Dernier Train pour Busan
4.0TOP 2016

Avec un budget ridicule comparé au pittoresque World War Z (Marc Forster, 2013), Dernier Train pour Busan prouve qu’être avant tout malin et bourré de talent suffit à transformer un énième projet à zombies en goguette en film d’action haut de gamme, le tout mâtiné d’une couche de critique politique plutôt digeste. Cette belle réussite est due au sud-coréen Sang-Ho Yeon dont on peut avouer sans honte qu’il était relativement inconnu au bataillon. A moins de quarante ans, ce dernier a fait ses armes dans le domaine de l’animation avec trois réalisations au compteur dont Seoul Station (2016) qui développait une histoire se déroulant précisément la veille de l’intrigue du Dernier Train pour Busan. Notre ami a donc de la (bonne) suite dans les idées ! Le scénario de son premier film en mode « réel » réussit même le pari du spectaculaire tout en restant la plupart du temps confiné dans des lieux clos. Un principe typique de la série B mais qui joue avec un rare sens de l’espace (la gare, le train, la ville, la campagne désertée).

Alors oui, le récit empile les archétypes (le taciturne, le salaud, le romantique, la femme enceinte etc.) mais n’oublie pas d’être subtile ! Le mélo basé sur la rédemption du héros fonctionne (mention à Gong Yoo et à la petite Kim Soo-an) et si une catastrophe écologique est à l’origine de la « zombifification » de la population, les mauvaises actions d’investisseurs peu scrupuleux sont également pointées du doigt. Pan ! Bloqués dans un train, un jeune financier, sa fille et une poignée de survivants vont alors tenter de rejoindre la ville de Busan visiblement épargnée. Le récit roule sur les rails d’une narration directe, sans artifices ni raccourcis inutiles. L’efficacité avant tout. À fond les turbines.

Sur la forme, le spectateur pensera évidemment à un mélange de WWZ et Snowpiercer (de son compatriote Joon-ho Bong). Peu enclin à la galéjade, ultra-efficace, le film relève le défi quasi-impossible aujourd’hui de proposer du « zombie » sans tomber dans l’ultra violence, le gore inutile ou la débilité profonde du propos au profit de la pure forme. Sang-Ho Yeon parvient même à innover avec enchevêtrements de corps, ses agressions contre le plexiglas ou ses postulats intéressants (les zombies ne peuvent ouvrir les portes, ni se diriger dans l’obscurité). En faisant se succéder les morceaux de bravoure, l’inventivité joue à plein. Les codes du genre sont égrainés dans des variations tumultueuses où la tension est palpable : en témoigne, la remontée des wagons, au milieu de personnes infectées… un modèle de suspense et de mise en scène !

Présenté en séance de minuit à Cannes, le film possédait toutes les qualités requises pour intégrer la compétition officielle mais son estampille « film de genre » sera une fois encore difficile à porter. Toujours est-il que Dernier Train à Busan s’avère un grand film d’action et l’un des films de zombies qui a le plus de mordant.

DERNIER TRAIN POUR BUSAN de SANG-HO YEON

Dernier Train pour Busan (2016) - Affiche

Titre : Dernier Train pour Busan
Titre original : 부산행

Réalisé par : Sang-Ho Yeon
Avec : Gong Yoo, Jeong Yu-mi, Ma Dong-seok…

Année de sortie : 2016
Durée : 118 minutes

Scénario : Sang-Ho Yeon
Montage :  Yang Jin-mo
Image : Lee Hyung-deok
Musique : Jang Yeong-gyoo
Décors : Lee Mok-won

Nationalité : Corée du Sud
Genre : Horreur / Fantastique
Format : Couleur

Synopsis : Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?