Les Frères Sisters
4.3TOP 2018

Lorsque John C. Reilly et Alison Dickey (l’épouse productrice du comédien) demandent à Jacques Audiard de se pencher sur le deuxième roman de Patrick deWitt, « Les Frères Sisters », le réalisateur travaille déjà sur sa future palme d’or cannoise « Dheepan ». Nous sommes en 2012. Et s’il confesse un intérêt mitigé pour le Western, voire son impéritie à le traiter, Audiard va pourtant fureter auprès de quelques classiques crépusculaires (« L’Homme qui Tua Libertry Valance » de John Ford, « Little Big Man » et « Missouri Breaks » de Arthur Penn) pour s’extirper d’une dramaturgie qu’il juge trop linéaire. Fardé d’une photo splendide, le film part illico sur des sentiers balisés avec une fraternité conflictuelle mais jamais remise en question. Charlie (Joaquin Phoenix), le cadet sociopathe et Eli (John C. Reilly) qui ne rêve que de raccrocher les flingues et s’offrir une vie paisible, vont alors traverser l’Oregon et la Californie à la recherche d’un autre duo (Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed) en quête de fortune.

Alors que Les Frères Sisters aurait pu n’être que le énième piège tendu par la gloriole hollywoodienne, Jacques Audiard transforme ce road movie dévié en quête hallucinée. Il revisite le genre dans la crasse, la saleté, le suintant et le dérisoire avec un lyrisme narratif apaisé qui n’oublie pas la brutalité de son époque. Conte moderne aux références bibliques assumées, le film tient plus de la recherche d’un paradis illusoire et sur ce mal qui s’insinue, se répand et contamine tout autour. Lointain cousin de John McCabe (Robert Altman) et d’Impitoyable (Clint Eastwood), le film avance sur le fil, cruel, de la rédemption et du sacrifice. En se focalisant sur l’humain, plutôt que sur la grandeur mythologique d’un Ouest phagocyté, Les Frères Sisters défie les attentes et surprend. Son échec public en sera d’autant plus cruel malgré un Lion d’argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise, trois Lumières (film, réalisateur, photo) et quatre César (son, photo, décors, réalisation).

ENGLISH VERSION

When John C. Reilly and Alison Dickey (the actor’s producer wife) asked Jacques Audiard to read Patrick deWitt’s second novel The Sisters Brothers, the director was already working on Dheepan, the future Cannes Golden Palm winner. This was in 2012. Although he expressed a half-hearted interest in the Western – as well as his inability to accept the project – Audiard nonetheless riffled through a few twilight classics such as The Man Who Shot Liberty Valence by John Ford, and Little Big Man and Missouri Breaks by Arthur Penn, to extricate himself from a screenplay that he considered to be overly linear in nature. The Western road movie boasts stunning photography and starts with a tale of sibling conflict between two brothers who are nonetheless very close. Charlie (Joaquin Phoenix), the sociopathic younger brother and Eli (John C. Reilly), whose only wish is to hang up his guns and live the quiet life, ride across Oregon and California on the trail of another pair played by Jake Gyllenhaal and Riz Ahmed, who are in search of their fortune.

The Sisters Brothers manages to avoid the trap of being just another vainglorious Hollywood adventure. Instead, Jacques Audiard transforms this road-movie-with-a-twist into a baroque quest. In turning his hand to the Western genre, Audiard takes the filth, the dirt, perspiration-soaked grunge and derision and doses it with a narrative lyricism that lets all the brutality of those times shine through. Audiard makes unapologetic use of biblical references in this modern tale, which is more about the search for an illusory paradise and the evil that worms its way in, spreads and contaminates everything it touches. With shades of McCabe & Mrs. Miller (Robert Altman) and Unforgiven (Clint Eastwood), the film is a harsh tale of redemption and sacrifice. Audiard concentrates on mankind and gives his own version of a mythological West in The Sisters Brothers and in so doing, defies expectations and surprises his audience.  The letdown at the box-office is all the more cruel despite the Silver Lion prize for best director at the Venice Film Festival, three Lumières awards for best film, best director and best photography, and four César trophies for best sound effects, best photography, best set designs and best director.

LES FRÈRES SISTERS de JACQUES AUDIARD

Les Frères Sisters (2018)

Titre : Les Frères Sisters
Titre original : The Sisters Brothers

Réalisé par : Jacques Audiard
Avec : John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal…

Année de sortie : 2018
Durée : 121 minutes

Scénario : Jacques Audiard et Thomas Bidegain, d’après le roman de Patrick deWitt
Montage : Juliette Welfling
Musique : Alexandre Desplat

Nationalité : États-Unis / France
Genre : Western
Format : couleur – 2,35:1

Synopsis : Charlie et Eli Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Eli, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?…

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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