Bande de filles
4.0Note Finale

Céline Sciamma (Naissance des pieuvres – 2007 ; Tomboy – 2011) sait admirablement nous parler de personnages qui se cherchent, particulièrement des adolescentes, ainsi que de la dynamique des groupes.

Nous retrouvons ces 2 préoccupations dans son dernier film, roman d’apprentissage de jeune fille, qui n’est pas sans évoquer certaines œuvres de la néo-zélandaise Jane Campion. Marieme est une jeune-fille-noire- vivant-dans-une-cité. Inutile de faire un dessin : elle est broyée par les interdits, les contraintes familiales, la violence des mâles, les lois de la cité, et celles de la société française.

Un trio de filles-sexy-en-apparence-libres , va attirer Marieme, l’apprivoiser, se l’attacher, puis, après l’avoir rebaptisée Vic, comme « Victoire », l’intégrer au groupe. En quoi consiste l’émancipation féminine dans les cités ? Lady, Vic, Adiatou et Fily vont, en fait, calquer tout bonnement le modèle « groupe-de-mecs » en adoptant des comportements virils. Et l’expression la plus personnelle et ostensible de leur transgression consistera à s’affubler des attributs d’une hyperféminité contrastante et provocante.

Elles sont tour à tour drôles, agaçantes, belles, insupportables, touchantes, choquantes, surprenantes, pitoyables, ordinaires, formidables, émouvantes, ces filles.
A leur contact, Vic se transforme, se libère, dans le partage d’extraordinaires moments fusionnels, et d’explosion de joyeuse complicité (formidable scène de l’hôtel où les filles s’éclatent en dansant sur la chanson de Rihanna, « Diamonds »), mais d’épisodes de sauvage violence aussi.

La vie en bande n’a cependant qu’un temps, elle est par essence éphémère ; elle commence toujours à se déliter au moment précis où la complicité, portée à son comble, deviendrait confortable. Le titre du film est à ce sujet trompeur, car le propos du film dépasse ce temps magique de la vie en communauté pour laisser place à l’épanouissement de l’individu.

En effet, si le parcours initiatique de Vic consiste à passer du groupe familial tyrannique au groupe libérateur des copines, c’est pour en sortir aussi, et retrouver finalement sa solitude, remplie cette fois, d’une volonté affermie, potentiel d’autonomisation totale éventuelle. Le film ne bascule dans aucun des écueils qui le guettaient, ni le bien-pensantisme conforme, ni le misérabilisme social ; la question religieuse est, quant à elle, soigneusement évitée. La fin du film reste ouverte. Qu’adviendra-t-il de Vic ? Quelle sera sa voie, hors de la famille, hors du clan ? Personnellement, j’ai eu le sentiment de la quitter en très mauvaise posture. Mais d’autres seront sans doute plus optimistes.

Céline Sciamma a désormais accompli une véritable et passionnante trilogie sur l’adolescence, la complexe recherche de soi à cet âge, de sa sexualité, et de sa route.

DESCRIPTION

Bande de filles - Céline Sciamma (2014)

Titre : Bande de Filles

Réalisé par : Céline Sciamma
Avec : Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh, Mariétou Touré…

Année de sortie : 2014
Durée : 112 minutes

Scénario : Céline Sciamma
Image : Crystel Fournier
Musique : Para One

Nationalité : France
Format : Couleur

Synopsis : Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.

 

A propos de l'auteur

Raelle

Amarokienne depuis 2004 ! Passionnée de cinéma depuis la nuit des temps, j’ai usé mes premiers blue- jeans sur les fauteuils des cinémas du Quartier Latin, et n’ai jamais renoncé à cette addiction. Le rock progressif est entré plus tardivement dans ma vie, mais sous la forme violente d’un coup de foudre pour Genesis/Peter Gabriel chantant les délires de Rael, Il faut dire que professionnellement les délires, m’intéressent beaucoup. So !