King Crimson - Red
4.5TOP 1974

Red aura traversé l’histoire du rock progressif (et du rock tout court) sans s’arrêter, tête baissée, explosant le concept d’une formation source d’un genre alors à son apogée. Un titre court. Sec. Coloré. Trois lettres qui signaient l’aboutissement d’une collaboration fugace mais fructueuse entre Robert Fripp, Bill Bruford, John Wetton et un David Cross qui claquera la porte dans la foulée, laissant le groupe dans une géométrie triangulaire annonçant sa dislocation à venir. Historique, Red marque au fer rouge ses structures alambiquées, son interprétation pleine d’audace (l’utilisation d’une cymbale ZilCo, cassée sur “One More Red Nightmare“), fruits d’improvisations géniales, la folie d’un son unique, soigné à l’extrème, au point que le groupe abusera des overdubs comme jamais. Au long de ces (presque) 40 minutes incandescentes, King Crimson explore les contrées d’un rock progressif ardent, arride, arithmétique, quasi mystique… à la limite de l’implosion.

KABOUM !

Par son ambiance sombre et désespérée, Red symbolise ce “rouge” écarlate de l’être schizoïde, ce “rouge” sang sacrificiel que Robert Fripp n’allait pas tarder à répandre symboliquement en désagrégeant un projet-concept qui ne pouvait vraissemblablement aller plus loin. De l’instrumentale improvisée en concert “Providence” à l’énergie brute de “Fallen Angel” en passant par les deux diamants noirs “Red” (mordant) et “Starless” (titre refusé quelques mois plus tôt sur Starless and the Bible Back et remanié pour l’occasion), Red associe la rage à la poésie, une  liberté quasi-mystique des mots aux feux d’artifice de la musique.

Vériable condensé de matière sombre, ce septième album est soutenu par un sentiment d’audace, abandonné à son écriture torturée, à ce style explorant les limites de la fusion crimsonienne. Le résultat : cramoisie, carbonisé. Robert Fripp lui-même mettra sept (longues) années à s’en remettre sous la forme d’un projet à peine déguisé, Discipline, qui marquera les arrivées d’Adrian Belew et de Tony Levin. Entre temps, Red aura déversé ses coulées de lave géniale, dévoreuse d’énergie, pour se métamorphoser en monolithe fascinant (Kurt Kobain en fera l’un de ses albums fétiches) qui bornera le hiatus inévitable d’un King Crimson fracturé.

KING CRIMSON – RED

King Crimson - Red (1974)

Titre : Red
Artiste : King Crimson

Date de sortie : 1974
Pays : Angleterre
Durée : 39’50
Label : Island

Setlist

1. Red (6:20)
2. Fallen Angel (6:00)
3. One More Red Nightmare (7:04)
4. Providence (8:08)
5. Starless (12:18)

Line-up

– Bill Bruford / drums, percussion
– Robert Fripp / guitars, mellotron, devices
– John Wetton / bass, vocals

With:
– David Cross / violin
– Mark Charig / cornet
– Mel Collins / soprano saxophone
– Ian McDonald / alto saxophone
– Robin Miller / oboe

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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