Bruce Springsteen - Western Stars
4.3TOP 2019

D’aucuns pensent que Bruce Springsteen serait désormais has-been. Qu’à presque 70 balais et dix neuf albums au compteur, le Boss n’a plus grand-chose à dire, à chanter ou à faire entendre. Soit; C’est pourtant mal connaître le lien tissé par le chanteur avec l’Amérique… pas celle des golden boys mais l’Amérique des laissés pour compte, des oubliés, sur le bord de la route. Celle qu’on ne chante qu’à voix basse. Celle qu’on oublie. Absent depuis cinq ans des studios (et l’album High Hopes) et plus encore si l’on veut bien chercher une setlist totalement nouvelle (Devils and Dust en 2005), préférant essuyer la poussière des planches de concerts géants ou la délicatesse d’un théâtre de Broadway pour revenir en storyteller génial sur son parcours, Springsteen lance donc Western Stars avec l’idée de se renouveler en zieutant du côté de Georges Jones, Glen Campbell ou Burt Bacharach, à savoir un folk country mâtiné de cordes et d’orchestrations huilées façon Nashville.

Le décorum est classique : autoroutes perdues, parkings, villes abandonnées, quelques motels et des vies brisées, un peu de romantisme désabusé, nous retrouvons les portraits à la fois précis et brise-cœur qui firent les réussites des sommets Nebraska (1982) et The Ghost of Tom Joad (1995), tel ce cascadeur qui échange contre un verre quelques souvenir d’avoir « été flingué par John Wayne » (« Drive Fast (The Stuntman) »). Et si l’album n’atteint pas tout à fait les cimes de ses illustres prédécesseurs, il n’en demeure pas moins une pièce essentielle à la mythologie Springsteen.

On the set, the makeup girl brings me two raw eggs and a shot of gin / And I give it all up for that little blue pill that promises to bring it all back to you again

Les orchestrations, justement, se font parfois trop emphatiques pour toucher au cœur (« The Wayfarer » et son clin d’œil « It’s the same old cliche, wanderer on his way, slipping from town to town ») mais les passages les plus acoustiques, où Springsteen semble ne chanter que pour nous, font céder les digues et laisse l’auditeur à la merci d’un conteur hors norme (« Hitch Hikin’ », « Western Stars », « Chasin’ Wild Horses », « Somewhere North of Nashville »). Pedal Steel plaintive, banjo léger, l’accompagnement suit un chanteur qui n’hésite pas à transfigurer sa voix en montant dans des aiguës en falsetto (« There Goes My Miracle ») avec cette volonté de chercher quelque chose de neuf, de ne pas rester sur une simple démonstration de classicisme (« Tucson Train »). Bruce Springsteen avance sans jamais s’auto-parodier, ni s’apitoyer sur lui-même.

I wake up in the morning, just glad my boots are on / Instead of empty in the whispering grasses down the 5 at Forest Lawn

Principalement écrit avant Wrecking Ball (2012), cette série de chansons pleins d’amertume et de regrets, de solitaires aux âmes perdues d’Arizona, du Montana ou de Los Angeles, est une lettre d’amour de Springsteen au son californien. Un hommage à la musique de sa jeunesse. Mais si Western Stars s’avère son album le plus détendu depuis la collection de reprises de Pete Seger sur We Shall Overcome (2006), la tristesse poussiéreuse ne cède que rarement au plus léger (« Sleepy Joe’s Cafe ») et n’efface jamais le poignant et l’indicible. En témoignent les magnifiques « Hello Sunshine » et « Moonlight Hotel » qui concluent un album de pur storyteller, porté par la route, le voyage et les rencontres.

BRUCE SPRINGSTEEN – WESTERN STARS

Bruce Springsteen - Western Stars (2019)

Titre : Western Stars
Artiste : Bruce Springsteen

Date de sortie : 2019
Pays : États-Unis
Durée : 50’50
Label : Columbia

Setlist

Hitch Hikin’

The Wayfarer
Tucson Train
Western Stars
Sleepy Joe’s Café
Drive Fast (The Stuntman)
Chasin’ Wild Horses
Sundown
Somewhere North of Nashville
Stones
There Goes My Miracle
Hello Sunshine
Moonlight Motel

Line-up

– Bruce Springsteen / vocals, guitars

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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