Heimat - Chronique d'un rêve - L'exode
5.0TOP 2013

L’aventure cinématographique phénoménale d’Heimat a commencé, pour nous, public, en 1984, avec la sortie de la saison 1 de cette mini-série pour la télévision allemande de 11 épisodes rassemblés en 4 parties pour le cinéma, retraçant 64 ans de l’Histoire allemande (1918-1982) ; elle s’est poursuivie en 1992, avec Heimat 2 – Chronique d’une jeunesse (1960-1970) ; enfin, en 2004, vit le jour ce qui devait être le dernier acte de ce monument, Heimat 3 – Chronique d’un tournant historique (1989-2000).

En 2004 en effet, Edgar Reitz, âgé de 71 ans, annonçait le terme de ce travail titanesque (+ de 50 heures de film + de 30 ans de travail).

Ces 3 Heimat-là constituaient un tout, une fresque prodigieuse (aucun adjectif n’est suffisamment fort pour qualifier ce chef d’œuvre) remémorant l’histoire politique, sociale et culturelle de l’Allemagne du 20è siècle, au travers de la vie des habitants de Schabbach, et en particulier d’une famille ancestrale de ce petit village de Rhénanie, la famille Simon. Au 1er plan, la vie de ces paysans, leurs bonheurs, leurs malheurs, leurs passions, et au second plan, la grande Histoire, l’évolution des technologies, des mentalités, les drames de la guerre, ses séquelles… Une série aliénante, tant elle suscitait notre passion par ses qualités autant humaines qu’esthétiques.

Et puis, près de 10 ans après, un miracle qu’aucun fan de la 1ère heure n’aurait osé imaginer même dans ses rêves les plus fous, un miracle survient, sous la forme de ce film en 2 parties sorti fin 2013 : L’autre Heimat – Chronique d’un rêve – L’exode. Ce n’est ni un prologue, ni un épilogue, c’est une autre histoire, tenait à préciser Edgar Reitz. Cette fois, la période abordée est celle de la Prusse rhénane des années 1840 (près de 30 ans avant l’unification de l’Allemagne), accablée par la disette et la misère, dans laquelle subsistent encore quelques traits du passage de la France napoléonienne. A la recherche d’un Eldorado, de nombreuses familles quittent à jamais leur terre natale pour émigrer au Brésil.

Pour illustrer cet épisode de l’histoire allemande, Edgar Reitz nous reconduit au village de Schabbach, dans le foyer des Simon. Jakob, le fils cadet, est un rêveur, un idéaliste, bien plus intéressé à lire des livres sur les tribus peuplant l’Amérique du sud, qu’à aider son père forgeron et maréchal-ferrant. Il associe à ses désirs d’évasion Jettchen, une jeune fille du village dont il est amoureux. Mais le retour au foyer de son frère ainé, Gustav, exempté de ses obligations militaires dans l’armée prussienne, va bouleverser ses plans d’avenir.

Un peu plus classique et académique que les 3 saisons de la série, ce nouveau volet de l’histoire allemande racontée par Edgar Reitz conserve néanmoins son charme époustouflant. Le noir et blanc, parfois entaché d’une touche de couleur, offre des images d’une beauté sublime, la nature et les portraits y sont traités avec une perfection poétique. Une fois encore, les diverses tribulations des  membres de la famille Simon nous happent et nous captent totalement. Edgar Reitz prend le temps de filmer ses personnages au plus près, avec tant d’humanité que notre sympathie est symbiotique. Il sait à merveille retrouver l’état d’esprit de l’époque, ses aspirations et ses craintes, ses gestes, ses décors. Jakob Simon est bien l’ancêtre des aventureux et visionnaires Paul et Hermann Simon du 20è siècle. Et l’on retrouve, avec Margret, le personnage maternel central, droit, fort, courageux, véritable support familial infaillible. L’actrice Marita Breuer, qui incarnait, près de 30 ans plus tôt, Maria le personnage central de la série, interprète ici le personnage de Margret, laissant planer ainsi le fantôme inoubliable de Maria, un des plus beaux personnages féminins de fiction qui soit.

Edgar Reitz a dû amputer son film de 90 minutes pour le format cinéma, mais le matériel est là, vivant, et n’attend qu’un geste de son auteur qui nous laisse, d’ailleurs, au cours de ses interviews, tout espoir de voir un jour la version complète de ce chef d’œuvre.

Au final : si vous n’aimez pas les films allemands, si vous n’aimez pas les films en noir et blanc, si vous n’aimez pas les sagas, « Allez vous faire f..tre » aurait dit J-L Godard, à bout de souffle… Moi je vous dis : Précipitez-vous sur Heimat, et jamais plus vous ne verrez les choses du cinéma et de la vie pareillement.

DESCRIPTION

Heimat – Chronique d’un rêve – Exode de Edgar Reitz (2013)

Titre : Heimat – Chronique d’un rêve – L’exode
Titre original : Die andere Heimat – Chronik einer Sehnsucht

Réalisé par: Edgar Reitz
Avec : Marita Breuer, Jan Dieter Shneider, Antonia Bill,  Maximilian Scheidt

Année de sortie : 2013
Durée : 107 minutes

Scénario : Edgar Reitz, Gert Heidenreich
Directeur de la photographie : Gernot Roll

Musique : Michael Riessler
Nationalité : Allemand
Format : N&B incursions de couleurs

Synopsis : 1842-1844 : L’histoire de la famille Simon. Johann le père forgeron, Margret la mère, Lena la fille aînée, Gustav et Jakob les fils, Jettchen et Florinchen leurs futures épouses. Les coups du destin risquent de détruire cette famille, mais c’est une histoire de courage et de foi en l’avenir. Des dizaines de milliers d’allemands accablés par les famines, la pauvreté, et l’arbitraire des gouvernants, émigrent en Amérique du Sud. « Une sort meilleur que la mort, ça peut se trouver partout ». Jakob Simon lit tous les livres qu’il peut se procurer, il étudie les langues des Indiens d’Amazonie. Il rêve d’un monde meilleur, d’aventure, de dépaysement et de liberté. Il décide d’émigrer. Le retour de son frère Gustav du service militaire dans l’armée prussienne déclenche une série d’évènements qui met à rude épreuve l’amour de Jakob et bouleverse son existence.

 

A propos de l'auteur

Raelle

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !

  • Une bien belle chronique qui donne envie de ne pas aller se faire f..tre et au contraire, de se plonger dans cette saga, pourrait-on dire, historique.

    • Raelle

      Merci Bruno! Vas-y, plonge!