Johannes Luley - Qitara
4.0Note Finale

Avec ce disque, son deuxième solo, Johannes Luley nous prend complètement à contre-pied. Passé la surprise de la découverte lors de la première écoute, on a deux choix : soit on est complètement allergique et réfractaire au jazz-rock et on repose l’album, soit on adhère au style et on y retourne.

En effet, le guitariste, qu’on avait découvert avec un progressif très inspiré par Yes avec Moth Vellum et Perfect Beings ensuite, se livre ici sans retenue à l’exercice du jazz-rock débridé. Un peu comme si ce Qitara était le fruit des amours illégitimes de Pat Metheny  (“Upness“) et d’Allan Holdsworth (“Red And Orange”).  Pour l’occasion Luley a su s’entourer de pointures du genre, embarquant avec lui le saxo de Herbie Hancock, le trompette de Lenny Kravitz ou le clavier de John McLaughlin.  L’album est quasi 100% instrumental, seul “Sixter Six” possédant quelques vocalises avec entre autre l’ancien comparse de Luley chez Moth Vellum, Ryan Downe.  Quelques morceaux possèdent des restes de rock progressif pur, comme ce “Sister Six“, pas si éloigné des productions de Perfect Beings ou “The Doer” en introduction, bien qu’il soit dans sa deuxième moitié écrasé par un solo de saxo assez free. Les autres titres vont promener l’auditeur dans plusieurs styles, allant du soft jazz (“Seconds“) à l’avant-garde (“Red And Orange” reprise de Jan Hammer du Mahavishnu Project.) , de la jam session (“Soliloquist“) au jazz-rock (“Faces In Reflections“, ou plane l’ombre de Metheny.). Les derniers titres “White City” et “Agni  Rahasya” tout en gardant des soli de guitare très typé jazz reviennent sur des terres plus progressivement familières.

Avec cet album, Luley expérimente et surprend, voire déroute. C’est un pur album de guitariste de jazz qui alterne hommages en reprenant des standards et compositions propres. La section rythmique est jazz de bout en bout, ternaire avec un accompagnement parfois de contrebasse et non de basse électrique. La guitare, virtuose, se fait aussi guitare synthé à la Holdsworth (“The Doer” ou “Moonlight Mesa“) dans des plans typiques des dernières productions du maître. On est donc avec Qitara très loin d’un album grand-public ou même d’un disque qui sera apprécié par un public progressif ‘large’ comme pouvait l’être Tales From Sheepfather’s Grove, le premier album solo de Luley. Très clairement les allergiques au jazz détesteront alors que les amateurs qui y jetteront une oreille curieuse risquent la bonne surprise.

Au moins Johannes Luley tente de sortir des sentiers battus et pour ça chapeau, d’autant qu’on le retrouve simultanément dans un style plus progressif avec Perfect Beings qui sort avec quelques semaines d’écart son troisième disque. Sinon, pas réfractaire au jazz, j’ai aimé. Pas tout, mais j’ai aimé.

JOHANNES LULEY – QITARA

Johannes Luley - Qitara (2017)

Titre : Qitara
Artiste : Johannes Luley

Date de sortie : 2018
Pays : États-Unis
Durée : 47’38
Label : My Sonic Temple

Setlist

1. The Doer (5:10)
2. Upness (6:27)
3. Seconds (1:42)
4. Sister Six (5:33)
5. Soliloquist (2:58)
6. Moonlight Mesa (4:40)
7. Red and Orange (5:25)
8. Faces in Reflection (3:38)
9. Hot Sands (3:53)
10. The White City (3:23)
11. Agni Rahasya (4:49)

Line-up

– Johannes Luley / guitars, bass, keyboards, composer & producer

With:
– Robin Hathaway / vocals
– Ryan Downe / vocals
– Morten Kier / vocals, Fender Rhodes (8)
– Otmaro Ruiz / grand piano (2)
– Scott Kinsey / organ & synth (7)
– Katisse Buckingham / soprano sax solo (1)
– Michael Hunter / flugelhorn (2)
– Christian Hammer / brass section (11)
– Jason Lobell / upright bass (2)
– Edoardo Talenti / drums
– Dicki Fliszar / drums (8)

 

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