La prière
3.8Note Finale

Faire ressentir l’invisible. L’indicible. Film sur la fraternité, la croyance en soi et en l’humain plus qu’une thèse religieuse turlupinée, La Prière permet à Cédric Kahn de revenir à une certaine forme de simplicité, de rigueur, telle qu’il avait pu l’explorer dans ses premiers longs métrages. Ici, la force d’un tel dépouillement permet de replacer les personnages au cœur d’une narration tangentielle. En ne choisissant pas de têtes « connues » si l’on excepte Hanna Schygulla, véritable mythe cinématographique forgée avec Rainer Werner Fassbinder, le réalisateur peut se focaliser sur la détresse puis les aspirations de Thomas, toxicomane en cure de désintoxication dans une communauté plantée au cœur des Alpes. Dès lors, le film aborde l’amour, l’amitié et la foi sur un même front. Il questionne et bouleverse, sans réponse. Même égaré dans les montagnes, enveloppé dans une résolution presque miraculeuse mais préservée de certitudes prosélytes, le héros admirablement campé par le jeune Anthony Bajon (prix d’interprétation au Festival de Berlin) se reconstruit lentement. Le cinéaste filme ce visage à peine sorti de l’enfance, magnétique, et captive dans un décor de montagnes dont il fait un personnage à part entière. Thomas cherche son chemin, se perd, retrouve l’équilibre sous l’œil d’une caméra qui ne prend jamais parti, ne fait jamais d’amalgame au risque de se laver de toute ambiguïté. Pourtant, sans galimatias et en gardant la bonne distance, Cédric Kahn se défend de juger. Il observe cette part de mystère avec une douceur féconde.

ENGLISH VERSION

THE PRAYER

Make the audience feel the invisible and the indescribable. The Prayer is more a film about brotherhood, self-belief and belief in mankind than a troubling religious story. In the film, Cédric Kahn is able to touch base again with a certain kind of simplicity and discipline that he captured in his initial feature films. Here, his bare-bones approach makes the characters the focus of a non-linear narrative. By opting not to use top-billing actors (except for Hanna Schygulla, an undisputed cinematographic myth created by Rainer Werner Fassbinder), the director concentrates on the distress and the aspirations of Thomas, a junkie seeking to cure himself of his drug addiction in a community nestled in the heart of the French Alps. The film places love, friendship and faith on the same footing. It questions and rattles the viewer, without giving any answers. Even lost up in the mountains and enveloped in an almost miraculous resolution – but without the proselytizing religious certitudes – the hero, impressively portrayed by the young Anthony Bajon and winner of the Silver Bear for Best Actor at the Berlin Film Festival, slowly gets his life back on track. The director films the magnetic face of the protagonist, barely out of his teens, who is captive in a mountainscape that the director transforms into a character in its own right. Thomas seeks to make his own way, stumbles before righting himself, all under the watchful eye of a camera that never takes sides and never treats the subjects as one and the same thing for fear of removing the mystery. And yet, in a clear-cut way and by keeping a healthy distance, Cédric Kahn refuses to judge. He observes this mystery with a creative benevolence.

LA PRIÈRE  de CÉDRIC KAHN

La Prière

Titre : La Prière
Titre anglais : The Prayer

Réalisé par : Cédric Kahn
Avec : Anthony Bajon, Damien Chapelle, Àlex Brendemühl…

Année de sortie : 2018
Durée : 107 minutes

Scénario : Fanny Burdino, Samuel Doux, Cédric Kahn
Montage : Laure Gardette
Photographie : Yves Cape

Nationalité : France
Genre : Drame
Format : couleur

Synopsis : Thomas a 22 ans. Pour sortir de la dépendance, il rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il va y découvrir l’amitié, la règle, le travail, l’amour et la foi…

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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