Coshish - Firdous
4.0Note Finale

La première fois que j’ai entendu parler de Coshish, sachant qu’ils étaient à la fois originaires de Mumbai ( Bombay ), qu’ils chantaient en Hindi et qu’ils étaient signés par la major Universal, je m’attendais à écouter une pop sirupeuse sucrée matinée d’ambiance Bollywood… Du Barbara Cartland couleur safran quoi.

Erreur grave.

Cet album est génial et il serait vraiment dommage de passer à côté. D’abord parce que c’est une porte d’entrée vers une scène rock, plus ou moins progressive, mais intéressante à découvrir (jetez donc une oreille à Paradigm Shift, un autre groupe de Bombay…), ensuite pour les qualités intrinsèques du groupe et de l’album.

Coshish existe depuis 2006 et s’est stabilisé en 2008 sur la formation actuelle composée de Mangesh Gandhi (Lead Vocals/Guitars), Shrikant Sreenivasan (Guitars), Anish Nair (Bass), Hamza Kazi (Drums). Avoir écumé la scène locale de nombreuses années avant la sortie de leur premier album a permis à Coshish de se roder, tant dans les compos que dans l’interprétation qui sont de très haut niveau. Le son de Coshish pourrait être défini comme un métal-progressif assez soft, flirtant parfois avec le rock alternatif, avec des influences allant de Porcupine Tree (période Deadwind pour les alternances d’arpèges délicats et de riffs métalliques) à Tool en passant par Haken ou Pendragon.

La sortie de Firdous a été pour le groupe l’occasion d’être exposé, mondialement, avec des nominations dans les Awards de Prog Magazine ou Rolling Stone (vainqueur catégorie meilleur batteur ). L’album est un album concept à tiroir que le groupe a eu la gentillesse de nous expliquer, le chant Hindi ne facilitant pas la compréhension par nos oreilles européennes. La musique et les illustrations du disque sont intimement liées, et forment plusieurs puzzles, ce qui est assez génial comme idée, car cela incite vraiment à acquérir le CD et non à se contenter d’une version téléchargée (légalement bien sûr ).

L’intérieur de la pochette montre des photos d’un jeune homme trouvant un coffre rempli de photos dans une maison abandonnée. Ces photos racontent l’histoire d’un homme qui vivait dans cette maison, cette histoire est racontée en musique par les morceaux ainsi que les samples de transitions. Les photos sont fournies avec le disque et remplacent le traditionnel livret, avec les paroles de chaque chanson inscrites au dos d’une image. Pour le dernier morceau, « Mukti », splendide instrumental, le texte des paroles est remplacé par l’expression ‘Follow the dates ‘. On s’aperçoit alors que les photos sont datées, et qu’en les replaçant en ordre chronologique, l’ordre des morceaux change par rapport à l’ordre du CD et forme une longue suite épique d’une heure ou tout s’emboite parfaitement. C’est purement génial comme idée.

L’histoire principale racontée par le disque est celle d’un homme d’un village rêvant d’élever sa condition et de partir à la ville. Une diseuse de bonne aventure lui annonce alors qu’il est destiné à faire de grandes choses. Alors qu’il part et prend son destin en main sa famille est tuée dans des émeutes, tout s’écroule et le personnage sombre en dépression. Après quelques mois, il finit par oublier son passé en part, trouve un emploi et s’enrichi. Alors qu’il pense avoir réalisé son rêve, il se rend compte que tout n’est qu’illusion et que la richesse matérielle n’est pas la vraie richesse contrairement à la richesse spirituelle. Rassemblant son courage il abandonne ses biens et atteint ainsi le salut. Toute cette histoire est illustrée par l’iconographie de la pochette extérieure, fruit d’un travail collaboratif entre le groupe et les illustrateurs français Bernard Dumaine et Néerlandais Daeve Fellows.

Bon, et la musique dans tout ça ?

« Firdous » (Paradise) – L’ambiance se veut optimiste, le morceau démarre avec des arpèges délicats de guitar avant de monter en puissance et d’introduire l’arrivée du chant. Première prise de contact avec le chant en Hindi et première bonne surprise, la langue est très agréable, très musicale et colle superbement aux mélodies. La rythmique basse / batterie est efficace et porte très agréablement les guitares. On est dans une structure de morceau pop/prog (un peu ce que Marillion a fait avec « No One Can »), alternant couplet / refrain avec un break de basse intéressant en milieu de morceau. C’est la partie de l’histoire ou le jeune homme rencontre la diseuse de bonne aventure et pense à son avenir

« Raastey » (Routes/Roads) – On monte d’un cran dans l’énergie avec des riffs d’intro pouvant faire penser à Haken avant de retomber dans un chant assez doux posé sur des arpèges de guitare ( le gratteux abuse parfois du flanger  ) et toujours cette rythmique en béton… Morceau plus métal que le précédent avec un beau solo de guitare. L’ambiance ici se veut philosophique et introspective, les routes à choisir sont les différents chemins qu’une personne peut prendre pour accomplir sa destinée.

« Rehne Do » (Let us be) – Intro guitare sèche / basse pour un morceau mélancolique, tout en arpèges qui illustre la perte de la famille et la tristesse. Certainement le morceau le plus ‘pop’ du disque.

« Hum Hai Yahin » (I’m still here) – Continuité du précédent avec un rythme nettement plus syncopé qui va exploser en riffs rageurs au bout de 2 minutes, c’est le moment où le personnage en dépression pleure ses proches. Morceau survolé par les solos de lead guitare, tantôts brutaux, tantôts délicats pour illustrer l’état d’esprit du personnage (tristesse et rage).

« Bhula Do Unhey » (Try to forget them) – La première moitié du morceau est assez planante avec l’apport de cordes sur lesquelles se posent les arpèges de guitare, avant à 2 mn de la fin de break complètement de rythme encore sur un changement basse / batterie et de partir dans un solo de guitare époustouflant : le personnage oublie son passé et tente de réaliser son rêve : il part pour la ville.

« Coshish » (Attempt) – Morceau énergique sur une base pop/rock illustrant le regard positif que le personnage porte sur sa nouvelle vie avec encore une fois de belles alternance de guitares en arpèges et de riffs entrecoupés de soli…

« Woh Kho Gaye » (He is lost) – Morceau assez progressif, par sa construction sorte de millefeuille de guitares, et par son ambiance résolument pessimiste. On quitte la construction couplet/refrain des morceaux précedents pour un morceau plus déstructuré illustrant la désillusion du personnage qui s’est perdu dans sa nouvelle vie.

« Behti Boondein » (Flowing droplets) – Morceau le plus sombre et progressif assez spirituel, avec pour une des premières fois de l’album des sonorités indienne dans la construction des mélodies, la guitare se fait sitar et sonne ‘hindoue’. Le personnage explore son âme pour trouver sa porte de salut.

« Maya » (Illusion) – Le morceau démarre avec une intro de guitare et un chant quasi incantatoire qui semble illustrer l’ouverture vers une nouvelle vie. Après un gros break très métal les guitares se font aériennes pour et planantes avant un final de nouveau très métallique. La construction du morceau est semblable à ce que faisait Porcupine Tree il y a quelques années. Le personnage se rend compte que le monde n’est qu’illusion et abandonne ses biens et ce qui le relie à la terre pour aller vers le salut.

« Mukti » (Salvation) – Unique morceau complètement instrumental de l’album et certainement le plus réussi. Le personnage atteint enfin le salut et trouve le Paradis (Firdous). Ce final est majestueux avec des montées par paliers (passages planants / passages métal) vers le Nirvana .

Les morceaux ont été chroniqués dans l’ordre de l’histoire et non dans l’ordre du disque. Alternant les ambiances entre musique intimiste et métal progressif, Firdous est un (premier) album très réussi qui a su intégrer les influences des groupes occidentaux avec le chant Hindi et (un peu) d’influences orientales. Les sections rythmiques et mélodiques se complètement de manières idéales, l’album est pour moi survolé par un excellent lead guitariste et un batteur hors pair, très inventif. Passé l’appréhension du chant en hindi et après assimilation du concept, j’ai pris un plaisir immense à déflorer cet album et à creuser chaque détail, tant de la musique que de l’iconographie.

Finalement le seul défaut de cet album peut être la difficulté à se le procurer. Mais il en vaut franchement la peine, et avec le change de la roupie nous revient à un prix vraiment dérisoire. Faite vous plaisir, commandez-le.

Cet article est également paru dans le n° 91 de Koid9 magazine.

COSHISH – FIRDOUS

Coshish - Firdous (2013)

Titre : Firdous
Artiste : Coshish

Date de sortie : 2013
Pays : Inde
Durée : 57’32
Label : Universal Music Group

Setlist

1. Firdous (6:32)
2. Raastey (4:46)
3. Coshish (5:04)
4. Behti Boondein (5:42)
5. Who Kho Gaye (6:15)
6. Hum Hai Yahin (5:19)
7. Maya (6:18)
8. Rehne Do (4:59)
9. Bhula Do Unhey (4:45)
10. Mukti (7:57)

Line-up

– Mangesh Gandhi/ Lead Vocals/Guitars
– Shrikant Sreenivasan/ Guitars
– Anish Nair / Bass
– Hamza Kazi/ Drums

 

A propos de l'auteur

Articles similaires