A l’occasion de la sortie de son nouvel album « La Fiancée », la chanteuse et harpiste Cécile Corbel revient pour nous sur une carrière déjà haute en couleur, avec cinq albums studio et deux bandes originales notamment pour « Arrietty et le petit monde des chapardeurs » des Studios Ghibli.

Entre folk-pop celtique enchanteresse et univers onirique, la jeune artiste (élue Bretonne de l’année 2010) commente son parcours singulier qu’elle traverse d’une voix « héroïquement fragile ».

Cécile Corbel - La Fiancée (2014)

Chronique de « La Fiancée »

Bonjour Cécile. Votre nouvel album, La Fiancée, conte des histoires de femmes courageuses. C’est souvent le cas dans vos compositions.

Je reste une conteuse, j’aime conter les destins – tragiques ou modestes – d’héroïnes ordinaires ou extraordinaires. Fées, sorcières, guerrières ou amoureuses transies. A travers ces récits je peux parler de beaucoup de sentiments intemporels : l’amour bien sûr, la haine, la jalousie, la solitude…

Votre style musical nombreuses influences: celtique, folk, pop… avez-vous des artistes « clés » qui vous inspirent ?

La liste est longue et ne cesse de s’allonger au fil des ans…

J’ai lu que adolescente, vous écoutiez du hard-rock et du métal.

Quand j’étais adolescente j’ai écouté de façon obsessionnelle Alan Stivell, Malicorne, Clannad, les Chieftains, Led Zeppelin, Neil Young, Loreena MacKennit, Deep Purple, Cat Stevens, Iron Maiden, de la musique baroque et médiévale… aujourd’hui j’écoute plein d’autres choses, des « tubes » pop que déversent les radios jusqu’à des choses plus confidentielles voire obscures. Ces jours ci j’écoute les chansons d’une chanteuse bretonne « folk » qui s’appelle AnnKrist. Elle a une voix assez magique et est injustement méconnue car elle devrait à mon avis faire partie des grands noms de la chanson française. Pour moi il n’y a pas d’un côté la musique commerciale et de l’autre des musiques plus « louables » ou dignes d’intérêt, pour moi tout ça est de la musique, tout simplement, faite pour essayer de toucher les gens qui l’écoutent.

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Comment êtes-vous arrivée dans le monde de la musique ?

Par le jeu des rencontres et de la chance… cela a souvent fonctionné ainsi dans ma vie.

Vous avez suivi des études d’archéologie et d’histoire de l’art. Comment bifurque-t-on dans le domaine du spectacle et de la musique ?

Cela n’est pas incompatible et je continue a m’intéresser à l’histoire et à l’archéologie. Quand on apprend du passé, on devient moins bête et on comprend mieux le présent, c’est vrai aujourd’hui encore plus qu’hier, surtout

quand certains obscurantismes sont toujours prêts à resurgir. Rien de tel que l’archéologie pour comprendre comment naissent les religions par exemple. Et puis, dans mes recherches musicales je me sens parfois un peu archéologue quand je découvre un texte ou une légende qui va m’inspirer une chanson.

« La harpe est un instrument chargé de légendes, qui évoque des mondes anciens et imaginaires. »

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre harpe ? Pourquoi avoir étudié cet instrument à l’adolescence ? D’où vient-elle ?

Elle est ma compagne de voyage et ma fidèle alliée pour la composition. J’ai découvert cet instrument en Bretagne et ai eu un coup de foudre. Cela ne s’explique pas de façon rationnelle…Sans doute devions nous nous rencontrer. C’est un instrument très ancien qu’on retrouve dans la plupart des cultures antiques d’un bout à l’autre du monde. C’est aussi un instrument chargé de légendes, qui évoque des mondes anciens et imaginaires. C’est sans doute ce mélange entre ce côté primitif et simple de l’instrument et sa grande force d’évocation qui m’ont plu aussi.

Songbook vol.2 marque le premier tournant de votre carrière. C’est un album avec une très belle production et surtout, vous signez la grande majorité des compositions. Vous y chantez en français, anglais, séfarade et en gaélique. Cette maîtrise des langues et de leur musicalité est-elle importante pour vous ?

Cet album a changé beaucoup de choses pour moi. Je l’aime beaucoup. Les années passent et je me reconnais encore dans ses chansons. Il m’a ouvert des portes : celles des salles de concerts, des festivals, mais aussi les portes du Studio Ghibli au Japon car c’est grâce à cet album que je me suis retrouvée à créer la Bande Originale du film Arrietty en 2010. J’aime chanter dans différentes langues. C’est une façon de voyager

C’est ce disque (Songbook 2) que vous avez envoyé aux studios Ghibli ? Pourquoi les avoir contactés ?

Je suis toujours aussi étonnée quand je repense à ce geste que j’avais fait en 2009 en envoyant mon album au Studio Ghibli.

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C’était un geste naïf, un petit cadeau de fan et voilà que ce petit cadeau presque anonyme a trouvé son chemin, est arrivé dans les oreilles du producteur Toshio Suzuki, et que je me suis retrouvée à composer la musique de leur film Arrietty qui a été vu par des millions de spectateurs à travers le monde. La vie réserve donc de belles surprises, c’est la morale de l’histoire. Certains appellent cela le destin, moi je continue de penser qu’il faut se laisser guider par son instinct et que la chance joue un rôle important (et le travail aussi bien sûr !)

Cette musique de Arrietty a changé beaucoup de choses, tant du point de vue de la notoriété que dans votre manière de travailler ?

Bien sûr cela a changé plein de choses, la notoriété (avec ses attraits et ses problèmes aussi), de nouveaux fans, des concerts au Japon et dans plein d’autres pays. Je suis infiniment redevable à cette petite Arrietty qui a changé ma vie ! Mais honnêtement je n’ai pas la sensation d’avoir changé, ni changé ma façon de composer ma musique. C’est juste que les droits d’auteur sur le film m’ont permis de créer avec plus de sécurité, dans mes propres studios, et que cela est un grand confort pour un artiste pour travailler.

Quelle est votre méthode de travail lorsque vous composez ? Qu’est-ce qui vous inspire ?

Bonne question ! J’aimerais avoir la réponse ou la recette de l’inspiration ! Malheureusement ça reste assez mystérieux même pour moi. Parfois les mélodies et les textes jaillissent, parfois je suis une source tarie et aucune note ne veut naître sous mes doigts. Je crois qu’une partie du secret réside dans la curiosité et l’ouverture et dans le fait de ne pas « forcer » les choses. Aussi j’essaye de toujours lire, écouter et regarder autour de moi. On peut composer partout, chez soi ou dans la rue, en voiture ou en train – en pleine nuit ou au petit matin – dans la joie ou la peine, mais moi je n’ai pas de recette.

« J’adorerais refaire une bande originale… au Japon ou pourquoi pas dans un autre pays. »

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L’année dernière, vous avez publié votre cinquième album solo « La Fiancée » ainsi que la bande originale du film « Terre des Ours ». Comment s’est passée l’élaboration de la musique pour ce documentaire ?

C’est une expérience intéressante mais le film n’a pas vraiment marché en salles. Sur beaucoup d’aspects ce film a été l’inverse d’Arrietty (en terme de succès notamment) car à la différence de la synergie de travail que nous avions pu avoir avec les équipes japonaises, le travail avec les français de Terre des Ours a été chaotique et si je commence à vous raconter nous allons avoir besoin de plusieurs pages.

Mais je suis contente car cela m’a appris beaucoup de choses sur le cinéma français et cette industrie du cinéma en France qui est dans une dynamique plutôt bizarre – je me sens riche de cette expérience – espérons qu’elle me serve à l’avenir ! Je suis aussi heureuse que le disque de la bande originale soit sorti pour partager cette bande originale en dehors des salles obscures car elle contient plusieurs chansons et thèmes que j’aime beaucoup.

Souhaitez-vous poursuivre dans la musique de film ? Qu’est-ce qui vous attire, vous plait dans l’exercice ?

J’adorerais refaire une bande originale… au Japon ou pourquoi pas dans un autre pays… il y a un projet dans l’air pour un long métrage d’animation français. Je me sens à l’aise avec ce genre car la musique dans un film d’animation est un vrai personnage. Croisons les doigts pour que je puisse bientôt vous en parler !

« La Fiancée » contient une nouvelle fois de nombreuses influences. Votre travail sur Arrietty et Terre des Ours a t’il nourrit vos compositions pour les chansons de cet album ?

Chacun de mes albums a sa personnalité propre, et correspond à une page de ma vie. Je crois donc que tous mes albums me ressemblent mais aussi qu’ils ont aussi tous leur originalité. Forcément le temps passe et je « m’améliore » alors sans doute ce dernier album est-il peut être encore plus abouti que les précédents. Il est aussi assez « cinématographique », avec pleins de personnages, d »histoires, de visions et de paysages… c’est peut-être là qu’on pourrait y voir l’influence de mon travail pour le cinéma.

On retrouve les influences de Lewis Caroll ou des contes Andersen dans vos textes (et dans vos clips également). Qu’est-ce qui vous plait dans ces univers oniriques ?

La parenthèse de rêve qu’ils apportent. J’aimerais que mes chansons soient aussi des parenthèses de rêve. C’est comme cela que je pense ma musique.

Comment qualifieriez-vous votre voix ?

Héroïquement fragile…

Quels sont vos modèles dans le chant ?

On m’a souvent comparé à la chanteuse de Mecano ou à Kate Bush. Cela me réjouit car ce sont deux voix et univers que j’adore et admire mais je n’essaye d’imiter personne. Je suis moi avec la voix que la nature m’a donné… et je vieillirai avec elle.

Quelle est la suite pour vous ? Des projets ?

Quelques mois de repos d’abord car 2014 a été une année un peu folle : une bande originale et tout un album à composer en quelques mois, plus de 80 concerts et événements en France et à l’étranger. Je reprends mon souffle. Mais sans mentir j’ai déjà recommencé à composer de nouvelles chansons. Il y aura aussi pas mal de concerts à partir de l’été 2015. Quant à la suite, je ne la connais pas ; je vous ai dit que je me laissais en général guider par la chance.

Propos recueillis en janvier 2015
Remerciements à Universal Music.

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

  • Thark-Elektrik

    Haaahhh, chouette alors !
    J’avais largement cité Amarokprog la toute première fois où j’ai eu le bonheur d’échanger avec Cécile Corbel, après un concert fabuleux en Vendée en 2014. Je me souviens lui avoir dit combien ses albums y étaient appréciés et finement chroniqués… Comme quoi… 🙂
    Etant très très fan aussi de cette grande musicienne/compositrice/chanteuse, je suis vraiment aux anges en découvrant que vous avez pu vous rencontrer et avoir ensemble un entretien si intéressant… !

    (ps : il m’est arrivé de poster qques critiques d’albums sur Amarok… – « Thark Eyelid » – ; mais c’est la première fois que je m’exprime dans votre tout-nouveau-tout-beau « terrain de jeu », Cyrille : bravo pour cet excellent Amarok Magazine que je vais suivre de très près.
    Zik + livres + ciné, etc… WOW ! tout c’que j’aime… )

    • Merci pour ces encouragements ! Et bienvenue sur Amarok Magazine !