Bonté divine
3.5Note Finale

Je suis de mauvaise humeur. Début janvier 2015, tout le monde se prétendait “Charlie”. Trois mois plus tard, le film Bonté divine du croate Vinko Bresan sort dans l’indifférence générale, voire pire, dans le mépris et la condescendance.

Quel rapport, me direz-vous ?

Bonté divine, comédie sociale au goût aigre-doux et burlesque, entre paillardise débonnaire et satire, repose sur une très bonne idée digne des meilleures farces : Sur une petite île de l’archipel croate, un jeune prêtre très peu charismatique vient remplacer un vieux père bonasse et bien-aimé, mais fort peu efficace à remettre ses ouailles dans le droit chemin, celui du mariage et de la procréation. Les habitants, se plaisant à batifoler dans la frivolité de l’air du temps, abusent de relations sexuelles protégées, la natalité diminue, et s’enregistrent davantage de décès que de naissances.

Le jeune prêtre s’en effraie, et va bientôt trouver La solution. Il s’allie à un vendeur de capotes cul-béni frustré de la stérilité de son couple, et à un pharmacien ultranationaliste rêvant de voir son île repeuplée de croates de souche, pour mener à bien sa propre conception du planning familial: en perçant tous les préservatifs vendus sur leur île, et en substituant un placebo aux pilules contraceptives, les 3 compères vont relancer vivement la natalité.

Une telle charge anticléricale et antinationaliste ne pouvait que séduire Charlie Hebdo qui se lança dans un partenariat pour la sortie du film. C’était une initiative de Charb, cela se passait avant l’horrible attentat, avant la flambée des éphémères Charlie, et avant leur retombée tel un soufflé raté.

Aujourd’hui, ce film dérange une France poltronne bien plus occupée à ne pas heurter la susceptibilité des autorités religieuses (catholiques pour la circonstance) qu’à respecter les principes de la laïcité. La polémique déclenchée par les affiches du film qui ont dû être répétitivement édulcorées pour avoir droit de cité dans les panneaux publicitaires en atteste. Quant aux critiques des “grands” journaux ils semblent se pincer le nez devant un film jugé “trop burlesque… ” pour les uns, “trop poli” pour les autres… quand ils n’oublient pas tout simplement d’en parler !

Quelles exigences pour un film qui, certes, n’est pas le chef d’œuvre de l’année, mais en vaut bien d’autres qui furent encensés.
Alors certes, le scénario est assez confus, le film part un peu dans tous les sens et peut dérouter par ses ruptures de ton, parfois très loufoque, parfois théâtral ; un ton assez proche de celui des savoureuses comédies italiennes des 70’s qui allie si bien comique et dramatique, mais avec moins de vachardise. Le film fustige avec humour les paradoxes de la société croate qui nous font très fort penser aux nôtres. La religion est au centre des débats humains, sociologiques et politiques, exactement comme on peut l’observer aujourd’hui chez nous, mais avec davantage d’humour et de truculence, et ça détend !

Hélas, 1000 fois hélas ! et ce n’est pas une découverte, la bêtise, l’obscurantisme, la malfaisance ont assurément de belles années devant eux, puisqu’un film qui en rit n’amuse que si peu de monde ici-bas.

Bonté divine de Vinko Bresan

Bonté Divine (2014)

Titre : Bonté divine
Titre original : Svecenikova djeca

Réalisé par : Vinko Besan
Avec : Kresimir Mikic, Niksa Butijer, Drazen Kühn

Année de sortie : 2015
Durée : 93 minutes

Nationalité : Croate
 Synopsis : Le jeune prête Fabijan arrive dans une petite île croate pour reprendre les rênes de la paroisse. Préoccupé par le taux de natalité médiocre, il met en oeuvre un plan pour inverser la tendance : en complicité avec le vendeur du kiosque local, Petar, très religieux, il se met à percer tous les préservatifs vendus par ce dernier. A ce plan s’associe le pharmacien Marin, qui remplace les pilules contraceptives par des vitamines. 
Très vite, mariages et naissances se multiplient, un phénomène qui amène vite sur l’île une foule de visiteurs étrangers qui n’arrivent pas à concevoir… 

 

A propos de l'auteur

Raelle2014

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !

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