Chasseur Blanc, Cœur Noir
3.8Note Finale

Au-delà même des thématiques et du style « classique » de John Huston, l’admiration de Clint Eastwood pour son aîné aura toujours été essentielle à son propre cinéma. N’empêche, à l’orée des années 90, Chasseur Blanc, Cœur Noir surprit tout le monde à commencer par la Warner qui, après plusieurs échecs successifs, restaient extrêmement frileuse à l’idée de s’embarquer dans cette histoire. Toujours pragmatique et suivant cette logique qui l’anime depuis ses débuts derrière la caméra, Eastwood accepte alors en contrepartie du financement, le projet de La Relève, un buddy movie policier dans la veine de L’Arme Fatale. Un prêté pour un rendu. A soixante ans et pour son quatorzième long métrage, Eastwood se lançait dans l’aventure à la fois étonnante et risquée d’un biopic un tantinet autobiographique, sur les frasques de John (HustonWilson pendant le tournage du mythique African Queen qui, pour mémoire disputait, Humphrey Bogart et Katharine Hepburn entre la Tanzanie et le Kenya.

 

Wake me up if we crash into the mountain. I wouldn’t want to miss that. (John Wilson)

 

Basé sur le livre éponyme de Peter Viertel (scénariste du film original), le réalisateur compose le portrait d’un artiste qui préfère la vie au spectacle, obsédé par l’idée même de tuer un éléphant. Un homme paradoxal (lui aussi) plus proche de son fusil que de sa caméra. Si l’accent anglais de Clint pourra faire sourire, Chasseur Blanc, Cœur Noir creuse en profondeur l’image du cinéaste comme celui de l’acteur. Le regard qu’il porte sur John Huston disparu trois ans auparavant est traité sous forme d’autoportrait déguisé et sans concession. On navigue alors entre les obsessions de l’homme, de l’artiste, ses positions tranchées (la scène du dîner) et son intransigeance. L’issue, tragique, de la chasse avortée sonnera même comme le symbole d’une folie, d’une volonté démiurge sur la création, tout en le dévoilant un peu plus dans la pénombre d’une morale ambigüe. Présenté à Cannes, ce film alors atypique dans l’œuvre d’Eastwood repartira évidement bredouille tant il ne répond jamais aux critères implicites d’un film à prix, mais il permettra au cinéaste d’éclairer un peu plus son parcours.

ENGLISH VERSION

WHITE HUNTER, BLACK HEART

In addition to John Huston‘s “classic” themes and style, Clint Eastwood‘s admiration for his elder has always been essential to his own cinema. Nevertheless, at the beginning of the 90s, White hunter, Black Heart surprised everyone, starting with Warner, who, after several successive failures, remained extremely cautious about the idea of embarking on this story. Always pragmatic and following the logic that has driven him since his beginnings behind the camera, Eastwood then accepted in return for funding, the project of The Rookie, a buddy movie in the vein of Lethal Weapon. At the age of sixty and for his fourteenth feature film, Eastwood embarked on the astonishing and risky adventure of a slightly autobiographical biopic, about the mischief of John (Huston) Wilson during the shooting of the mythical African Queen, who, for the record, was arguing with Humphrey Bogart and Katharine Hepburn between Tanzania and Kenya.

 

Wake me up if we crash into the mountain. I wouldn’t want to miss that. (John Wilson)

 

Based on the eponymous book by Peter Viertel (screenwriter of the original film), the director composes the portrait of an artist who prefers life to entertainment, obsessed with the very idea of killing an elephant. A paradoxical man closer to his rifle than to his camera. If Clint‘s English accent can make you smile, White hunter, Black Heart digs deep into the image of both the filmmaker and the actor. His view of John Huston, who disappeared three years earlier, is treated as a disguised and uncompromising self-portrait. We then navigate between the obsessions of the man, the artist, his entrenched positions and his intransigence. The tragic outcome of the aborted hunt even sounds like the symbol of madness, of a demiurge will on creation, while revealing it a little more in the darkness of an ambiguous morality. Presented at Cannes Film Festival, this film, then atypical in Eastwood‘s work, will of course leave empty-handed as it never meets the implicit criteria of a film with a price tag, but it will allow the filmmaker to shed a little more light on his career.

Chasseur Blanc Coeur Noir - Clint Eastwood (1990)

Titre : Chasseur Blanc, Cœur Noir
Titre original : White Hunter, Black Heart

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Clint Eastwood, Jeff Fahey, Marisa Berenson…

Année de sortie : 1990
Durée : 112 minutes

Scénario : Peter Viertel, James Bridges, Burt Kennedy
Montage: Joel Cox
Image : Jack N. Green
Musique : Lennie Niehaus, chanson Satin Doll de Duke Ellington

Nationalité : États-Unis
Genre : Drame

Synopsis : Un réalisateur de films intransigeant, John Wilson, s’apprête à tourner une superproduction en Afrique. Il est peu à peu captive par un autre projet: celui de partir à la chasse à l’éléphant. En 1951 Peter Viertel, romancier, accompagne John Huston en Afrique sur le tournage d'”African Queen”. Il en tire un ouvrage “Chasseur blanc, coeur noir” qui, declare-t-il, “ne traite pas d'”African Queen”. C’est le portrait d’un réalisateur en proie à une obsession envahissante qui, pour lui, passe avant tout. Une obsession dont le prix sera exorbitant.”...

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