Coldplay - Viva La Vida Or Death And All His Friends
4.5TOP 2008

Ils avaient beau être envisagés depuis quelques années comme les enfants (trop) sages de la brit-pop, sorte d’ersatz de Radiohead et The Verve, moins radicaux et plus romantiques, soit carrément mielleux, les Coldplay de Chris Martin défonçaient toujours les ventes pour un avenir bien vert, comme le Dollar, mais que l’on disait paradoxalement chaotique. La rumeur annonçait même la fin du voyage, désarticulé à force de succès dont il fallait forcément suspecter le mauvais goût. Mais sur ce quatrième album, au titre lacanien en diable Viva La Vida or Death and All His Friends, les anglais fonçaient têtes baissées sans douter de rien. Pour passer du statut de pop stars ultra influentes (merci Ian McCulloch) à celui d’indie-rock expérimental et pas franchement rigolard, il fallait au moins des producteurs du calibre de Markus Dravs (Arcade Fire) et de Brian Eno. Ce dernier avait déjà assuré le boulot avec Peter Gabriel, Paul Simon, David Bowie et U2 ; entre ses mains, Coldplay pouvait légitimement revoir ses ambitions à la hausse. Si les précédents albums s’étaient avérés solides, efficaces et en tout point assez remarquables pour en faire des événements marketing, il fallait avouer que l’affaire commençait à sérieusement sentir le faisandé.

Faut-il remercier le hasard d’avoir fait écouter à Chris Martin « Sing (To Me) » de Blur, pour qu’il se décide enfin à se botter les fesses ? Toujours est-il que nos petits gars ont travaillé, qu’ils ont beaucoup écouté (Rammstein, Tinariwen, Jay-Z, Gershwin, Radiohead, Delakota) et pas mal digéré également puisque le résultat est à la fois inspiré, ambitieux, mélancolique et très malin… tout en restant dans les fondations estampillées Coldplay.

Dès l’instrumentale « Life in Technicolor », l’album aborde une ampleur sonique jusque-là effleurée, et Chris Martin adopte dès lors une sensibilité musicale qui façonne la grandeur crépusculaire de chansons comme « Lost! » bardé d’un orgue lancinant, « 42 » dans la tradition ensorcelante du groupe et le somptueux diptyque « Lovers in Japan / Reign of Love » avec ses basses arrondies et ses délicates cascades de piano. Pourtant, les anglais délaissent cette fois ce côté lisse et vernis tant reproché pour tailler dans le diamant brut ; des orchestrations ingénieusement arrangées pour habiller ces nouvelles ficelles épousent la cithare de « Yes » (esprit Beatles en sus), les promesses rock de « Viva La Vida » et les expérimentations volubiles de « Violet Hill » rehaussent un surprenant premier single. Et lorsque s’écoule le vague à l’âme de l’admirable « Death and all His Friends », peut nous venir une de ces réflexions chipoteuses comme on les aime.

À ces tourments emballés de fièvre ne manque-t-il pas un petit grain de folie anxiogène, de la déglingue comme peut le faire le frère ennemi Radiohead ? Peut-être. Et alors ? Même si l’album se vendit mieux encore que la machine de guerre sophistiquée précédente (X&Y, 2005), il ne faut pas se leurrer. L’âge adulte triomphait ici dans nos oreille tant la colossale ambition de la chose touche aux brumes célestes. Comme le dit Chris Martin, dont la voix n’a peut-être jamais été aussi inspirée, « Le Roi est mort, Vive le Roi ». Intense, comme la pochette en forme de révolution en marche. Après ça, les spécialistes pouvaient toujours leur cracher à la gueule et balancer que Viva La Vida n’avait rien du chef-d’œuvre vendu à grand renfort d’annonces fracassantes. Ce serait pourtant une erreur, car bien que la suite de l’histoire ne confirmera pas cet aparté, loin s’en faut, Viva La Vida Or Death And All His Friends, d’une grande maturité et éclairé de nouveaux reflets, surfe bien au-dessus du lot.

COLDPLAY – VIVA LA VIDA OR DEATH AND ALL HIS FRIENDS

Coldplay - Viva La Vida or Death and All His Friends (2008)

Titre : Viva La Via or Death and all His Friends
Artiste : Coldplay

Date de sortie : 2008
Pays : Angleterre
Durée : –
Label : Kscope

Setlist

1. Life In Technicolor
2. Cemeteries Of London
3. Lost !
4. 42
5. Lovers In Japan/Reign Of Love
6. Yes
7. Viva La Vida
8. Violet Hill
9. Strawberry Swing
10. Death And All His Friends

Line-up

– Chris Martin : chant, piano, guitare
– Guy Berryman : guitare basse
– Jon Buckland : guitare
– Will Champion : batterie

Guest:
– Brian Eno : producteur

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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