Elvis & Nixon
3.5Note Finale

La réalité dépasse souvent la fiction et sur le fond, cette histoire improbable aurait fait fuir n’importe quel amateur de scénario tangible si tout cela n’avait pas existé. Il faut que le 21 décembre 1970, Elvis Presley s’était mis en tête de sauver l’Amérique et la jeunesse de la déliquescence, de la drogue et du communisme en devant un agent fédéral sous couverture. Pour avoir son accréditation, son badge comme il le dira plusieurs fois, il s’arrange alors pour rencontrer Richard Nixon, à la Maison Blanche, afin de lui exposer ses intentions.

Abracadabrantesque ? Et pourtant ! En suivant les pérégrinations de la star internationale, prête à tout pour aider sa grande Nation, le spectateur ne pourra s’empêcher de se demander jusqu’où le film colle à la réalité. Pour brouiller les pistes, Liza Johnson forge son récit non pas dans un burlesque hystérique qui aurait poussé le projet dans un grand guignol hors sujet mais plutôt dans la comédie paradoxale teintée de crise existentielle. Il faut avouer qu’entre ce président roublard, qui jure comme un charretier et aux ordres des caprices de sa fille, et le chanteur qui symbolisa toute une jeunesse rebelle, , les choses s’annoncent mal. Si les préparatifs pour cette entrevue trainent un peu, (mais après tout le chemin du héros ne doit-il pas être semé d’embuches ?) c’est évidemment la rencontre entre ces deux « monstres » qui donne toute la saveur au film. Bien dialogué (on notera la présence du comédien un peu oublié Cary Elwes au scénario), parfois surréaliste (la démonstration de karaté dans le bureau ovale), le face à face nous montre deux bête de scène prisonniers de leur image (le président mal aimé d’un côté face à l’Idole absolue), de leur réputation, qui s’intimident, se reniflent (au sens figuré, hein), se séduisent à coup de sentences contre les hippies ou les Beatles.

Évidemment, pour que les choses fonctionnent, il fallait un casting de choix et pour une fois, le choix ne s’est pas porté sur la ressemblance physique à tout prix. Il fallait incarner l’esprit des personnages, les habiter au-delà des traits ou du maquillage. Kevin Spacey campe ainsi un savoureux Nixon, sorte de rural mal dégrossi, faux matamore et vrai maladroit. Une antithèse réjouissante de son Frank Underwood dans House of Cards ! Michael Shannon (l’acteur fétiche de Jeff Nichols) porte quant à lui le film sur les épaules et son interprétation du King est à la fois subtile, fine, puissante, et d’une étrange mélancolie. Acteur de gestes et de regards, Shannon livre une performance qui laisse transpirer la solitude d’un artiste au bord du pathétique, prisonnier de son image, caricature incarnée, plus symbole qu’individu, fasciné par les armes à feu et le clinquant. Les seconds rôles ne sont pas en reste (Alex Pettyfer, Colin Hanks) et donne à ce petit film des allures de fantaisie sympathique qui, si elle joue de l’anecdotique à outrance et ne brille pas de mille feux, parvient à créer assez d’étincelles pour offrir un morceau piquant, décalé et dérisoire de la pop culture. Tout un symbole !

ELVIS & NIXON de LIZA JOHNSON

Elvis & Nixon (2016)

Titre : Elvis & Nixon
Titre original : Elvis & Nixon

Réalisé par : Liza Johnson
Avec : Michael Shannon, Kevin Spacey, Colin Hanks, Alex Pettyfer…

Année de sortie : 2016
Durée : 86 minutes

Scénario :Joey Sagal, Hanala Sagal, Cary Elwes
Montage : Michael Taylor, Sabine Hoffman
Image : Terry Stacey
Musique : Ed Shearmur
Décors : Mara LePere-Schloop

Nationalité : États-Unis
Genre : Comédie
Format : Couleur

Synopsis : La rencontre improbable et méconnue entre Elvis, la plus grande star de l’époque, et le Président Nixon l’homme le plus puissant du monde. Deux monuments que tout oppose.…

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?