Dream Theater - Dream Theater
3.5Note Finale

Après 25 ans de bons et loyaux services (et non de longs et boyaux sévices), il était de circonstance de considérer Dream Theater comme les vétérans officiels d’un genre (le métal progressif pour ceux qui ne suivraient pas) qu’ils ont, non pas inventé, mais promu au rang d’indéfectible renaissance (Images and Words – 1992), à tel point que le groupe contribua fortement à relancer le « prog », rien que ça, avec un paquet de suiveurs plus ou moins talentueux dans son sillage. Ceci posé, l’histoire assez linéaire des américains en avait pris un coup dans la trogne lorsque Mike Portnoy, batteur et membre fondateur supposé indéboulonnable, quitta le navire il y a trois ans, avec pertes et fracas, sans trop que l’on comprenne le pourquoi du comment. L’arrivée, à grand renfort de publicité, de Mike Mangini pour le bien nommé A Dramatic Turn of Events (2011) n’avait pas permi de transformer l’essai au-delà d’un album auto-proclamé de transition. Mais comme disait l’Ecclésiaste, la suite des événements avait quand même de quoi nous exciter le poil. Et pas qu’un peu. Bref, nous revoici en 2013 avec ce douzième opus tant attendu. Entre un artwork hésitant, un premier single rentre-dedans (« The Enemy Inside ») avec son clip graisseux à souhait, et une campagne markteting programmatique surdimensionnée, l’aiguille du pilote automatique frôlait le rouge dépressif. La réinvention annoncée par son titre subtilement éponyme et plein de belles promesses allait-il être le fiasco tel que les critiques-cassandres aiment les raturer périodiquement ?

Entre deux eaux. En évitant soigneusement tout changement de cap un tant soit peu aventureux, le groupe, fort d’un savoir faire incontestable, s’épargne la déconfiture sans additif. Sans addicttif non plus. Bon plan. Plus proche de Falling Into InfinitySurrender the Reason ») et de l’esprit (uniquement) de Scenes From A Memory The Bigger Picture », « The Looking Glass »), on devine que nos amis ont joué placé : la brutalité technique, les chemins de traverse blindés de chausse-trapes et autres fausses pistes (« False Awakening » en mode métal gothique), le labyrinthe sonique proposé déroule une virtuosité à toute épreuve… sans jamais surprendre. Et c’est tout le problème de l’équation Dream Theater. OK, John Petrucci s’offre un premier rôle de choix (une fois de plus) à grands coup de riffs carnassiers, de soli à grande vitesse, de maîtrise impressionnante dand le détaché qui tache à la croche bien accrochée (l’instrumentale « Enigma Machine », hargneuse à souhait). OK, ses comparses ne sont pas en reste même si l’on sera bien ennuyé de vouloir repérer la moindre influence de Mangini dans les compositions. OK, l’énervant, l’agaçant, le vociférant (rayez la mention inutile) James LaBrie semble avoir un poil levé le pied de sa gorge déployée. Mais alors, que demander de plus ? Un soupçon d’originalité, de créativité, d’étonnement, bon sang ! Nous ne sommes pas en face d’un groupe pour club du troisième âge avec les potards malencontreusement coincés à onze. Pourtant, si nos amis peuvent aisément s’affaler dans leurs capacités au-dessus de tout soupçon, le menu n’évite pas le réchauffé. Et en passer par des titres aussi transparents que « The Bigger Picture », « Behind the Veil » ou « Along for the Ride » n’arrange rien à l’affaire. Évidemment, il y a « Illumination Theory » avec ses 22 minutes protéiformes dont certaines symphoniques (bonjour Octavarium), voire très atmosphériques : le grand opus de l’album qui pose à lui seul les hypothèses d’un sur place séduisant en manque de solutions bandantes.

Porté par une production ultra lisse qui laisse vrombir les instruments, Dream Theater est un album qui en d’autres temps aurait pu prétendre à devenir un très bon exemple de métal progressif dopé à la nitroglycérine. Aujourd’hui, il alterne une musique faite de bâtons de dynamite instables, prêts à sauter n’importe quand, avec des séquences efficaces mais trop prévisibles pour souffler la concurrence. Pas désagréable, avec de très belles choses éparpillées, il aura surtout eu le mérite de retarder l’enterrement de luxe que nombre de visionnaires lui avait promis. Invitations à l’appui. C’est déjà pas mal…

DREAM THEATER – DREAM THEATER

Dream Theater - Dream Theater (2013)

Titre : Dream Theater
Artiste : Dream Theater

Date de sortie : 2013
Pays : États-Unis
Durée : 68’01
Label : Roadrunner Records

Setlist

1. False Awakening Suite (2:42)
– I. Sleep Paralysis
– II. Night Terrors
– III. Lucid Dream
2. The Enemy Inside (6:17)
3. The Looking Glass (4:53)
4. Enigma Machine (6:01)
5. The Bigger Picture (7:40)
6. Behind the Veil (6:52)
7. Surrender to Reason (6:34)
8. Along for the Ride (4:45)
9. Illumination Theory (22:17)
– I. Paradoxe de la Lumière Noire
– II. Live, Die, Kill
– III. The Embracing Circle
– IV. The Pursuit of Truth
– V. Surrender, Trust & Passion

Line-up

– James LaBrie / vocals
– John Petrucci / guitars
– Jordan Rudess / keyboards, Continuum, iPad, electronics
– John Myung / bass, Chapman stick
– Mike Mangini / drums

String Ensemble:
– Misha Gutenberg / violin I (concert master)
– Larisa Vollis / violin I
– Yelena Khaimova / violin II
– Yevgeniy Mansurov / violin II
– Aleksandr Anisimov / viola
– Noah Vallace / viola
– Anastasia Golenisheva / cello
– Valeriya Sholokhova / cello
– Len Sluetsky / contrabass

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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