leonardo diCaprio, who was approached to play Dillinger before he gave up, held up on the filming of Martin Scorsese’s Shutter Island. It is finally Johnny Depp who will take over the role alongside Christian Bale and a newly Oscar-winning french actress Marion Cotillard. A three-star casting for a period film of nearly 100 million dollars, entirely in high definition, which will give it a strange appearance, a little too smooth and offbeat with respect to its subject, far from the version signed John Milius (Dillinger) some thirty years earlier. Public Ennemies thus turns its back on expectations. A nervous film, an explosive mix between thriller and chronicle, it gives an opportunity to a filmmaker who is often uncomfortable with his female characters to not accessorize the romantic aspect of the plot by transforming the final sequence into a beautiful moment of suspended emotion.

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LE SOLITAIRE (1981)

The Thief

Premier film, premier polar. Au début des années 80, Michael Mann a déjà 37 ans et une belle carrière à la télévision dont on retrouvera ici les codes visuels. De Starsky et Hutch à Vegas en passant par le téléfilm Comme un Homme Libre, le cinéaste sait tenir une intrigue et ménager des espaces contemplatifs que certains jugeront inutiles et pourtant indispensables à un édifice narratif qui évite l’esbroufe à tout crin. Sur fond de Tangerine Dream, l’écriture sèche associe déjà l’archétype du héros face à lui-même et fait du Solitaire une première œuvre maîtrisée. Non exempte de facilités, le film pose les bases d’un auteur qui porte son empreinte et son goût pour les ambiances nocturnes. Professionnel, obsessionnel, solitaire. Comme une marque de fabrique. Interprété et produit par James Caan, le film ne cartonnera pas au box-office mais sera sélectionné au festival de Cannes 1981 avec un joli succès critique à la clé.

First movie, first thriller. At the beginning of the 80s, Michael Mann is already 37 years old and had a great career in television, whose visual codes can be found here. From Starsky and Hutch to Vegas, via the TV film The Jericho Mile, the filmmaker knows how to keep a plot and create contemplative spaces that some will judge useless and yet essential to a narrative edifice that avoids bluster. Against the backdrop of Tangerine Dream, the dry writing already associates the archetype of the hero facing himself and makes Thief a first mastered work. Not without its facilities, the film lays the foundations of an author who bears his imprint and his taste for nocturnal atmospheres. Professional, obsessive, solitary. Like a trademark. Interpreted and produced by James Caan, the film will not be a box-office hit but will be selected at the 1981 Cannes Film Festival with a nice critical success.

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HACKER (2015)

Blackhat

Il est facile de comprendre ce qui a pu attirer Michael Mann dans cette histoire de cybercriminalité, que ce soit dans les recoins obsessionnels des pirates informatiques, comme cette vision d’un banditisme moderne. Mais avec Chris Hemsworth au casting, le film tourne autour d’un axiome trop classique, trop lisse, sans aspérité. L’acteur ne démérite pas mais il manque de relief et de ce passé cicatrices indispensable pour peser sur ses épaules. Bref, le tournage déboule à Los Angeles, Hong Kong, Jalarta, Kuala Lumpur avec un budget de 70 millions de dollars mais l’échec critique et public est sans appel. Logiquement, Michael Mann touche ici aux limites de son propre style. Malgré quelques fulgurances, des fusillades, des poursuites toujours impressionnantes et une scène finale d’une grande audace de traitement, Hacker (comme Miami Vice et Public Ennemies auparavant) s’enlise parfois dans sa volonté de déconstruire le genre et les attendus jusque l’abstraction d’un sujet déjà abstrait. Il faut reconnaître que dans cette perspective de briser son jouet, Michael Mann fait montre d’une abnégation qui force le respect.

It is easy to understand what could have attracted Michael Mann to this story of cybercrime, whether it was the obsessive nooks and crannies of hackers, such as this vision of modern banditry. But with Chris Hemsworth in the cast, the film revolves around an axiom that is too classic, too smooth, without asperity. The actor doesn’t demerit but he lacks relief and the scars of his past that are essential to weigh on his shoulders. In short, the film was shot in Los Angeles, Hong Kong, Jalarta, Kuala Lumpur with a budget of 70 million dollars but the critical and public failure is irrevocable. Logically, Michael Mann has reached the limits of his own style. In spite of some dazzling shootings, shootings, always impressive lawsuits and a final scene with a great audacity of treatment, Blackhat (like Miami Vice and Public Enemies before) sometimes gets bogged down in his will to deconstruct the genre and the expected until the abstraction of an already abstract subject. It must be acknowledged that in this perspective of breaking his toy, Michael Mann shows a self-sacrifice that commands respect.

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ALI (2001)

Ali

À l’aune des années 2000 et dans une montée d’adrénaline budgétaire incontrôlée, Michael Mann évitait la facilité polar-castagne-fusillade-poursuite en se lançant dans un biopic sur l’icône Mohammed Ali avec dans la besace un budget mirobolant de près de 120 millions de dollars. Le projet traînait alors depuis plusieurs années dans les tiroirs d’Hollywood. Will Smith, déjà attaché au projet, envisage Ron Howard derrière la caméra avant de proposer le film à Barry Sonnefeld avec qui il tourne Wild Wild West. Son crash monumental au box office éjectera derechef le réalisateur au profit de Mann qui est au sommet de toutes les listes après les sept nominations aux oscars de Révélations. Le réalisateur abandonne alors le projet de The Aviator (histoire trop évidente d’un obsessionnelle reprise de volée par Martin Scorsese) et réécrit le script original avec Eric Roth. Premier choix important, le film se focalisera sur la période 1964 – 1974, entre son combat contre Sonny Liston et celui, mythique, contre George Foreman. Tourné entre l’Afrique du Sud, les États-unis, le Ghana et le Mozambique, le film bénéficie de la photographie soyeuse de Emmanuel Lubezki avec qui Mann souhaitait collaborer de longue date. Pour autant, tout ne fonctionne pas et la dramaturgie patine parfois. Surtout, le film souffre de la comparaison avec l’engagement des documentaires « a.k.a. Cassius Clay » et  l’oscarisé « When We Were Kings ». Sans être raté, le film décevra et malgré la performances des acteurs, s’avérera un nouvel échec auprès du public.

In the light of the 2000s and in an uncontrolled budgetary adrenaline rush, Michael Mann avoided the polar-cast-mountain-shoot-chase facility by launching into a biopic on the Mohammed Ali icon with a staggering budget of nearly $120 million. The project had been sitting in Hollywood’s drawers for several years. Will Smith, already attached to the project, considers Ron Howard behind the camera before proposing the film to Barry Sonnefeld with whom he shoots Wild Wild Wild West. His monumental crash at the box office will eject the director once again in favour of Mann who is at the top of all the lists after the seven Academy Awards nominations for The Insider. The director then abandons the project of The Aviator (the all too obvious story of an obsessive volleying cover by Martin Scorsese) and rewrites the original script with Eric Roth. First important choice, the film will focus on the period 1964 – 1974, between his fight against Sonny Liston and the mythical one against George Foreman. Shot between South Africa, the United States, Ghana and Mozambique, the film benefits from the silky photography of Emmanuel Lubezki with whom Mann wanted to collaborate for a long time. However, not everything works and the dramaturgy sometimes slips away. Above all, the film suffers from the comparison with the commitment of the documentaries “a.k.a. Cassius Clay” and the Oscar-winning “When We Were Kings”. Without being missed, the film will disappoint and despite the performance of the actors, will turn out to be another failure with the audience.

6

MIAMI VICE (2006)

Miami Vice

Logique. Le succès, culte, de la série Deux Flics à Miami et ce qu’elle avait pu drainer comme iconographie estampillée eighties, ne pouvait laisser Michael Mann sans goût de revenez-y. La série  était même devenu un sorte de manifeste esthétique de la décennie et s’il avait réédité la chose avec Heat pour les années 90, il lui fallait un véhicule solide afin de marquer les années 2000 de son empreinte. Jamie Foxx, qui avait joué dans Ali, lui apportera l’idée sur un plateau. Pour l’occasion, il sera accompagné de Colin Farell (Sonny Crockett), non sans quelques incidents lors du tournage et notamment un malaise cardiaque “officiellement” dû au surmenage. Mais les éléments naturels ne furent pas en reste, avec les ouragans Katrina, Rita et Wilma qui provoquèrent des dégâts considérables sur le plateau et firent grimper le budget à plus de 150 millions de dollars. Un chiffre insensé concernant un film d’action, un polar burné mais somme toute classique. Pour le studio, le pire était pourtant à venir puisque Michael Mann n’avait tout simplement pas envie de régurgiter la série telle quelle. Il entreprit de casser son jouet rutilant pour en faire une version freak déglinguée et passablement dépressive. Sur sa B.O. étincelante (Goldfrapp, Moby, Mogwai, Klaus Badelt…), foin du divertissement prévu sur le papier glacé. Miami Vice titille le métaphysique et sors des sentiers battus avec une prise de risque maximum comme en témoigne le casting de Gong Li, à l’opposé de l’image qu’elle avait jusque là offerte au cinéma. En braquant le système, Michael Mann impose un brio, une virtuosité, qui frôle sa propre caricature. C’est aussi sa limite.

Makes sense. The cult success of the series Two Cops in Miami and what it had drained as iconography stamped eighties, could not leave Michael Mann with no taste to come back. The series had even become a kind of aesthetic manifesto of the decade and if he had reissued the thing with Heat for the 90s, he needed a solid vehicle to mark the 2000s with his imprint. Jamie Foxx, who had played in Ali, would bring the idea to him on a set. For the occasion, he will be accompanied by Colin Farell (Sonny Crockett), not without a few incidents during the shooting and notably a heart attack “officially” due to overwork. But the natural elements were not forgotten, with hurricanes Katrina, Rita and Wilma causing considerable damage on the set and pushing the budget to over 150 million dollars. An insane figure for an action film, an insane but classic thriller. For the studio, the worst was yet to come since Michael Mann simply didn’t want to regurgitate the series as is. He started to break his shiny toy to make a ramshackle and depressive freak version. On his sparkling soundtrack (Goldfrapp, Moby, Mogwai, Klaus Badelt…), the hay of the entertainment planned on glossy paper. Miami Vice titillates metaphysics and goes off the beaten track with a maximum of risk taking as shown by the casting of Gong Li, the opposite of the image she had hitherto offered to the cinema. By pointing the system in the right direction, Michael Mann imposes a brio, a virtuosity that borders on his own caricature. This is also his limit.

5

LE DERNIER DES MOHICANS (1992)

Last of the Mohicans

Avec sa forme western, mais pas trop, cette neuvième adaptation du roman de James Fenimore Cooper surfe sur la vague Danse avec les Loups et convainc pour la première fois Daniel Day Lewis de participer à une grosse production. Ce dernier est un obsessionnel comme les aime Michael Mann et il s’éclipsera plusieurs semaines dans la forêt afin de se mettre en condition. Pour le reste, le scénario se concentre sur les aspects les plus romantiques du récit au milieu de scènes habitées par des éclats de violence qui éloigne le film du roman d’aventure pour jeune public. Sans complètement échapper à quelques facilités, il parvient à traiter de la dualité des humains avec un romanesque assumé. Cela n’empêchera pas le studio de réclamer des coupes importantes sur un premier montage de plus de trois plombes. Trois versions en sortiront allant de 112 à 117 minutes pour les versions cinéma et DVD avant une Director’s Definitive Cut de 114 minutes sortie en 2010. Paradoxalement et malgré son succès populaire, le film reste aujourd’hui et avant tout dans les mémoires pour le thème musical composé par Trevor Jones. Une bande originale partagée avec Randy Edelman et que Michael Mann souhaitait dans un premier temps électronique (une habitude) avant de se résoudre à une orientation plus orchestrale. L’idée de déconstruire les choses planait déjà sur la signature du cinéaste. À la finale, nous sommes un peu loin de Sur la Piste des Mohawks de John Ford mais le film reste un très beau spectacle.

With its western form, but not too much, this ninth adaptation of James Fenimore Cooper’s novel rides the Dance with Wolves wave and convinces Daniel Day Lewis for the first time to participate in a big production. The latter is an obsessive like Michael Mann loves them and he will slip away for several weeks in the forest to get into shape. For the rest, the screenplay focuses on the most romantic aspects of the story amidst scenes inhabited by bursts of violence that take the film away from the adventure novel for young audiences. Without completely escaping from some facilities, it manages to deal with the duality of humans with an assumed romanticism. This will not prevent the studio from asking for major cuts on a first cut of more than three reels. Three versions will be released ranging from 112 to 117 minutes for the cinema and DVD versions before a 114-minute Director’s Definitive Cut released in 2010. Paradoxically and despite its popular success, the film remains today and above all in the memories for the musical theme composed by Trevor Jones. An original soundtrack shared with Randy Edelman and that Michael Mann initially wanted electronic (a habit) before resolving to a more orchestral orientation. The idea of deconstructing things was already hovering over the filmmaker’s signature. In the finale, we’re a little far from John Ford’s Drums Along the Mohawk but the film remains a very nice show.

4

COLLATERAL (2004)

Collateral

Une fois encore Michael Mann aura fait jouer la valse des acteurs sur un projet qui tenait plutôt lieu de commande – il remplace Mimi Leder et Janusz Kaminski derrière la caméra et réécrit le script initial de Stuart Beattie (Pirates des Caraïbes) – qu’il acceptera pour redorer son blason au box office après les semi-échecs de Révélations et Ali. Mais rien n’est simple avec le cinéaste. Exit le duo Russell CroweAdam Sandler, c’est finalement Tom Cruise (Vincent le tueur) et Jamie Foxx (Max le chauffeur de taxi) qui tiendront les têtes d’affiche dans ce nouveau face à face de personnages obsessionnels et méticuleux. Duel au sommet. Mais la véritable star du film reste Los Angeles, que Michael Mann filme de nuit avec l’aide d’une toute nouvelle technologie numérique. Le mélange 35mm et HD donne au film son aspect visuel novateur. Saisissant. Il peut alors déployer sa mise en scène chevillée aux corps, malaxer ses thématiques, jouer avec son passé, son passif également. Le costard de Vincent, sorti du dressing de Neil McCauley (Heat), les passages méditatifs, le gunfight en boîte de nuit sont autant de signatures d’un réalisateur qui joue ici en terrain connu et dont il maîtrise chaque aspect. Trop convenu sur son dernier acte balancé nonchalamment, Collateral n’en reste pas moins un grand exercice de polar classieux, nocturne et tendu.

Once again, Michael Mann will have once again played the waltz of the actors on a project that was more like a commission – he replaces Mimi Leder and Janusz Kaminski behind the camera and rewrites the initial script of Stuart Beattie (Pirates of the Caribbean) – which he will accept to restore his reputation at the box office after the semi-failures of The Insider and Ali. But nothing is simple with the filmmaker. Exit the duo Russell Crowe – Adam Sandler, it is finally Tom Cruise (Vincent the killer) and Jamie Foxx (Max the taxi driver) who will be the headliners in this new face-to-face of obsessive and meticulous characters. Duel at the top. But the real star of the film remains Los Angeles, which Michael Mann films at night with the help of a brand new digital technology. The mix of 35mm and HD gives the film its innovative visual aspect. Striking. He can then deploy his staging pegged to the bodies, knead his themes, play with his past, his passive as well. Vincent’s tuxedo, taken from Neil McCauley’s dressing room (Heat), the meditative passages, the gunfight in a nightclub are all signatures of a director who plays here on familiar ground and of which he masters every aspect. Too conventional on his last act, nonchalantly swung, Collateral is nevertheless a great exercise in classy, nocturnal and tense thrillers.

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RÉVÉLATIONS (1999)

The Insider

Après le succès de Heat, Michael Mann obtient le budget très confortable de 68 millions de dollars pour ce grand déballage sur l’industrie du tabac. Scandale. Choc. Un sujet en or massif. Ecrit avec Eric Roth (oscarisé pour Forrest Gump), Révélations met en scène le personnage renfermé et peu amène de Jeffrey Wigand et du journaliste un poil mégalo Lowell Bergman, le tout sur fond de médias peu scrupuleux, prêts à sacrifier un quidam pour l’audience. Si Val Kilmer est pressenti pour jouer Wigand, c’est finalement Russell Crowe qui emportera le morceau et une nomination aux oscars au passage. En face, le cinéaste retrouve Al Pacino dans un rôle inhabituel mais finalement assez évident. Le reste du casting est au niveau (Christopher Plummer, Diane Venora, Philip Baker Hall), la photo, funèbre une nouvelle fois signée Dante Spinotti et la musique composée par Lisa Gerrard (Dead Can Dance) et Pieter Bourke. Du lourd. Filmé comme un véritable thriller, Michael Mann déploie une mise en scène millimétrée où chaque centimètre cube de tension est exploité avec une science de l’efficacité épatante. Mais il ne fait rien pour rendre son film sympathique : incertitude, doutes, angoisses, trahisons jalonnent le récit sans jamais brosser dans le sens du poil. Le résultat étonne, détonne, surtout pour une production Disney mais ne cartonne pas. Pire, c’est un véritable échec au box office. Conséquence directe et malgré un accueil critique très favorable, Révélations échouera aux Golden Globes comme aux Oscars. Il reste pourtant l’acmé du style Michael Mann. Son film somme, étonnamment oublié aujourd’hui.

After the success of Heat, Michael Mann gets the very comfortable budget of $68 million for this big exposé on the tobacco industry. Scandal. Shocker. Solid gold subject. Written with Eric Roth (Oscar winner for Forrest Gump), The Insider features the withdrawn and unsympathetic character of Jeffrey Wigand and the slightly megalomaniac journalist Lowell Bergman, against a backdrop of unscrupulous media ready to sacrifice a fellow man for the audience. If Val Kilmer is approached to play Wigand, it’s finally Russell Crowe who will win the song and an Oscar nomination in the process. Opposite, the filmmaker finds Al Pacino in an unusual but ultimately quite obvious role. The rest of the cast is level (Christopher Plummer, Diane Venora, Philip Baker Hall), the photo, once again by Dante Spinotti and the music composed by Lisa Gerrard (Dead Can Dance) and Pieter Bourke. Heavy stuff. Filmed like a real thriller, Michael Mann deploys a millimetre-long staging where every cubic centimetre of tension is exploited with astonishing efficiency. But he does nothing to make his film appealing: uncertainty, doubts, anguish and betrayal punctuate the story without ever brushing it off. The result is astonishing and disconcerting, especially for a Disney production, but it doesn’t make a hit. Worse, it is a real box office failure. As a direct consequence and despite a very favourable critical reception, Revelations failed at the Golden Globes and the Academy Awards. Yet it remains the pinnacle of the Michael Mann style. His film is surprisingly forgotten today.

2

LE SIXIÈME SENS (1986)

Manhunter

Dans les années 80, un producteur en goguette, Dino de Laurentis, s’entiche de quelques réalisateurs épatants : Milos Forman (Ragtime), David Cronnenberg (Dead Zone), Michael Cimino (L’année du Dragon) et David Lynch (Dune, Blue Velvet). En achetant les droits de Dragon Rouge, le premier roman de la « saga Lecter » signée Thomas Harris, il pense d’abord à Lynch et son univers glauque zarbi avant de se rabattre sur un Michael Mann ultra tendance depuis le carton télévisuel de la série Deux Flics à Miami. Rien à voir pourtant. Mais ce dernier voit dans cette traque obsessionnelle la possibilité de développer la thématique de la frontière ténue entre le bien et le mal, faisant du profiler et du psychopathe les deux faces d’une même pièce. Cette vision, que l’on retrouvera dans Heat, Collateral et Public Ennemis, est portée par la photographie stylisés de Dante Spinotti ainsi que des décors à l’architecture estampillée. Michael Mann veut transformer Le Sixième Sens en véritable témoignage esthétique des années 80, en concurrence directe avec Police Fédérale L.A. de William Friedkin à qui il ira jusqu’à proposer le rôle de Lektor après lui avoir repris son acteur principal William Petersen. Sur l’écran, tout est là. Maîtrisé. Maturé. Seul hic, le public ne suivra pas. La faute à une sortie estivalière dans le ventre mou du box office et un traitement des « serial killers » en avance de quelques années (Le Silence des Agneaux sortira triomphalement cinq ans plus tard). Cette incompréhension n’empêchera pas le film de gagner le Prix de la critique au festival de Cognac. Le remake sans âme proposé vingt ans plus tard témoignera un peu plus encore de cette réussite malheureusement oubliée au profit d’un film homonyme qui n’a absolument rien à voir. Qu’on se le dise une fois pour toutes, Le Sixième Sens de Michael Mann est un grand film.

In the 80s, a producer on the run, Dino de Laurentis, became infatuated with some amazing directors: Milos Forman (Ragtime), David Cronnenberg (Dead Zone), Michael Cimino (Year of the Dragon) and David Lynch (Dune, Blue Velvet). By buying the rights to Red Dragon, the first novel of the “Lecter saga” by Thomas Harris, he first thinks of Lynch and his creepy weird universe before falling back on a Michael Mann ultra trendy since the television hit of the series Miami Vice. Nothing to see yet. But the latter sees in this obsessive hunt the possibility of developing the theme of the fine line between good and evil, making the profiler and the psychopath the two sides of the same coin. This vision, found in Heat, Collateral and Public Enemies, is carried by Dante Spinotti’s stylized photography as well as the sets with stamped architecture. Michael Mann wants to transform The Sixth Sense into a true aesthetic testimony of the 80’s, in direct competition with William Friedkin’s To Live and Die in L.A., to whom he will go as far as offering the role of Lektor after taking over his main actor William Petersen. On the screen, everything is there. Under control. Mature. The only problem is, the audience won’t go along with it. The fault lies in a summer release in the soft belly of the box office and a treatment of the “serial killers” a few years ahead of schedule (The Silence of the Lambs was triumphantly released five years later). This misunderstanding will not prevent the film from winning the critics’ prize at the Cognac festival. The soulless remake proposed twenty years later will bear witness a little more to this unfortunately forgotten success. Let it be said once and for all, Michael Mann’s Manhunter is a great film.

1

HEAT (1995)

Heat

À l’image du parcours de ses personnages, Heat aura connu une histoire rocambolesque. Un premier scénario de 180 pages rédigé par Michael Mann dès la fin des années 70 et refusé par Walter Hill, avant une version expurgée et adaptée de la main gauche pour la télévision (L.A. Takedown) en 1989. L’histoire se focalise déjà sur le jeu de cache-cache entre le flic retord Vincent Hanna et le braqueur méticuleux Neil McCauley mais de nombreuses intrigues secondaires sont abandonnées au passage. En 1994, il est temps d’embarquer pour une version grand large, gros budget et grandes ambitions. En réunissant les deux monstres sacrés du cinéma américain des années 70, Robert de Niro et Al Pacino, le réalisateur dépasse la simple confrontation des deux personnages principaux pour la transformer en allégorie sur les deux acteurs. La scène, unique, de leur face à face sans jamais les réunir dans le cadre, est à ce titre mythique et symbolique où chaque mot peut être interprété comme une véritable profession de foi. Avec Heat, le cinéaste touche pendant trois heures à la quintessence même de son cinéma dans un Los Angeles en colonne vertébrale du récit. La photo bleutée étonne, subjugue, estampille. La capacité à faire exister le moindre personnage secondaire tient de l’équilibriste et les scènes d’action sont des moments de pure virtuosité tant sur le découpage que sur le mixage sonore tonitruant de réalisme brut. Avec le courage, sinon l’audace, d’oser un climax en plein milieu du film, Michael Mann épure son écriture et se débarrasse de dialogues inutiles. Une nouvelle fois le film joue sur la frontière, floue, entre le bien et le mal et s’amuse de la zone grise redouté des studios. Une marque de fabrique. Paradoxalement et malgré un joli succès public, Heat divisera la critique, parfois dubitative sur le tempo du film. Un regard dans le rétroviseur ne lassera pas d’étonner tant le film est dorénavant considéré comme un classique absolu, une référence incontournable, citée explicitement par Christopher Nolan (la scène d’introduction de Dark Night Returns) ou l’univers du jeu vidéo (GTA III et GTA V). Au sommet, Michael Mann marquait le polar moderne de son empreinte et signait ici son film le plus remarquable. Chef d’œuvre.

Like the journey of its characters, Heat will have known an amazing story. A first 180-page screenplay written by Michael Mann in the late 1970s and rejected by Walter Hill, before a redacted and adapted version for television (L.A. Takedown) in 1989. The story already focuses on the game of hide-and-seek between the twisted cop Vincent Hanna and the meticulous robber Neil McCauley, but many secondary plots are abandoned in the process. In 1994, it’s time to embark on a big version, big budget and big ambitions. By reuniting the two sacred monsters of American cinema in the 70s, Robert de Niro and Al Pacino, the director goes beyond the simple confrontation of the two main characters to transform it into an allegory about the two actors. The scene, unique, of their face to face without ever bringing them together in the frame, is as such mythical and symbolic where each word can be interpreted as a true profession of faith. With Heat, the filmmaker touches for three hours on the very quintessence of his cinema in a Los Angeles that is the backbone of the story. The bluish photo astonishes, subjugates, stamps. The ability to make the slightest secondary character exist is a balancing act and the action scenes are moments of pure virtuosity both in the cutting and in the thunderous sound mixing of raw realism. With the courage, if not the audacity, to dare a climax in the middle of the film, Michael Mann purifies his writing and gets rid of useless dialogues. Once again, the film plays on the blurred border between good and evil and plays with the dreaded grey zone of the studios. A trademark. Paradoxically and in spite of a nice public success, Heat will divide the critics, sometimes dubious about the tempo of the film. A glance in the rear-view mirror won’t tire of astonishing as the film is now considered as an absolute classic, an unavoidable reference, explicitly quoted by Christopher Nolan (the introduction of Dark Night Returns) or the video game universe (GTA III and GTA V). At the top, Michael Mann left his mark on the modern thriller and signed here his most remarkable film. A true masterpiece.

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