Dream Theater - The Astonishing
3.5Note Finale

 AVIS : MITIGÉ

On ne peut pas dire que le patronyme Dream Theater soit synonyme de légèreté. Avec des albums tournant sans mal autour des 79 minutes ricrac, même roulés en boule, les américains offrent habituellement un menu gargantuesque fait de riffs carnassiers, de double caisses carnivores, de pim, de pam, de poum et et de circonvolutions sanguinolentes : bref, le haut du pavé côté métal épique épique et colégram livré au kilo(mètre). Même en ayant déjà produit deux double doses dans leur abondante discographie (A Change of Season et le décevant Six Degrees of Inner Turbulence), voici les américains qui re-débarquent avec un treizième opus intitulé The Astonishing, soit « la stupéfaction » … sentiment qui ne sera pas forcément celui de l’auditeur vu le pédigrée des aminches.

Si plus de deux heures dix de concept musical étalées au fil de 34 titres ne vous font pas peur, si l’idée de suivre un ambitieux storytelling d’anticipation calé en spectre large entre George R.R. Martin, Jesus Christ Superstar et l’imagination d’un Arjen Lucassen (Ayreon), si d’aventure, la tentation d’un opéra rock-métal vous a déjà effleuré, alors ce mastodonte devra faire l’objet de toute votre attention.

Avec les orchestrations rutilantes de David Campbell (on pense évidemment au travail de Bob Ezrin sur The Wall) et le mixage signé Richard Chycki, les cinq virtuoses s’en donnent à cœur joie et placent, de fait, James LaBrie au centre des débats. En interprétant neuf personnages, chacun dans leur style, le vocaliste se fait caméléon, à la lisière de la schizophrénie. Le résultat est séduisant, mais pas totalement convaincant. La multiplicité ne peut en effet se réduire à un seul vocaliste, aussi doué soit-il tant le facteur d’interprétation joue ici son rôle pluriel. Entouré de soli extravagants et du grand cirque habituel (John Petrucci, John Myung, Jordan Rudess et Michael Mangini tous en forme), l’album ne cesse de tressauter et passe de la ballade au rugueux, du rock lyrique aux poussées de fièvre. Le résultat est carré, calé, calibré… trop, peut-être. Assez peu surprenant, sans doute.

Car à jouer ses gammes habituelles, Dream Theater ne se réinvente jamais vraiment (les influences de Rush et Pink Floyd sont là comme sur « Brother Can You Hear Me » ou « Heaven’s Cove »), malgré l’arrivée de quelques instruments inhabituels (violon notamment) et d’effets cinégéniques. Si le groupe déploie avec une gourmandise sans faille son savoir faire et défaire, il enquille aussi bien les réussites efficaces (« Our New World », « Moment of Betrayal »), les morceaux de bravoure (« A New Begining », « Dystopian Overture ») que les titres convenus (« The Answer », « When Your Time Has Come », « Act of Faythe », « Hymn of a Thousand Voice », « Begin Again », « Losing Faythe »). En équilibriste fortiche de ses forces comme de ses faiblesses, The Astonishing s’avère un album circonflexe, puissant, solide et mastoc, auquel il manque le piment qui faisait la sève brûlante et définitive de Scenes From A Memory (1999). La faute à des compositions globalement moins fascinantes, à une cohérence d’ensemble fissurée par un sentiment de trop plein qui demande à être vu, et entendu, sur scène. Le groupe prévoit d’ailleurs une transposition spectaculaire, pleine de bruit et de fureur avec un décorum au niveau. C’est bien là que The Astonishing devra être apprécié pour ce qu’il est. Ou pas.

DREAM THEATER – THE ASTONISHING

DreamTheater - The Astonishing (2016)

Titre : The Astonishing
Artiste : Dream Theater

Date de sortie : 2016
Pays : États-Unis
Durée : 130’23
Label : Roadrunner Records

Setlist

ACT I
1. Descent of the NOMACS
2. Dystopian Overture
3. The Gift of Music
4. The Answer
5. A Better Life
6. Lord Nafaryus
7. A Savior in the Square
8. When Your Time Has Come
9. Act of Faythe
10. Three Days
11. The Hovering Sojourn
12. Brother, Can You Hear Me?
13. A Life Left Behind
14. Ravenskill
15. Chosen
16. A Tempting Offer
17. Digital Discord
18. The X Aspect
19. A New Beginning
20. The Road to Revolution

ACT II
1. 2285 Entr’acte
2. Moment of Betrayal
3. Heaven’s Cove
4. Begin Again
5. The Path That Divides
6. Machine Chatter
7. The Walking Shadow
8. My Last Farewell
9. Losing Faythe
10. Whispers on the Wind
11. Hymn of a Thousand Voices
12. Our New World
13. Power Down
14. Astonishing

Line-up

– James LaBrie / vocals
– Jordan Rudess / keyboards
– John Petrucci / guitars, backing vocals
– Michael Mangini / drums
– John Myung / bass

Additional musicians:
– Eric Rigler / bagpipes (18)
– City of Prague Philharmonic Orchestra

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?