Le groupe cubain Anima Mundi est actuellement en Europe pour une tournée spéciale à l’occasion de la sortie I, Me, Myself. Les musiciens fêteront également leurs 20 ans de carrière à cette occasion. Rencontre avec l’un des fondateurs et guitariste Roberto Diaz pour parler de cet évènement, du nouvel album et des projets à venir.  Un tour  d’horizon en lui, moi et vous.

Retrouvez l’interview en version originale (espagnol)

 

Anima Mundi - I Me and Myself (2016)

Lire la chronique de « I, Me, Myself »

Sébastien : Comment allez-vous ? Comment se passe cette tournée anniversaire autour du nouvel album  I, Me, Myself ?

Roberto Diaz : Nous allons très bien, merci Sébastien. Notre tournée en Europe se passe très bien et l’accueil a été comme toujours fantastique. Nous avons bossé très dur pour la réalisation de I Me Myself et pouvoir enfin le jouer en live et le faire découvrir au public  est très excitant. En plus, comme tu le disais, nous fêtons nos 20 ans de carrière, ce n’est pas rien.

Sébastien : Avant de parler de votre nouveau disque, peux-tu nous faire le bilan du précédent opus à savoir « The Lamplighter »?

Roberto Diaz : Je te dirais que The Lamplighter est un album à part. Comme tu as pu le remarquer, il est principalement d’inspiration symphonique. Il a d’ailleurs été composé dès 1998 avec quelques ajouts en 2012 mais toujours dans le même esprit esthétique. Pour être plus précis, on peut y retrouver le type de structure musicale à la fois symphonique et néo-primitive, folk et impressionniste typique de la fin du 19ème siècle voire début 20ème. Ce qui fait sa singularité, c’est aussi qu’il a autant de partisans que de détracteurs. Il mérite à mon avis plusieurs écoutes c’est certain et il ne faut pas s’attendre à retrouver des sons urbains et pop tout comme les canons typiques du rock progressif. The Lamplighter est la meilleure façon de connaitre le son qu’avait le groupe avant même la sortie de Septentrion.

Anima Mundi

Sébastien : Comment s’est déroulée la tournée à l’époque ? Aurais-tu une anecdote à nous raconter ?

Roberto Diaz : La dernière tournée en Europe (Tales Tour) s’est déroulée à merveille. On a joué les œuvres majeures du groupe : ce fut pour le public l’occasion d’écouter The Way en intégralité ainsi que des titres de The Lamplighter et de Septentrion. Quant à l’anecdote, je pense à un concert à Göteborg en Suède. Un type aux cheveux longs dansait sur scène, comme ivre d’émotion et est au final tombé sur les moniteurs de contrôle tout cela en plein milieu de la chanson.

Nous avons poursuivi comme si rien n’était. Au final, c’est assez marrant de trouver des fans de métal dans nos concerts qui soient intéressés par la musique progressive !

Sébastien : Pour cette cuvée 2016, nous avons affaire à de nouveaux visages : tout d’abord un nouveau chanteur et ensuite un nouveau batteur. Que peux-tu nous dire à ce sujet ?

Roberto Diaz : Emmanuel est parti vivre aux Etats-Unis et c’est ainsi que Michel Bermudez est venu à nous. Quant à Manuel Govin, il souffre d’une tendinite au bras et il n’a en conséquence pas pu enregistrer l’album ni  ne pouvait tourner avec nous.

Michel Bermudez vient d’un groupe de métal appelé Stoner. Il a une capacité à montrer très haut dans les aigus à la manière de Jon Anderson. Marco Alonso vient aussi du métal avec son groupe Médula. C’est vraiment un excellent musicien, un super batteur et un très bon  saxophoniste. Les deux ont apporté vraiment beaucoup d’énergie à I Me Myself.

Sébastien : Parlons maintenant de I, Me, Myself. Quels sont les thèmes abordés ?

Roberto Diaz : Le nouvel album est un concept-album qui parle de l’être humain et des défis de l’existence. Le titre fait référence aux multiples facettes que peut avoir le moi existentiel , à la fois positives et négatives. Par exemple, nous parlons du manque de maturité qui est le nôtre vis à vis de l’utilisation de  la technologie et des conséquences de l’industrialisation massive.  Vis à vis des guerres, de la propagande religieuse et des idéologies, nous pouvons faire le constat qu’il est devenu grand temps de libérer nos esprits. Nous devons nous détacher de cette folie, échapper à la primauté du temps social que l’on nous impose et de cette solitude existentielle. Nous devons agir, rentrer dans un processus et tout cela pour rendre le monde meilleur.

Anima Mundi

« La musique d’Anima Mundi est toujours symphonique […] cela signifie « Sonner Ensemble »… »

Sébastien : Le tout me parait plus rock, plus « dynamique ». Est-ce un changement d’orientation pour vous, peut-on parler d’une nouvelle vision artistique ? Les critiques sont en tous cas unanimes pour dire que vous avez frappé un grand coup !

Roberto Diaz : Je dirais que c’est une œuvre plus éclectique. Les influences sont diverses et contribuent à élargir notre horizon artistique. Nous avons vraiment utilisé tout ce qui était à notre disposition pour aller de l’avant. Ce qui est peut-être le plus remarquable est qu’il pourra plaire à différentes générations et en ce sens, cela serait une vraie progression pour nous.

Sébastien : Ce qui semble clair est que vous restez toujours dans votre environnement rock symphonique ? Tu as des idées pour la suite ?

Roberto Diaz : La musique d’Anima Mundi est toujours symphonique. Musicalement parlant, cela signifie « sonner ensemble » et cela se réfère à des structures complexes en terme d’environnement sonore ainsi qu’au développement et variations d’harmonies mélodiques, vocales et rythmiques. Peu importe les influences, notre musique reste symphonique. C’est le cas avec I Me Myself, on reste dans notre style malgré de  nouveaux apports.

Pour te faire une confidence, le projet global consiste à réaliser une trilogie et I Me Myself en est l’étape numéro 1. Les deux prochains albums seront dans la continuité musicale et conceptuelle et nous continuerons à explorer de nouveaux territoires artistiques.

Anima Mundi (2016)

Sébastien : Qui s’est occupé de la conception de la pochette ? Je dois également signaler que je trouve la vidéo de promotion particulièrement réussie.

Roberto Diaz : L’artwork a été réalisé par Douwe FLedderus (Blissy design). Nous avons dès le départ travaillé avec lui sur les idées autour de l’album. Nous sommes au final très satisfaits du résultat. Quant à la vidéo de promotion, c’est l’œuvre de Ley MA et de Frency, deux amis artistes avec qui nous avons déjà collaboré.

« Nous jouerons le 25 juin au Brin de Zinc à Chamberry… c’est le bon côté des choses… »

Sébastien : Nous avons tous appris que votre tournée au Royaume-Uni a été annulée. Peux-tu nous expliquer ce qui s’est passé ?

Roberto Diaz : Après avoir demandé nos visas en temps et en heure pour le Royaume-Uni et rempli une tonne de papiers et  payant au passage pour ces formalités, cela a pris au final  une éternité. Un mois plus tard, nous n’avions toujours pas les autorisations nécessaires et cela nous a conduit à devoir  annuler notre tournée là-bas. J’avoue ne toujours pas comprendre cette façon de procéder « britannique » et jamais dans notre vie de musiciens nous avons rencontré de tels problèmes. Nous sommes au final extrêmement déçus pour toutes les personnes qui nous attendaient. C’est ainsi et au final, cela nous a permis d’ajouter des dates aux Pays-Bas et en France. C’est le bon côté des choses. Pour la France, nous jouerons le 25 juin prochain au Brin de Zinc à Chambéry. Nous -nous y sommes produits plusieurs fois et c’est à chaque fois un régal. C’est un lieu magique et les personnes qui y travaillent sont très professionnelles.

Sébastien : Pour conclure, aurais-tu un message à passer à l’attention du public français?

Roberto Diaz : Nous souhaiterions juste vous remercier  pour votre fidélité et pour l’amour que vous témoignez à l’égard de notre musique. Nous espérons que l’histoire sera encore longue et nous vous disons à bientôt !

A propos de l'auteur

Sébastien Buret

Né à Lille en 1972, je découvre Les Beatles à 10 ans, un premier amour dont je me souviens encore : paroles en main, je chantais à tue-tête dans le salon familial. A 15 ans, c’est le déclic. Par une après-midi bénie, mon cousin me passe deux albums : « 90125 » de Yes et « Are you sitting confortably » d’IQ. C’est alors la claque, la révélation. De là naîtra un amour profond pour le rock progressif et une passion ultime pour le groupe Yes dont j’achèterai deux albums dès le lendemain. Cette mélomanie se renforcera au fil des années, de belles amitiés se greffant au passage à force de rencontres et de partages. Eclectique jusqu’au bout, je peux passer de Sépultura à Beethoven sans soucis. J’aime le beau, l’émotion, la sincérité et la profondeur de l’expression musicale. Pour ces raisons, je me passionne notamment chaque jour davantage pour des musiciens tels que Steve Hogarth et le groupe Marillion ou encore pour des formations telles que Gazpacho, Opeth ou Steven Wilson. Car la musique est une histoire d’hommes et de femmes, mon exercice de prédilection est l’interview. Quoi de plus intéressant et enthousiasmant que de rentrer dans l’intimité d’artistes, que de tenter à comprendre leurs messages et les mettre en lumière ? Ecrire a pour moi du sens et ce en toute modestie : rendre hommage aux artistes que j’admire et tenter l’impossible : rendre justice à leur talent ! Tout en m’amusant et en apprenant…