Mike Oldfield - Light + Shade
3.0Note Finale

Tout le monde y croyait. C’était plutôt bien barré d’ailleurs, et puis… et puis… et puis patatra ! Saleté de virage ! Les pieds, les mains et tout le reste calés sur le frein, l’accident bête – déballonage en règle et retour à l’expéditeur gratuit. Les moins indulgents souriaient déjà, convaincus d’une fin programmée depuis dix ans d’inertie. En face, les fans firent profil bas. Un rictus douloureux devant la Bérézina annoncée fièrement par un Mike Oldfield visiblement à l’ouest. Et là-bas, rien de nouveau. Notre ami n’habitait plus à l’adresse indiquée.

Flash-back. En 2003, le guitariste s’était retapé une petite cuillère de névrose tubulaire en enregistrant une version rutilante de son œuvre séminale Tubular Bells qui avait fait le bonheur du portefeuille encore vierge de sir Richard Branson. Par ici la bonne soupe ! L’occasion semblait trop belle. Dépoussiérage artistique réussi, accueil enthousiaste, Mike Oldfield envisageait dans la foulée son avenir musical aligné sur Hergest Ridge et Ommadawn – grandes suites à tiroirs avec de vrais bouts d’instruments à l’intérieur. Bref, un retour aux sources programmé dans les règles de l’art.

Que nenni ! Si le nouvel opus intitulé sobrement Light + Shade ne méritera pas de finir au fond d’un tiroir miteux et branlant, il n’ira pas non plus redorer le blase un poil râpé de son auteur. D’ailleurs, ça commence plutôt bancal : une accroche sibylline scotchée sur le boîtier annonce “du célèbre compositeur de musique moderne“… tout un programme ! Pour fêter ça, Mike Oldfield nous invitait à sa première double dose depuis des lustres et plus exactement Incantations (1977). C’était sa tournée ! Le maestro est ici censé régaler avec un disque ambient (Light) et son versant plus rythmé (Shade). J’en vois déjà qui nous quittent, dépités.

Premier constat : le monstre bicéphale est un amalgame bringuebalant de Songs of Distant Earth (d’où surgit par un heureux hasard la splendeur diaphane « Angelique »), Guitars (« Closer » en reprise de “Plus près de toi” version bluesy sympatoche) et surtout Tr3s Lunas dont il se revendique le rejeton officiel. Forcément. Au delà de cette filiation chill-out, les compositions manquent surtout de peps, de surprises, de nouveautés. Mais faisons table rase du passé, Mike Oldfield ne jouait plus dans la même catégorie. Qu’on se le dise. Perdue dans les méandres de loops pas toujours inspirés, la patte du maître est loin de faire mouche à tous les coups. « Blackbird » ou « Gate » chuintent le coche en costauds et la basse chaloupée de « First Step » ne fait qu’enrichir un univers extrêmement répétitif. Dans ce grand déballage, le duo guitares-claviers se taillent la part du lion, coincés entre un mixage synthétique et le fameux outil Vocaloid simulant les voix comme sur « Our Father » – quelle idée saugrenue, quel étonnant résultat… Le (superbe) piano romantique de « Rocky » (cousin de la partie centrale du géant Amarok) rattrape le tir avant un « Sunset » (exfiltré du projet Maestro) aux variations douces et agréables ; très belle conclusion d’une première partie ni franchement suicidée, ni spécialement fracassante.

Le second disque confirme quant à lui le versant le plus inconstant, le plus facile de notre ami – ses mélodies minimalistes souvent habillées par un jeu de six cordes toujours très reconnaissable (quel son !), travaillent au corps un style Ibiza entamé depuis belle lurette avec Tubular Bells III (« Quicksilver », « Slipstream », « Tears of an Angel » appréciables). Ce côté obscur passe du meilleur avec l’excellent « Resolution », bardé d’un riff solide, au pire p…(bip)…ain de quoi, « Romance », inepte transposition crapuleusement techno du thème issu de Jeux Interdits, interprété à l’époque par Narcisso Yepès. Pitié ! Entre ces deux versants, un titre anecdotique (« Surfing »), une resucée de l’un des meilleurs Tr3s Luné (« Ringscape ») et un final galbé serré (« NightShade ») qui ne parvient pas à nous faire chavirer.

Outre une production parfois abrupte (certains titres finissent de manière cyclonique), ces seize compositions faisaient ressurgir une problématique créative. Emprunts, remixages, fonds de tiroirs, tout semblait bon pour remplir deux disques… et 81 minutes seulement ! S’opposent alors quelques belles réussites (qui en feraient un simple plus qu’honorable) à un florilège sclérosé d’intérêt franchement discutable. Les férus du Mike Oldfield d’origine contrôlé tiendront ces quelques lumières comme l’espoir de beaux lendemains. Après tout, personne n’aurait hypothéqué son talent après les très moyens Islands et Earth Moving. C’est pourtant de ces profondeurs que notre homme avait puisé la force du granit pour nous livrer son chef d’œuvre, Amarok. Mais l’histoire ne se répète pas toujours.

MIKE OLDFIELD – LIGHT + SHADES

Mike Oldfield - Light & Shade (2005)

Titre : Light + Shade
Artiste : Mike Oldfield

Date de sortie : 2005
Pays : Angleterre
Durée : 81’52
Label : Warner

Setlist

Disc 1: Light (41:22)
1. Angelique (4:40)
2. Blackbird (4:39)
3. The Gate (4:14)
4. First Steps (10:02)
5. Closer (2:51)
6. Our Father (6:50)
7. Rocky (3:19)
8. Sunset (4:47)

U-Myx format (for PC)
9. Quicksilver (U-Myx For Mat)
10. Our Father (U-Myx For Mat)
11. Slipstream (U-Myx For Mat)
12. Angelique (U-Myx For Mat)

Disc 2: Shade (40:30)
1. Quicksilver (5:55)
2. Resolution (4:33)
3. Slipstream (5:15)
4. Surfing (5:36)
5. Tears Of An Angel (5:38)
6. Romance (4:00)
7. Ringscape (4:22)
8. Nightshade (5:11)

Line-up

– Mike Oldfield / all instruments
– Robyn Smith / additional keyboard arrangements (“First steps”, “Ringscape”)
– Christopher Von Deylen / additional keyboard arrangements (“Nightshade”)

 

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre d'ailleurs (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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