Partenaire de Steve Rothery  (The Wishing Tree ou The Steve Rothery Band) et membre de  Mr So and So, Dave Foster a rejoint depuis quelques années le groupe Panic Room. Preuve de son talent au vu du résultat, il a pris une part non négligeable dans l’écriture de The Ghosts of Pripyat en compagnie du guitariste de Marillion. Après une première sortie solo réussie (Gravity en 2012), il nous propose son  nouvel album intitulé  Dreamless depuis le printemps dernier. Rencontre avec un musicien aussi modeste que talentueux.

Retrouvez l’interview en version originale (anglais)

Dave Foster - Dreamless (2016)

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Avant toute chose, comment vas-tu ? J’imagine que tu dois être ravi des retours unanimement positifs autour de Dreamless !

Dave Foster : Je vais super bien merci et profite d’une semaine de vacances, chose que je n’ai pas faite depuis un bon bout de temps. Le retour du public au sujet de Dreamless est tout simplement fantastique. Je me le dis souvent mais en toute sincérité, je ne me suis jamais demandé combien d’albums seraient vendus même si bien entendu c’est une donnée à prendre en compte. Au final, cela a été une belle surprise !

Tu dis que c’est est une surprise : cela modifie t-il tes plans pour le futur ?

Dave Foster : Je n’ai  jamais pensé à me lancer dans une carrière solo car honnêtement, je n’ai pas assez confiance en moi pour chanter en live. Maintenant, le simple fait de voir que des personnes  apprécient  autant  ce que je fais m’a donné la « pêche » pour poursuivre l’aventure solo.

Il y a quelques années, tu nous proposais « Gravity ». Rétrospectivement, est-ce une évolution ? Quelles sont les différences entre les deux œuvres ?

Dave Foster : Gravity est vraiment différent. A l’époque, je voulais faire un album de guitariste. J’ai grandi dans les années 80, un monde qui déchire avec Mike Varney/Shrapnel  et me suis fait plaisir avec des artistes tels que Steve Vai, Joe Satriani, Paul Gilbert, Vinnie Moore et même si je ne copiais pas leur style, j’adorais l’idée de créer ce genre d’œuvres instrumentales qui en jettent un max ! Je me suis mis alors à l’écriture et j’ai rencontré Dinet Poortman avec qui je voulais collaborer. Cela a constitué une sorte de virage puisque nous sommes partis sur des titres constitués à 50/50 de parties instrumentales et chantées. Je suis très fier de Gravity : c’est le premier disque réalisé de part en part par mes soins. Dreamless correspond maintenant à ce que je suis devenu. Mon jeu et mon écriture ont évolué et c’est normal d’autant que j’ai la chance d’être musicien professionnel et que je peux vraiment continuer à m’exercer et progresser. C’est super. Mon style et mon jeu reflètent maintenant ma personnalité musicale. Comme je te le disais, j’ai vraiment franchi un cap : quand j’écoute les paroles de « counting clouds », je me demande encore comment j’ai pu écrire de genre de choses ! Idem avec la série d’accords sur «Morphine Sleep » qui me semble être improbable.

Tout cela n’aurait peut-être pas été possible sans la participation d’artistes de premier plan. Je dois te dire que les deux chanteuses sur l’album sont juste incroyables. Qu’en penses-tu ?

Dave Foster : Tu as raison, Dinet et Anne ont fait un travail fantastique. Elles ont toutes deux leur propre style de chant et j’adore leurs voix. Dinet a une approche de la musique assez proche de la mienne et est vraiment ouverte d’esprit, on  pourrait dire qu’elle n’a pas d’étiquette de genre. Si j’écris un riff funk ou métal, tu peux être certain qu’elle te fera sonner le tout avec un style toujours très personnel. C’est une artiste très spéciale, elle possède une voix vraiment magnifique et c’est toujours un réel plaisir de travailler en sa compagnie. Anne, quant à elle est une musicienne accomplie et une super chanteuse. Elle peut accrocher des hauteurs de note impossibles et son sens de la mélodie est fantastique. J’ai vraiment de la chance de collaborer avec eux deux.

Tu es un peu comme un musicien de l’ombre comparé à Steve Rothery. Ton style est cependant unique. Peux-tu nous dire quelques mots sur ton approche de la guitare ? Quel est ton parcours ?

Dave Foster : Je suis très ouvert en termes de goûts musicaux. J’aime la musique sous toutes ses formes, toutes ses nuances et n’ai aucun mal à trouver de belles choses où qu’elles soient. Je suis devenu musicien un peu par hasard car mes parents n’étaient pas vraiment mélomanes. Je suis tombé un jour sur Suzi Quattro et ce fut le déclic. Steve Rothery a toujours eu une très grande influence en ce qui me concerne (et déjà avant que je ne travaille avec lui. Nous avons un son totalement différent et je pense vraiment que peu de guitaristes sont capables de faire ce qu’il fait. Il a juste un touché et un sens du phrasé hallucinants ! Au niveau de mes influences, j’ai grandi en écoutant Van Halen, Jeff Beck, Steve Vai, Joe Satriani, Trevor Rabin et Steve Rothery bien entendu. Je citerais également Suzanne Vega, Michael Hedges, Andy Summers, Tim Pierce, Joni Mitchell et une quantité d’autres artistes qui vous surprendraient carrément.

En parlant de groupes justement, tu me fais penser à « The Wishing Tree » ? Je t’ai rencontré la première fois avec eux. C’était aux Pays-Bas lors d’une convention Marillion et j’en garde un super souvenir. Te souviens-tu ?

Dave Foster : J’ai vécu de supers moments avec The Wishing Tree. J’espère que Steve et Hannah seront amenés à collaborer de nouveau car ils forment un bon duo. Je me souviens bien de ce week-end à Port Zeeland et tu as raison, c’était super chouette.

Dave Foster

Panic Room est l’un de tes groupes. Récemment, vous vous êtes produits sur scène en Angleterre et deviez enregistrer le concert pour sortir ensuite un DVD. J’ai vu que vous aviez lancé une campagne de financement participatif pour cela. Avez-vous réussi à atteindre l’objectif ?

Dave Foster : Malheureusement, la campagne de financement participatif n’a pas été couronnée de succès. Le show a bien eu lieu comme tu le dis mais nous n’avons donc pu le filmer. Nous n’abandonnons cependant pas l’idée et nous sommes à environ 90% du budget requis.

Pour être sincère, nous ne voudrions pas d’une captation au rabais et cela a un coût. J’attends avec impatience ce moment car nous formons un super groupe live.

Et d’ailleurs, si vous voulez nous aider : http://www.pledgemusic.com/projects/panicroom-live

« La vie est pleine de surprise et le fait d’être aujourd’hui guitariste professionnel est la plus grande de toute… »

Je constate que tu es ami avec Steve Rothery. Que peux-tu nous dire à son sujet ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? 

Dave Foster : Nous nous sommes rencontrés après que Steve ait entendu parlé d’un groupe dans lequel je joue à savoir Mr So & So. Nous avons été invités à jouer pour une première partie de Marillion à l’occasion d’un concert donné à Londres pour le fan club. On s’est tout de suite bien entendu. Il y a des personnes comme cela avec qui le courant passe à merveille et c’est devenu un super ami depuis. C’est un super mec : attentif aux autres, généreux et  honnête. Je ne parle pas de ses talents de guitariste et de musicien. Il est incroyable. En ce qui me concerne, il a joué un rôle dans l’évolution de ma carrière et cela en m’aidant à tout instant, en me donnant des conseils et cela est une chose qui n’a pas de prix. En qualité de fan inconditionnel et pour l’éternité du groupe Marillion, bosser avec « dieu » lui même est un truc de fou.

Tu as participé à l’écriture de « Ghosts Of Pripyat » avec lui. J’imagine tout le plaisir que tu as du ressentir dans l’aventure…

Dave Foster : J’ai coécrit l’album avec Steve et c’est notre premier projet ensemble. Ce fut à la fois fluide, facile et amusant. Je me souviens du premier jour d’écriture. Nous avions déjà écrit deux morceaux au bout d’une heure. Nous pouvions donc nous permettre de boire une tasse de thé supplémentaire. The Ghosts Of Pripyat marque un tournant ou une grande avancée dans mon cheminement professionnel. Les phases d’écriture, d’enregistrement et la tournée ont dépassé de loin toutes mes attentes. Nous avons passé quelques jours au studio Real World (propriété de Peter Gabriel) et ce fut aussi une sacrée expérience. Je me souviens avoir échangé avec Riccardo Romano à cette occasion et nous étions tous deux en totale admiration. Comme on dit, ce furent des jours heureux !

Que voudrais-tu nous dire pour conclure voire nous confesser (rires) ?

Dave Foster : Je n’ai rien à confesser d’autant plus que ne suis pas un rocker des années 70 et ne suis pas du tout dans l’excès, pas assez rock N’Roll pour cela. Tout ce que je peux te dire est que je suis encore étonné d’entre être arrivé là ne me considérant pas comme un musicien inné. J’ai eu de la chance de tomber amoureux de la guitare à un âge où on a du temps pour pratiquer et donc s’améliorer. Je me considère à ce jour comme un guitariste tout juste correct et je remercie mes parents : ils m’ont toujours soutenu dans mon ambition. La vie est pleine de surprise et le fait d’être aujourd’hui guitariste professionnel est la plus grande de toute.

Un entretien préparé et traduit par Sébastien Buret

A propos de l'auteur

Sébastien Buret

Né à Lille en 1972, je découvre Les Beatles à 10 ans, un premier amour dont je me souviens encore : paroles en main, je chantais à tue-tête dans le salon familial. A 15 ans, c’est le déclic. Par une après-midi bénie, mon cousin me passe deux albums : « 90125 » de Yes et « Are you sitting confortably » d’IQ. C’est alors la claque, la révélation. De là naîtra un amour profond pour le rock progressif et une passion ultime pour le groupe Yes dont j’achèterai deux albums dès le lendemain. Cette mélomanie se renforcera au fil des années, de belles amitiés se greffant au passage à force de rencontres et de partages. Eclectique jusqu’au bout, je peux passer de Sépultura à Beethoven sans soucis. J’aime le beau, l’émotion, la sincérité et la profondeur de l’expression musicale. Pour ces raisons, je me passionne notamment chaque jour davantage pour des musiciens tels que Steve Hogarth et le groupe Marillion ou encore pour des formations telles que Gazpacho, Opeth ou Steven Wilson. Car la musique est une histoire d’hommes et de femmes, mon exercice de prédilection est l’interview. Quoi de plus intéressant et enthousiasmant que de rentrer dans l’intimité d’artistes, que de tenter à comprendre leurs messages et les mettre en lumière ? Ecrire a pour moi du sens et ce en toute modestie : rendre hommage aux artistes que j’admire et tenter l’impossible : rendre justice à leur talent ! Tout en m’amusant et en apprenant…