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Au fil des années, Big Big Train est devenu un incontournable de la scène progressive. Avec des albums tels que The Difference Machine, The Underfall Yard et English Electric, la formation désormais internationale a su séduire des talents aussi divers que Nick D’Virgilo, Rikard Sjöblom ou Rachel Hall. Leur nouvel album intitulé « Folklore » s’avère une impeccable démonstration de cette subtile équation. Séance discussion avec le bassiste et fondateur du groupe, Greg Spawton.

Retrouvez l’interview en version originale (anglais)

Big Big Train - Folklore (2006)

Lire la chronique de « Folklore »

Bonjour Greg ! Pour commencer, peux-tu nous faire un petit historique de Big Big Train ?

Gregory Spawton : Salut ! Et bien nous avons commencé à faire de la musique en 1990, puis nous avons signé avec GEP en 1994 et nous avons produit deux albums. Après la fin de notre contrat, nous avons créé notre propre label et commencé à faire les choses nous-mêmes. On s’est fait un petit nom sur la scène du rock progressif et en 2009, après The Underfall Yard, les choses ont vraiment décollé. Nous avons gagné un Progressive Music Awards (catégorie « révélation ») et la BBC jouait à l’occasion quelques uns de nos titres. Nous sommes apparus dans Prog Magazine et plus récemment dans Classic Rock. Nous n’avons pas joué sur scène pendant longtemps mais nous y sommes retournés en 2015 et nous planifions déjà de nouvelles dates. Notre dernier album s’intitule Folklore et il est sorti en mai 2016. C’est notre premier album à être entré au box-office anglais !

Big Big Train est un nom assez curieux. D’où vient-il ?

Gregory Spawton : Ma mère a grandi près d’une voie ferrée dans le Midlands. Son père et ses frères étaient dans les « chemins de fer » et nous baignions donc dans cet univers. Un jour quelqu’un m’a offert un jouet qui s’appelait Big Big Train et le nom m’est resté gravé en mémoire. À la fin des années 80, mon frère a formé un petit groupe de new wave et je lui ai suggéré de prendre ce nom… ce qu’il a fait. Quand j’ai créé mon propre groupe en 1990, j’ai mis ce nom dans le chapeau et il a gagné…

“Folklore” est donc le titre de ce nouvel album…

Gregory Spawton : « Folklore » est le résultat de longues conversations que j’ai eu avec notre chanteur David Longdon. On discutait de ce que l’on avait écrit et des thèmes explorés. Il s’est avéré que plusieurs chansons faisaient référence à des éléments du folklore et il nous a semblé que le terme lui-même était très fort. Nous voulions un titre solide et mémorable ainsi qu’un thème avec lequel les auditeurs puissent se référer.

Y a t’il un concept derrière cet album?

Gregory Spawton : Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un album conceptuel. Il n’y a pas de narration globale à proprement parler et si certains titres se réfèrent au folklore, ce n’est pas le cas de toutes les chansons. Comme la plupart de nos albums, il y a plusieurs thèmes et au delà du simple folklore par exemple, il y a la façon dont il est écrit et transmis. Sur l’album, nous évoquons également le temps qui passe et une ou deux autres choses encore.

“Folkore” est sorti quelques mois seulement après “Wassail” et “Stone & Steel”. Peux-tu nous dire s’ils ont eu une influence sur l »écriture et l’enregistrement ?

Gregory Spawton : Wassail fut le vrai point de départ de l’album. Notre batteur, Nick D’Virgilio, vit aux États-Unis et il ne vient en Angleterre que deux ou trois fois par an et donc nous profitons au maximum du temps que l’on a avec lui comme ce fut le cas en 2014 dans les studios Real World. Il avait pu jouer sur « Wassail », « Lost Rivers« , « Mudlarks » et « The Transit of Venus« . Avec Wassail, nous introduisions pour la première fois des accents folkloriques à notre musique et du coup, le thème lui-même est resté présent lors de l’écriture du reste de l’album. David a même utilisé plusieurs sections de « Wassail » comme point de départ du morceau titre « Folklore« . Ces deux chansons sont ainsi liées tant au niveau des textes que sur la musique.

C’est le neuvième album du groupe. Comment vois-tu l’évolution musicale de Big Big Train depuis ses débuts ?

Gregory Spawton : Oh… cela fait un quart de siècle que tout a commencé donc pardonne-moi d’avance ma réponse un peu longue (rires). Au début des années 90, la scène progressive était un peu désertée. Les groupes issus du début des années 80 avaient pris le même chemin que leurs ainés avec une approche plus commerciale. Je ne suis pas certain que le résultat était convaincant pour les fans, ni suffisamment attractif pour séduire un nouveau public d’ailleurs. Cela dit, il y avait un nouveau groupe que j’aimais beaucoup, It Bites. Je les ai vu plusieurs fois à la fin des années 80, c’était une très bonne fusion de rock, de pop et de prog rock. J’ai suivi leur trace pour les deux premiers albums avec également un peu de XTC, Radiohead et Prefab SproutThe Gathering Speed and The Difference Machine furent ensuite plus infuencés par les seventies et à partir de là, nous avons commencé à grossir les rangs de nos fans. La scène progressive reprenaît un peu du poil de la bête et nous en avons profité pour vendre plus facilement notre musique. Cela dit, en 2009, nous avons décidé de complètement relancer la machine avec The Underfall Yard. David nous a rejoint en tant que chanteur et Nick est devenu notre batteur officiel, Dave Gregory a joué des parties de guitare pour nous… et puis nous avons intégré des instruments à cordes pour la première fois. Dave est devenu un membre permanent, Rachel Hall, Danny Manners et Rickard Sjöblom se sont ensuite joints à nous. Enfin, chose importante, David a commencé à partager l’écriture des chansons avec moi. Il y a donc eu deux compositeurs dans le groupe. Cela dit, si c’est véritablement avec The Underfall Yard que les choses ont changé, l’ADN de Big Big Train reste présente dans chacun de nos albums et je pense que les auditeurs peuvent toujours apprécier cela.

Greg Spawton

Comment se déroule le processus créatif au sein du groupe ?

Gregory Spawton : Les premières versions des morceaux sont développées par moi-même et David. On obtient une version démo qui inclue généralement la structure de la chanson, les accords, les mélodies et les thèmes. Nick enregistre ses parties à partir de là. La plupart du temps, la batterie est enregistrée aux studios Real World mais quand ce n’est pas possible, Nick enregistre chez lui à Sweetwater. Il aime travailler à l’instinct… il écoute les choses trois ou quatre fois et puis il démarre ! Une fois la batterie en boîte, les autres musiciens travaillent leurs parties. Pour les cuivres et les cordes, cela nécessite d’écrire une partition à part et pour les autres membres de passer du temps avec la chanson et faire en sorte que le résultat soit aussi bon que possible. Comme souvent aujourd’hui, les membres de Big Big Train n’habitent pas tous dans la même ville et nous communiquons alors par e-mail, Skype ou Facetime. L’enregistrement final peut avoir lieu dans différents endroits, cela dépend des musiciens. Parfois, la complexité des chansons fait que nous manquons vraiment d’espace !

« Les textes sont fondamentaux pour nous. On aime raconter des histoires…. »

Par contre, la décision finale sur les arrangements tient au compositeur. Le mixage est réalisé par Rob Aubrey à Southampton. Après avoir passé des jours entiers assis à ses côtés pendant les périodes de mixage, nous savons que nous pouvons le laisser seul. Il nous envoie le travail en cours de progression. Danny, Nick, Rachel, Rikard et moi-même écrivons tous pour le groupe et donc, le processus continue d’évoluer mais je doute que cela change beaucoup dorénavant. Nous sommes tous réunis trois ou quatre fois par an et nous avons élaboré une méthode qui fonctionne et qui nous permet d’être bien plus productifs en tant que musiciens.

Rikard a donc rejoint le groupe récemment (avant de dissoudre Beardfish). Quel est son impact sur le son de l’album ?

Gregory Spawton : Rikard est un musicien incroyable, aussi à l’aise à la guitare qu’aux claviers. Peu après les répétitions avec lui, nous avons réalisé que nous voulions ses idées et le son qu’il pouvait apporter au groupe. Ce n’est pas seulement du au fait que grace à Rikard, nous pouvions recréer toute la complexité de nos morceaux sur scène, mais aussi parce qu’il apportait une vraie créativité avec les autres musiciens. Sur Folklore, Rikard interprète certains de mes moments préférés. Il joue notamment de l’accordéon ce qui nous permet d’explorer les contrées les plus folkloriques de notre musique.

Comment gères-tu le fait qu’il y ait huit membres et une multiplicité de styles et d’influences ?

Gregory Spawton : Rachel vient du milieu folk et Danny est plutôt jazz. Dave a passé des années avec XTC, l’un de splus grands groupes pop de tous les temps ! Mais chacun aime avant tout la musique que nous jouons ensemble. Et le truc génial avec le rock progressif est de donner un support suffisant pour la musicalité du résultat, les compositions et les performances live. Pratiquement tout ce qu’un musicien peut vouloir se trouve dans le rock progressif et nous mettons tout en oeuvre en groupe. L’autre facteur commun est que nous avons tous connus des hauts et des bas. Avec ces expériences derrière nous, nous savons que nous n’avons plus de temps à perdre !

Penses-tu que ce mélange améliore la musique du groupe ?

Gregory Spawton : Oui, probablement. Nous avons de grands musiciens avec nous dorénavant, une section cuivres et cordes et tout le temps passé à répéter et jouer ensemble nous a aidé à nous renforcer et à faire ce que je pense être de la bonne musique. Pour certaines personnes, les premières années sont les plus créatives, mais nous avons trouvé notre place au milieu du gué et nous allons essayer de creuser ce sillon, être le plus productif possible ces prochaines années.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Gregory Spawton :Pour la musique, beaucoup de choses se mélangent. Il y a évidemment des influences prog-rock avec des groupes comme Premiata Forneria Marconi, Van Der Graaf Generator, UK, King Crimson et Genesis. Et puis j’aime le folk contemporain comme Lau and The Unthanks, de la pop classique avec The Beatles, Prefab Sprout, XTC et également du rock alternatif et du post rock avec des groupes comme Mew et Sigur Ros.  David aura des influences à peu près similaires avec quelques trucs supplémentaires. Pour les textes, nous faisons notre propre mixture mais nous sommes influencés par l’histoire, le folklore et les paysages.

Justement, les textes sont très importants dans vos chansons…

Gregory Spawton :  C’est fondamental pour nous. On aime raconter des histoires. Nous rencontrons ces histoires quand nous voyageons ou lisons. Tout le monde aime les bonnes histoires et il est important d’y passer du temps, de réfléchir à l’angle d’approche et à la façon de transmettre nos pensées sur les choses. Cela dépend des sujets abordés, mais nous pouvons effectuer des recherches et parfois nous visitons les lieux associés à ces histoires afin d’avoir le bon feeling. Bien entendu, quand vient le moment d’écrire, les mots doivent également sonner juste pour le chant de David. Ils doivent être plaisants à l’oreille. De ce point de vue, il y a plus de contraintes que dans la prose.

Quelles sont les histoires cachées derrière ces nouvelles chansons ?

Gregory Spawton : Nous racontons l’histoire d’un pilote automobile sur le plus ancien circuit du monde, celle d’un pigeon qui sauva les passagers d’un avion qui se crasha lors de la seconde Guerre Mondiale. Il y a des contes folkloriques avec des géants légendaires et il y a l’histoire du développement d’une ville à travers le temps vu par un arbre qui pousse sur les rives d’une rivière…

Greg Spawton

« Nous sortirons donc un album complémentaire à Folklore au printemps prochain. Il s’intitulera Grimspound… »

Qui est l’auteur de la pochette ?

Gregory Spawton : Nous avions très bien vendus les versions vinyl de nos albums récents et nous savions que Folklore avait besoin d’une cover au top et d’illustrations qui pouvaient convenir à la fois pour la version LP et CD. Le travail s’est donc fait de façon étroite et conjointe avec Sarah Louise Ewing qui a peint toutes les images de Folklore. Quelques mois avant la sortie de l’album nous nous sommes rencontrés à Oxford et avons discuté de toutes les chansons. Sarah a décidé qu’il fallait une image très forte pour la pochette et elle suggéra un corbeau, animal qui a de nombreux liens avec le folklore. Nous pensons que cette image a beaucoup contribué au succès de l’album.

La qualité des arrangements est assez bluffante également…

Gregory Spawton : Tu sais, avec un groupe composé de huit musiciens plus un quintet de cuivre et un quartet de cordes, tu as besoin de soignement préparer les choses et de les penser à l’avance. Nos enregistrements prennent beaucoup de temps avec pas mal de modifications mais j’aime ce principe car cela signifie qu’il y aura plein de détails qui émergeront de ces répétitions. De temps en temps, nous devons élaguer certaines choses durant la phase de mixage mais la plupart des éléments enregistrés se retrouvent sur l’album final.

Depuis 1992, Big Big Train a sorti de nombreux EP. Un nouveau projet semble en cours pour 2017, peux-tu nous en dire plus ?

Gregory Spawton : En fait, nous avions deux ou trois chansons prévues pour Folklore que nous n’avions pas eu le temps de terminer pour le mixage final et nous avons donc pensé les utiliser dans un EP qui devait sortir au printemps prochain avec deux nouveaux titres supplémentaires. Toutefois, nous avons écrit beaucoup plus de choses que prévu et finalement, nous sortirons donc un album complet à la place. Il s’intitulera Grimspound et ce sera un vrai complément à Folklore. Ce fut vraiment sympa à écrire car nous n’imagnions pas en tirer un album. Il y aura quelques instrumentales et globalement, ce nouvel album fera la part belle aux musiciens.

Big Big Train

Quels sont vos autres projets ?

Gregory Spawton : Il y aura un  album live en novembre, A Stone’s Throw from the Line, et nous enregistrerons les concerts de Londres prévus l’an prochain. Grimspound sortira donc en avril 2017 et nous travaillons déjà sur un album concept pour 2018 !

Bonne nouvelle que ces concerts prévus l’an prochain…

Gregory Spawton : Oui, ils auront lieu en septembre 2017 et nous ferons quelques shows acoustiques dans la foulée.

Quel est votre sentiment après les nombreuses nominations reçues pour les prochains Progressive Music Awards 2016?

Gregory Spawton : Je suis complètement dingue… en d’autres termes très très heureux ! Ce sont des prix importants et couverts par la presse mainstream. C’est donc assez génial d’y être associé.

Big Big Train

Cette année, nous sommes nommés dans plusieurs catégories importantes et nous concourrons en face d’artistes prestigieux. Malgré tout, les chances de gagner sont assez faibles mais être nominé est déjà fantastique. Chapeau bas à Prog Magazine pour le travail effectué sur ces awards. Cela a vraiment aidé le genre à revenir sur les radars de la BBC et d’autres acteurs importants des médias de l’industrie musicale.

Plus personnellement, comment es-tu arrivé dans l’univers prog rock ?

Gregory Spawton : Je m’en souviens très bien. Je devais avoir 11 ans. Mon frère est allé chez le disquaire et ses copains ont tenté de le persuader d’acheter le premier album des Sex Pistols. Au lieu de cela, il est revenu avec Selling England by the Pound ! Il avait l’habitude de prendre de longs bains et de mettre le disque très fort pour l’écouter en même temps. Un jour je suis tombé sur « Dancing With the Moonlit Knight » et j’ai adoré ce petit motif de guitare. Après cela, j’ai cherché d’autres albums de Genesis puis je me suis plongé dans Van Der Graaf. Tout vient de là !

Et donc, que signifie l’expression « rock progressif » pour toi ?

Gregory Spawton : C’est le nom donné à un genre de musique que l’on peut associer au rock mais qui peut être largement plus complexe dans sa forme ou sa composition que la plupart des genres musicaux modernes. Alors qu’il a ses tropes reconnaissables, c’est un genre très vaste qui peut englober de nombreux styles et approches différentes et c’est pour cela que j’adore. Toutefois, alors que le rock progressif ne doit pas être un voyage nostalgique dans les années 70, tu ne peux pas te déplacer non plus trop loin dans l’expérimentation perpétuelle sur la base que c’est effectivement ce qui définit un groupe de rock progressif. Cette optique te fera finalement jouer la musique qui ne plaîra pas aux oreilles de beaucoup de gens.

Quels sont tes cinq artistes ou albums préférés ?

Gregory Spawton : Difficle de n’en sélectioner que 5 ! Je dirai Genesis et Van Der Graaf Generator. Et puis Prefab Sprout, Elbow et Mew. D’autres jours, je prendrais The Unthanks, XTC ou Premiata Forneria Marconi… pour les albums, Jordan: The Comeback, Godbluff, Nonsuch, Frengers, The Seldom Seen Kid, Going For the One, A Trick of the Tail spring to mind

Avec qui aimerais-tu travailler ?

Gregory Spawton : Je suis très heureux avec mes potes de Big Big Train et d’autres collègues musiciens et du coup, je n’ai pas d’ambition particulière pour travailler avec quelqu’un d’autre. J’ai beaucoup de respect pour The Unthanks et Sweet Billy Pilgrim et donc peut-être qu’il pourrait se faire quelque chose si l’occasion se présente. J’ai participé aux backing vocals pour un concert de Robert Plant l’an passé. C’était totalement inattendu et très amusant… bref, tu ne sais jamais vraiment à quoi t’attendre.

As-tu quelques conseils sur des choses sorties récemment ?

Gregory Spawton : Les deux albums qui m’ont fait grosse impression l’an passé étaient The Bell That Never Rang de Lau et Motorcade Amnesiacs de Sweet Billy Pilgrim. Ces albums sont musicalement intéressants et, plus important, remplis de super mélodies.

Quelques mots pour finir ?

Gregory Spawton : Je voudrais juste profiter de cette occasion pour envoyer un énorme MERCI de la part de tout le groupe à tous tes lecteurs.

Un entretien préparé et traduit par Cyrille Delanlssays

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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